Mon patron, mon ami

Dans une école primaire, en mars 2003
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans une école primaire, en mars 2003

Vous avez le plus beau poste au Canada, Madame. » Ces mots sont ceux d’une fonctionnaire fédérale du ministère des Affaires étrangères avec qui je devais négocier certains éléments d’une mission économique en Europe de Bernard Landry. Devant mon air médusé, elle ajouta « parce que vous travaillez pour une cause ».

Cette cause, l’indépendance du Québec, monsieur Landry l’a portée partout, en tout temps, avec toute la rigueur, la méthode et la minutie que sa foi inébranlable dans la capacité du peuple québécois de détenir tous les leviers d’un État souverain commandait. C’était un grand pédagogue, il avait développé un argumentaire sans faille qu’il avait décidé de présenter au plus grand nombre de personnes possibles.

Au Forum économique mondial de Davos, pendant sept années consécutives, recevant dans un petit salon pendant une semaine des dirigeants de pays et d’entreprises pour discuter de l’économie mondiale et de la place du Québec comme terre d’accueil privilégiée des investissements étrangers. Au sortir de ces rencontres, tous ses interlocuteurs sans exception étaient sous le charme, ébahis, impressionnés par l’homme et par la profondeur de ses connaissances.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lors de son discours de défaite prononcé au Capitole de Québec, aux côtés de son épouse, en 2003

Bernard Landry tenait à être présent à toutes les annonces, grandes et petites, de création d’emplois dans toutes les villes et les villages du Québec. C’était pour, disait-il, envoyer le message clair de l’engagement du gouvernement au plus haut niveau, mais surtout, surtout, pour donner espoir aux travailleuses et aux travailleurs et aux entrepreneurs. Car il faut se souvenir qu’à la fin des années 1990, la situation de l’emploi était fort difficile et celle des finances publiques, guère meilleure.

Quand je disais à ce patron, parfois impétueux, surtout face à la bêtise, qu’il était bien patient, il me répondait invariablement que c’était son devoir. Et le devoir pour Bernard Landry, c’était sacré.

Il possédait aussi l’art de séduire par ses discours. À Santiago du Chili, devant les membres de la Chambre de commerce Canada-Chili qui réunissait plus de 300 personnes, il exhiba son discours papier et dit en espagnol : « Ceci doit être un magnifique discours écrit par un brillant fonctionnaire, mais je ne m’en servirai pas, je vais vous parler avec mon coeur, con mi corazon, nosotros somos los latinos del norte. » À la fin d’un discours de 45 minutes ad lib prononcé dans un excellent espagnol, les participants réunis dans la salle étaient émus aux larmes. Car quand Bernard Landry parlait avec son corazon, il savait toucher. Je suis certaine que ceux qui y étaient s’en souviennent encore !
 

Travailler avec Bernard Landry, c’est aussi avoir eu le privilège de côtoyer un homme de famille, le père de Pascale, Julie et Philippe, qui l’ont partagé avec le Québec tout entier. Mes pensées sont avec eux, leurs proches, et Chantal Renaud, devenue une amie.

Mon ami Bernard, tu continueras ta vie dans mes souvenirs et je continuerai de te parler tous les jours, j’en fais mon devoir.