Joël Arseneau, le Gaulois madelinot

Le péquiste Joël Arseneau a arraché une victoire dans la circonscription insulaire par une majorité de 15 voix.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le péquiste Joël Arseneau a arraché une victoire dans la circonscription insulaire par une majorité de 15 voix.

Qui sont les 67 recrues de l’Assemblée nationale ? Comment vivent-elles leurs premiers pas en politique ? Cinquième portrait d’une série de huit sur quelques-uns des nouveaux visages du Parlement.

La toute première fois qu’il a voté, le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, s’est présenté dans un bureau de scrutin de la Nouvelle-Écosse, habillé d’un complet bleu poudre et coiffé d’un chapeau melon.

« J’étais dans un échange interculturel avec Jeunesse Canada-Monde », raconte le député de 53 ans, qui a arraché une victoire dans la circonscription insulaire par une majorité de 15 voix, au terme d’un second dépouillement terminé le 9 octobre.

En 1984, la possibilité de participer au scrutin constituait un « grand événement » pour le jeune homme. Il s’agissait donc d’un moment justifiant une visite dans une friperie d’Amherst, en Nouvelle-Écosse, pour s’acheter de nouveaux habits. « Je ne connaissais pas les candidats, mais je voulais absolument aller voter. Je travaillais dans une ferme, on avait 11 $ par semaine comme allocation », se souvient l’élu.

« J’ai voté pour le NPD », révèle-t-il, en ajoutant qu’il était tout simplement « content » d’avoir voté pour un « parti progressiste » — qui n’a d’ailleurs pas fait élire de députés néo-écossais cette année-là.

Voter dans la marge, c’est peut-être ce qu’ont fait les 2955 Madelinots qui ont appuyé l’ex-maire Arseneau le 1er octobre, en faisant de lui le dixième député du Parti québécois à remporter son élection, au terme de la pire performance du parti depuis 1976.

Des démêlés avec la justice

Lorsqu’il rencontre Le Devoir, Joël Arseneau le fait au deuxième étage du parlement. L’endroit, réservé à l’opposition officielle, est jonché de boîtes de carton, puisque le PQ doit désormais monter au 3e étage et céder ses bureaux aux élus du Parti libéral.

Il fait un long détour — en évoquant ses études en journalisme, son travail d’enseignant au Japon ou son passage à la mairie des Îles-de-la-Madeleine, de 2005 à 2013 — avant de répondre quand il est interrogé sur l’approche du PQ pour l’élection qu’il vient de remporter. « C’est la continuité, finit-il par déclarer. J’ai été approché en 2008 pour me présenter, par le PQ et par les libéraux également. Je n’avais pas fini mon mandat comme maire. Donc pour moi, le timing n’était pas là. »

Il dit avoir « passé son tour » en 2012 et en 2014, ajoute qu’« il était ailleurs » parce que « c’était le lendemain de ma défaite au municipal ».

Mais Joël Arseneau omet de faire mention de ses démêlés avec la justice. Il a été acquitté en 2013 d’accusations de fraude et de vol dans une affaire d’allocations de dépenses remises sans pièces justificatives, puis fut déclaré en 2015 « inhabile » à exercer la fonction de membre de tout conseil municipal pendant cinq ans.

« Aux Îles, on en a parlé abondamment », lance-t-il quand une question lui est posée sur le sujet. « J’ai eu l’occasion de m’expliquer. […] Je pense qu’il n’y a personne aux îles de la Madeleine qui peut dire : on a voté pour une boîte à surprises, pour quelqu’un qu’on ne connaît pas. Ils connaissent les tenants et aboutissants de cette affaire. »

« Proche » des Madelinots

Cette volonté de voter « pour quelqu’un que l’on connaît », Joël Arseneau la perçoit chez ses concitoyens madelinots depuis 1976, « la première élection qui, pour moi, a été forte en émotions ».

Chez les électeurs qui ont tourné le dos au libéral Louis-Philippe Lacroix, cette année-là, pour plutôt élire la jeune péquiste Denise Leblanc, Joël Arseneau a perçu un « esprit de libération ». « Tout le monde s’est dit : à partir de ce moment-là, on ne laisse plus les gens d’ailleurs nous dire quoi faire », observe-t-il.

En lieu et place de modèle politique, il cite l’ex-ministre péquiste Maxime Arseneau (le cousin de son père), natif de Havre-aux-Maisons. « Il est toujours resté proche de ses concitoyens », note l’ex-maire.

À l’Assemblée nationale — lieu qu’il a visité pour la première fois en 2006 à titre de maire, dans le cadre d’une commission spéciale sur la Loi électorale —, il se donne comme principal défi celui de « faire entendre » la voix du PQ, tout simplement. « Je sais que les gens qui nous ont élus s’attendent à ce qu’on soit très flamboyants, à ce qu’on occupe toutes les tribunes, ce qui ne sera peut-être pas si simple que ça », concède-t-il.

En cinq points

Âge : 53 ans

Ville natale : Havre-aux-Maisons

Modèle en politique : Maxime Arseneau, ex-ministre péquiste et président du comité du Oui (îles de la Madeleine) en 1995

Profession : journaliste

Enjeux qui le préoccupent : le respect du décret sur l’insularité des îles de la Madeleine et la pénurie de places en milieu de garde