Landry, de l’association étudiante au gouvernement

Lors d’une marche pour l’indépendance, en 2011, avec Françoise David, Vivian Barbot et Pauline Marois
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lors d’une marche pour l’indépendance, en 2011, avec Françoise David, Vivian Barbot et Pauline Marois

Notre première rencontre à Bernard et à moi date de la contestation étudiante de 1968. Bernard était alors conseiller spécial du ministre de l’Éducation, Jean-Guy Cardinal, et moi vice-présidente aux affaires internes de l’Union générale des étudiants du Québec. Les occupations dans les institutions d’enseignement étaient terminées, les grands rassemblements et les défilés étudiants avaient eu lieu.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tenant son petit-fils dans ses bras, en 2017

Il ne restait qu’une poche de résistance qui squattait un immeuble patrimonial de la rue Saint-Denis. Cela s’éternisait et dégénérait, pour y mettre fin il fallait une conclusion finale. Bernard Landry accepta de bonne grâce le caractère officiel de la négociation et la confirmation des résultats acquis par la mobilisation étudiante. Je ne pouvais espérer interlocuteur mieux disposé.

Quelques années plus tard, en 1974, alors avocat dans un bureau de Montréal, Bernard Landry accepta à ma demande, lors du renouvellement de la licence de radiocommunication en langue grecque, de représenter bénévolement ceux qui contestaient la mainmise des partisans de la Grèce des colonels sur les ondes de la radio diffusée au Québec. Ce contrôle s’exerçait notamment par l’interdiction de la musique de Mikis Theodorakis ou des chansons de Melina Mercouri. Cette question divisait profondément la communauté grecque ; Bernard prit parti avec éloquence et gagna le respect et l’estime des progressistes grecs montréalais.

À la même période, il ouvrit tout grand les bras aux Chiliens qui fuyaient le régime Pinochet et à maintes reprises, il demanda aux membres des conseils nationaux et aux congrès de les accueillir et de les soutenir.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En compagnie de son épouse Chantal Renaud, en 2017 lors de son 80e anniversaire

Toujours disponible pour rencontrer des membres de communautés culturelles, il manifestait le même enthousiasme à convaincre de la nécessité de la souveraineté, qu’il s’agisse d’un Québécois issu de l’immigration ou d’un Québécois de souche. À qui voulait l’entendre, que l’on soit né sur les bords du Nil ou du fleuve Saint-Laurent, il disait : « C’est ensemble que nous allons faire le pays ! »

Si nous avons eu des différends au cours de toutes ces années de gouvernement, jamais nous n’avons eu d’inimitié ou de ressentiment. Bernard croyait à une économie au service de la société et tout autant au bien commun qui avait préséance sur les lois du marché et la supposée main invisible d’Adam Smith.

Bernard croyait à une économie au service de la société et tout autant au bien commun qui avait préséance sur les lois du marché et la supposée main invisible d’Adam Smith

Il assumait cependant pleinement la responsabilité des finances publiques qui lui était confiée, il me disait : « Il faut que je la crée, cette richesse, pour que tu puisses la distribuer. » Le souvenir le plus émouvant que je conserve est sa magnanimité lors du débat sur l’équité salariale en 1997. Il avait fermement fait valoir les coûts engendrés par une telle loi, à laquelle nous étions les seuls à avoir recours en Amérique du Nord. Mais lorsque je devins incapable de prononcer le discours final, devenue aphone à cause des déficiences d’un système de climatisation, il proposa d’un signe de tête de le prononcer à ma place. Ce qu’il fit magnifiquement. Encore merci, Bernard !