La CAQ ne freine pas le chantier d’Hydro à Saint-Adolphe-d’Howard

Le lac Saint-Joseph
Photo: Municipalité de Saint-Adolphe-d’Howard Le lac Saint-Joseph

La promesse de la Coalition avenir Québec d’interrompre la construction de la ligne d’Hydro-Québec à Saint-Adolphe-d’Howard ne semble pas en voie de se réaliser. Au terme d’une rencontre récente avec des représentants du gouvernement, Hydro-Québec n’a reçu aucune instruction en ce sens.

Cette semaine, le responsable du chantierchez Hydro-Québec, Nicolas Tremblay, a dit qu’il avait eu des discussions avec le nouveau gouvernement mais qu’on ne lui avait pas demandé de suspendre le projet.

« Il y a eu des échanges depuis l’élection, mais pas de changement sur l’orientation du projet », a-t-il dit.

Pourtant, durant la campagne, la candidate de la CAQ Agnès Grondin, aujourd’hui députée, avait déclaré lors d’un débat qu’un gouvernement de la CAQ demanderait « la suspension des travaux de la ligne à Saint-Adolphe dès son élection ».

Selon nos informations, un conseiller économique de François Legault, Carl Renaud, s’est rendu sur le site le 19 octobre en compagnie de représentants d’Hydro-Québec. Quant à la députée Grondin, elle s’y est rendue au moins à deux reprises.

Grogne locale

Le projet hydroélectrique de 100 millions de dollars s’étire sur 42 kilomètres. Il vise à répondre à la demande croissante en électricité dans les Laurentides. Ces dernières années, des citoyens et les élus ont réclamé haut et fort que l’emplacement de la ligne à haute tension soit revu et qu’on enfouisseles fils.

Le gouvernement libéral a toutefois fait la sourde oreille à toutes leurs demandes et le projet est allé de l’avant.

Or voilà que, cet été, la grogne locale a monté d’un cran quand les travaux menés dans des zones plus escarpées du parcours ont entraîné de l’érosion. Lors d’au moins six fortes pluies, des coulées de boue se sont déversées dans les lacs du secteur.

« C’est un saccage royal », résume le préfet de la MRC des Pays-d’en-Haut, André Genest. « On est dans les boues. Il faut rapidement qu’ils mettent en place des moyens pour éviter qu’au printemps, tout descende dans les cours d’eau. »

« Ils n’auraient pas pu faire pire, ajoute-t-il. Je n’ai pas senti que l’environnement était une priorité pour la CAQ et là, ils auraient une très belle occasion de montrer que l’environnement est très important pour eux. »

Au-delà de la remise en cause de l’emplacement, la porte-parole du groupe citoyen qui suit le dossier (le Comité aviseur de Saint-Adolphe-d’Howard), Sarah Perreault, réclame que le gouvernement agisse rapidement pour limiter les dommages. « Comment se fait-il que le gouvernement ne réagisse pas plus et n’impose pas un arrêt immédiat des travaux ? »

Silence de la ministre

À Hydro-Québec, on reconnaît que le chantier a posé des « défis » cet été, mais on dit avoir fait le maximum pour réparer les pots cassés.

« Depuis le début de l’été, on a déployé énormément d’énergie à mettre en place des mesures de mitigation », a expliqué le porte-parole d’HQ, Maxence Huard Lefebvre, cette semaine. L’équipe, dit-il, a ajouté des barrières à sédiments, creusé des bassins de sédimentation, planté des graines pour que la végétation stabilise le sol et freine l’érosion.

Quant aux inquiétudes concernant le printemps, il affirme que l’équipe a « redoublé d’efforts » mais « qu’il n’est pas impossible qu’il y ait de l’érosion », en raison de la « force de la pente » et du « type de sol ».

Interrogée à ce propos cette semaine, la députée qui avait promis de suspendre le projet a insisté sur le problème des boues.

« C’est sûr que c’est très préoccupant, a-t-elle dit. Est-ce que la mise en place de mesures d’atténuation va passer le printemps prochain ? C’est la grande question. Mon rôle est un peu de sensibiliser les ministres à ce niveau-là. »

Quant à la nouvelle ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, elle n’était pas au fait du dossier lorsqu’on l’a questionnée mardi. « Je n’ai pas encore approfondi tous mes dossiers, bien sûr. J’entends votre question et je vais vous revenir. »

Depuis, son équipe n’a pas répondu à nos demandes de précisions.