Denis Lamothe, le député qui aimait la route

Denis Lamothe est préoccupé par le sort des nations autochtones.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Denis Lamothe est préoccupé par le sort des nations autochtones.

Qui sont les 67 recrues de l’Assemblée nationale ? Comment vivent-elles leurs premiers pas en politique ? Sixième portrait d’une série de huit sur quelques-uns des nouveaux visages du Parlement.

Le député caquiste Denis Lamothe n’a pas peur de la route. Ni de celle qu’il doit parcourir quand il quitte l’Assemblée nationale pour ses bureaux de Chibougamau, ni de l’autre — plus longue — sur laquelle le gouvernement du Québec doit avancer pour se rapprocher des peuples autochtones.

D’ailleurs, l’implication politique de l’élu d’Ungava commence précisément là : dans les kilomètres qu’il a parcourus en compagnie du chef François Legault à partir de 2011, quand il est devenu son chauffeur.

Derrière le volant, le policier retraité avait pris l’habitude de tendre l’oreille. « Je m’entendais parler quand il parlait. C’est aussi simple que ça », affirme Denis Lamothe.

L’élu de 60 ans, qui a fait carrière à la Sûreté du Québec (SQ), résume ses motivations à se lancer en politique de manière aussi succincte. « Moi, je le fais pour le dossier autochtone, la police autochtone et la Sûreté du Québec », dit le natif de Trois-Rivières.

Au terme de son contrat de neuf mois comme chauffeur à temps partiel de François Legault, Denis Lamothe a été sollicité par la Coalition avenir Québec pour coordonner les déplacements du chef et de son équipe lors des élections de 2012 et de 2014.

Est venue l’élection de 2018. Aux offres qui lui ont été faites pour se présenter dans Argenteuil et Labelle (Laurentides), Denis Lamothe a répondu non.

Puis, le 3 mars, il s’est installé à Chibougamau. « L’Ungava, c’est les Inuit et les Cris. J’ai travaillé avec eux autres, j’ai habité avec eux autres. Et la Jamésie, c’est les régions. J’ai toujours habité en région après être parti de Trois-Rivières. C’était un fit parfait », observe-t-il.

Dans les sept mois précédant la campagne, Denis Lamothe s’est réinstallé derrière le volant. Il a parcouru 52 000 km, « plus les avions ».

Victoire à l’arraché

Dans sa rencontre avec Le Devoir, il énumère rapidement les communautés autochtones qu’il a visitées. Whapmagoostui, Waskaganish ou Kuujjuaq : l’aspirant député a quadrillé le territoire inuit et l’Eeyou Istchee des Cris, qu’il a connus à l’époque où il était membre du programme autochtone de la SQ. « J’étais partout. J’ai gagné à cause de ça, alors je vais continuer à le faire », promet celui qui a arraché une victoire par 46 voix, dans la circonscription ayant enregistré le plus bas taux de participation, à 30,9 %.

Le 14 octobre, Denis Lamothe a déposé un mémoire à la Commission d’enquête entre les Autochtones et certains services publics au Québec. Il y propose la mise en place d’une table de concertation territoriale — dans laquelle il détiendrait le poste clé — et critique sans ménagement « l’inertie de la SQ dans le Nunavik » et la désuétude de son programme autochtone.

« J’ai été directeur de poste SQ pendant quatre ans. Mais en haut, il n’y avait pas de volonté de changement », atteste-t-il.

Vouloir, sans bousculer

À cette volonté — que détient selon lui François Legault —, Denis Lamothe attribue déjà de vastes changements. « Quand ça part d’en haut — je suis un gars de structure, j’ai été élevé à la SQ —, ça descend », assure-t-il, en rappelant le désir de son chef de conclure de nouvelles « Paix des braves » avec chacune des nations autochtones du Québec.

Aux enseignants du Nunavik, qui passent environ une décennie à temps partiel sur les bancs d’école pour obtenir leur baccalauréat, il suggère une formation accélérée, sans avoir à quitter le nord du Québec.

Aux jeunes contrevenants inuits, il veut proposer une solution plus adaptée que celle qui les envoie actuellement dans des centres de détention montréalais.

Mais pour changer, pas question de bousculer, insiste le député. « Si ça n’évolue pas, c’est parce que le gouvernement trouvait [jusqu’ici] les solutions pour les Autochtones », croit-il. « Il est grandement temps que des Autochtones prennent des décisions selon leurs problématiques, avec la collaboration du gouvernement. »

En cela, Denis Lamothe est lui-même prêt à collaborer avec la nouvelle ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours. En quatre ans, sa collègue n’a pas pris la parole une seule fois au Salon bleu pour aborder des enjeux touchant les Premières Nations et les Inuits. Qu’importe, atteste l’élu d’Ungava : « Elle a une excellente vision. [Et] on est aussi fort que ceux dont on s’entoure. »

En cinq points

Âge : 60 ans

Ville natale : Trois-Rivières

Modèle politique : François Legault

Profession : policier à la Sûreté du Québec

Enjeux qui le préoccupent : la Sûreté du Québec, les Autochtones, l’occupation du territoire en Jamésie