Estime et respect pour un adversaire

Aux funérailles de Pierre Bourgault, en juin 2003: Jean Charest, Bernard Landry, Lucien Bouchard et Chantal Renaud
Photo: Patrick Sansfaçon Le Devoir Aux funérailles de Pierre Bourgault, en juin 2003: Jean Charest, Bernard Landry, Lucien Bouchard et Chantal Renaud

Le décès du premier ministre Bernard Landry est un moment important pour la nation québécoise. Sa perte nous amène à réfléchir et à nous remémorer la vie exceptionnelle d’un homme qui a marqué l’histoire et le développement du Québec.

Le décès du premier ministre Landry a aussi un effet de grâce : il réunit autour de lui des compagnons de route, des serviteurs de l’État, des journalistes, des historiens, des alliés et des adversaires.

Les victoires, les défaites, le cumul des combats et le passage du temps finissent par donner un sens à la vie politique. C’est en se libérant graduellement des servitudes de la politique partisane que les adversaires d’hier témoignent leur respect et rendent hommage à celui qu’ils ont autrefois combattu.

Les victoires, les défaites, le cumul des combats et le passage du temps finissent par donner un sens à la vie politique

La conviction profonde de Bernard Landry sur l’avenir du Québec allait définir à la fois son action politique et sa vie. Je ne connais aucune autre personne pour qui la cause de l’indépendance du Québec était aussi intimement liée à toutes les dimensions de sa vie. Il a mis son intelligence, son travail et sa vie au service de cette cause. C’était pour lui, dans le vrai sens du terme, existentiel.

Émanciper par l’économie

Monsieur Landry avait une passion pour l’économie. Il avait une vision du développement économique qui dépassait les effets de prospérité et d’enrichissement collectif. L’objectif ultime qu’il visait était celui de notre émancipation économique. Sa contribution au développement économique du Québec aura été substantielle.

En 1979, il a rédigé un énoncé politique intitulé Bâtir le Québec, affirmant le rôle du secteur privé dans notre économie. Il a été ministre des Finances lorsque nous sommes arrivés enfin à atteindre l’équilibre budgétaire. Il a créé la Cité du multimédia, permettant ainsi la mise en place d’une nouvelle activité économique pour Montréal et pour tout le Québec.

En 1988, il intervient dans le débat sur l’accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis avec force, conviction et arguments à l’appui. Sa participation très remarquée contribue ainsi à faire pencher la balance en faveur de l’Accord.

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Bernard Landry et Ted Moses, le grand chef du Conseil des Cris du Québec, ont signé la Paix des Braves le 7 février 2002.

Lors de l’audacieuse négociation de la « Paix des Braves », M. Landry a une fois de plus mis à contribution ses convictions, son expérience et son intelligence. Cette négociation avec le grand chef des Cris Ted Moses a été menée de nation à nation et a permis un déblocage du développement du Nord-du-Québec.

Sur le plan politique, M. Landry a été un adversaire coriace et parfois très dur. Je ne m’étonnerais pas qu’il ait eu une opinion semblable à mon sujet. Nous avions quelques amis en commun qui me décrivaient toujours un homme différent de celui que j’affrontais dans l’arène politique.

Nous nous sommes parlé au téléphone pour la dernière fois une dizaine de jours avant son décès. Je voulais exprimer au premier ministre toute l’estime et tout le respect que j’avais pour lui. Notre conversation a été très chaleureuse. Cela nous rappelle que bien au-delà de la vie politique, il y a tout simplement la vie.