Hommage à un bâtisseur du Québec

Aux yeux de Véronique Hivon, Bernard Landry était un «être hors norme».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Aux yeux de Véronique Hivon, Bernard Landry était un «être hors norme».

L’ex-premier ministre Bernard Landry a reçu des éloges mardi de la part d’anciens alliés et rivaux politiques. Tous ont souligné la contribution au Québec du grand bâtisseur aux convictions indépendantistes inébranlables.

« Bernard Landry fait partie des grands au même titre que les premiers ministres Lévesque et Parizeau », a déclaré le premier ministre du Québec, François Legault, mardi après-midi.

M. Landry aura droit à des funérailles d’État, a-t-il convenu après discussion avec son épouse, Chantal Renaud.

M. Legault, qui a été désigné tour à tour ministre de l’Éducation et ministre de la Santé par M. Landry, se souvient d’un « homme de devoir […] amoureux de la nation québécoise », dont la formule « la patrie avant le parti » guidait l’action politique.

« Je vais m’inspirer de lui », a ajouté le chef de gouvernement caquiste.

« Au nom du Parti québécois, au nom des indépendantistes québécois, je lui dis merci et adieu, Monsieur le Patriote de Verchères ! » a lancé le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé, le « coeur brisé ».

Le député de Matane-Matapédia a rencontré M. Landry à sa résidence de Verchères après s’être vu confier l’intérim de la chefferie du PQ. « Ça me bouleverse parce que ça avait des allures de testament politique, car il m’a donné des indications pour la suite des choses », dont celle de « continuer » avec persévérance le combat pour l’indépendance du Québec.

Selon M. Bérubé, la vie de Bernard Landry pourrait se résumer à ces quelques mots du poète Gaston Miron : « Je n’ai jamais voyagé vers autre pays que toi mon pays. »

À Ottawa, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rendu hommage à un homme « qui a bien servi le Québec pendant de nombreuses années et dans différentes positions ». « On doit reconnaître d’abord aujourd’hui son dévouement envers sa communauté, envers son pays », a-t-il déclaré à la presse.

L’ex-première ministre Pauline Marois a salué la mémoire d’un homme « convaincu et convaincant », qui « a consacré sa vie […] au développement économique du Québec et à son indépendance ». C’est lui qui a élaboré « la première grande politique économique portée par le Parti québécois », soit Bâtir le Québec en 1979, a-t-elle rappelé. « Cela a été une bible pour nous, au Parti québécois. »

D’ailleurs, M. Landry a réussi à apaiser la « grande peur de ne pas avoir les moyens de notre indépendance » qui assaillaient tant de Québécois, selon Mme Marois.

« Même si parfois il y a eu des tensions et des désaccords [entre lui et moi], j’ai toujours eu la plus grande admiration pour lui, d’abord pour son intégrité », a-t-elle affirmé au Devoir. « Il souhaitait le meilleur pour le Québec et ses citoyens. Et il a eu un impact considérable sur notre histoire, sur notre vie collective », a-t-elle poursuivi, pointant la Paix des Braves avec les Cris et la Cité du Multimédia à Montréal, dont il était l’instigateur.

« Il aurait voulu faire davantage, bien davantage, certes. Mais lorsqu’on mesure non le chemin qu’il souhaitait parcourir, comme le voulaient aussi Lévesque et Parizeau, mais le chemin qu’il a parcouru, on peut lui dire en toute justice qu’il fut parmi les coureurs les plus exceptionnels du Québec moderne », a écrit l’ex-chef du PQ Jean-François Lisée sur Facebook.

En contribuant à l’essor économique comme il l’a fait, Bernard Landry a « fai[t] en sorte de nous rapprocher encore davantage de la liberté, la liberté politique », a souligné Pierre Karl Péladeau sur les ondes de LCN.

L’ancien premier ministre Jean Charest a rendu hommage mardi à son ancien adversaire Bernard Landry, avec qui il avait pu s’entretenir il y a une dizaine de jours. « On était tous les deux contents de se parler parce que même si on a été des adversaires politiques, j’avais pour lui un très grand respect et beaucoup d’estime », a-t-il raconté au Devoir mardi, peu après l’annonce du décès de M. Landry.

Jean Charest était chef de l’opposition quand Bernard Landry était au pouvoir et c’est monsieur Landry qui lui faisait face lorsqu’il a ensuite été élu premier ministre, a-t-il rappelé. « Il est celui qui avait donné des lettres de créance économiques au mouvement souverainiste », a-t-il souligné.

Son ancienne chef de cabinet adjointe Andrée Corriveau se rappelle notamment la « grande culture » de Bernard Landry. « J’ai passé quatre ans avec lui, 24/7. Je l’ai accompagné partout, on a fait le tour du monde. Chaque fois, il impressionnait ses interlocuteurs par sa culture de leur propre pays », a raconté celle qui a travaillé à ses côtés lorsqu’il était vice-premier ministre sous Lucien Bouchard.

Aux yeux de Véronique Hivon, Bernard Landry était un « être hors norme ». « Pour moi, Bernard Landry, ça peut se résumer en trois mots : conviction, confiance et ténacité. […] Cette personne-là était habitée d’une telle confiance envers le peuple québécois, de convictions si forte que le Québec et les Québécois avaient tout ce qu’il fallait pour aller au bout d’eux-mêmes pour être pleinement indépendants et libres qu’il en a vraiment fait le combat de sa vie », a affirmé la députée de Joliette tout en rappelant les racines joliettaines de l’ex-premier ministre.

Le doyen de tout temps de l’Assemblée nationale, François Gendron, a remercié de vive voix M. Landry, lundi. « Merci pour tout ce que tu as fait », lui a-t-il dit quelques heures avant son décès. « Ça fait toujours de la peine de perdre des grands qui ont marqué le Québec, l’Histoire. »