Crise identitaire au PLQ

Le chef par intérim du PLQ, Pierre Arcand, et quelques-uns de ses députés, dont la présidente du caucus, Filomena Rotiroti. Le président du parti, Antoine Atallah, est aussi à ses côtés.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef par intérim du PLQ, Pierre Arcand, et quelques-uns de ses députés, dont la présidente du caucus, Filomena Rotiroti. Le président du parti, Antoine Atallah, est aussi à ses côtés.

La défection des électeurs francophones du Parti libéral du Québec a provoqué des sursauts nationalistes, de différentes intensités, parmi les 29 députés libéraux. Le chef intérimaire, Pierre Arcand, tâchait d’en trouver le point commun cette semaine.

Il a feint de l’avoir trouvé jeudi après-midi. « Le caucus dit : “Il faut servir les Québécois de toutes les régions du Québec. C’est ça qui est important” », a-t-il déclaré au terme d’une rencontre de deux jours du groupe parlementaire du PLQ à Lac-Beauport.

Un « caucus » formé d’élus de la région métropolitaine, à l’exception des anciens ministres André Fortin (Outaouais) et Sébastien Proulx (Québec). « Même si on a des députés principalement dans la région de Montréal, nous savons très bien qu’il faut reconquérir l’électorat francophone », a insisté M. Arcand. Une tâche qui s’annonce pour le moins difficile dans la mesure où moins d’un électeur francophone sur cinq a voté pour sa formation politique le 1er octobre dernier.

Pour y arriver, le PLQ doit-il nécessairement prôner un nationalisme québécois ? lui ont demandé des journalistes. « C’est une discussion qu’on va avoir », a répondu M. Arcand, tout en précisant que « le nationalisme, on peut l’exprimer de bien des façons ».

Le député de Pontiac, André Fortin, est persuadé que les membres du PLQ sauront « trouver la position juste » d’ici aux prochaines élections générales. Celle-ci sera-t-elle à coup sûr plus nationaliste ? « Pas nécessairement », a-t-il répondu. Le candidat pressenti à la chefferie a donné un aperçu cette semaine du nationalisme auquel il s’identifie. « Le nationalisme, pour moi, c’est juste de défendre vigoureusement les intérêts du Québec », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Comment pouvons-nous être plus nationalistes ? Je pense que ça veut juste dire : entendre les régions, être sur le terrain en région, parler aux gens des régions entre autres [et] défendre […] le point de vue du Québec dans plusieurs dossiers, le faire parfois avec force, parfois avec délicatesse, mais toujours représenter les intérêts du Québec d’abord et avant tout. »

Hélène David s’est affichée sans complexe comme une nationaliste. « J’appelle ça être nationaliste : c’est-à-dire être fier de notre langue, fier de notre culture ! » a-t-elle résumé dans une mêlée de presse. Le PLQ « peut l’être davantage en parlant encore plus de culture, de langue, en allant au-devant de tous les francophones, particulièrement en région », ce qui lui permettrait, selon la députée de Marguerite-Bourgeoys, de « reconnecter un peu plus avec la population du Québec » d’ici au scrutin de 2022.

Aux yeux de M. Arcand, « être nationaliste, c’est évidemment privilégier le Québec ». L’ex-ministre a souligné que le Plan Nord, dont il avait la responsabilité du printemps 2014 à l’automne 2017, constitue une expression « de nationalisme » québécois à l’instar d’Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt et placement.

« Est-ce que le [programme] prendra une tangente nationaliste ou non ? Ce sont les militants qui trancheront », a indiqué le président du PLQ, Antoine Atallah, tout en appelant à manier avec prudence l’« étiquette » nationaliste. « Il faut faire attention aux étiquettes. C’est un terme qui est encore, malheureusement, connoté au Québec. Nous, on est fiers d’être Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens. Est-ce qu’on peut appeler ça du nationalisme ? Chacun y trouvera sa réponse », a-t-il affirmé dans un entretien avec Le Devoir vendredi.

M. Atallah amorcera ce week-end une tournée du Québec afin d’« écouter » ce que les candidats élus et défaits mais aussi les militants « ont à [lui] dire » sur la plateforme électorale du parti et l’organisation de la campagne « pour en tirer des leçons ».

« Attendre », « voir » et « réagir »

M. Arcand a éludé cette semaine les questions sur la conception du nationalisme du PLQ, mais a esquivé celles sur la conception de la laïcité de l’État québécois du PLQ — les élus s’étant avérés incapables d’adopter une position commune notamment sur le port de signes religieux par des employés de l’État en position de coercition. « Il est clair que nous croyons à une laïcité. Maintenant, vous savez que sur cette question-là, il y a des gens qui ont une laïcité plutôt étroite, d’autres qui ont une laïcité plus flexible », a souligné le chef de l’opposition officielle. Le caucus libéral n’affichera pas ses couleurs avant que le gouvernement caquiste dépose un projet de loi. « Ce n’est pas parce qu’on peut apporter parfois des évolutions, des améliorations […] qu’on va soustraire nécessairement d’autres valeurs », a-t-il fait valoir trois semaines après la démission de Philippe Couillard.

Au moment de l’annonce de son départ de la vie politique, l’ex-chef libéral avait lancé un appel aux militants : « Ne jamais marchander [les valeurs du PLQ] pour quelques votes. »

4 commentaires
  • Mario Savard - Inscrit 27 octobre 2018 08 h 02

    « Ne jamais marchander [les valeurs du PLQ] pour quelques votes. »

    En effet, il n' y a rien comme des pots de vin aurait-il pu ajouter.

  • Louise Collette - Abonnée 28 octobre 2018 08 h 56

    Le PLQ a une longue pente à remonter et ce n'est pas parti pour ça si je me fie à cet article. Je n'y crois pas. Ils sont devenus le parti des anglophones et des minorités. Même les anglophones ne sont pas dupes car plusieurs sont restés chez eux le 1er octobre.

    Leur mentalité de <<canadian>> ne va pas changer du jour au lendemain et elle ne plaît pas à la majorité francophone de toute évidence.
    Ils ont eu le pouvoir trop longtemps et, leur arrogance les a perdus. Je souhaite ardemment ne plus les revoir au pouvoir pour très longtemps, nous avons besoin d'un repos.

    Mon moral s'est amélioré depuis le 1er octobre, ce n'est même pas une blague, j'en étais à me demander comment je survivrais à un autre quatre ans de ce régime, sentiment partagé par plusieurs personnes de mon entourage, ouf...ils sont dans l'opposition, je respire.

    • Luc Bertrand - Abonné 28 octobre 2018 14 h 11

      Je vous appuie à 100% dans vos commentaires, Louise. J'en étais même à envisager m'exiler dans un autre pays, si les libéraux étaient revenus majoritaires pendant un autre quatre ans. Avec toujours plus d'immigrants, la poursuite de la démolition de notre État national et la désintégration du mouvement indépendantiste, cette réélection aurait achevé la mort du Québec français.

      Oui, le PLQ est dans l'opposition, mais ne nous méprenons pas. Le "parti du Canada" reste un hydre immortel à cause de l'appui inconditionnel des anglophones et de la grande majorité des allophones. Et la CAQ pourrait ne s'avérer qu'un feu de paille si elle échouait à livrer la marchandise promise. Devant un PQ dont je doute totalement capable de redevenir la force politique qu'il fut, jadis, et un Québec solidaire au nationalisme trop équivoque et flirtant dangereusement avec le multiculturalisme à la Trudeau, tout indique que le vote francophone restera dangereusement divisé, encore, en 2022, face à un PLQ qui pourrait avoir réussi à nouveau à endormir les Québécois-e-s et fait oublier leur sale besogne de destruction depuis presque 15 ans.

      Luc Bertrand

  • Luc Bertrand - Abonné 28 octobre 2018 14 h 39

    Le déni et l'arrogance de l'impénitent

    Les explications de la défaite et les solutions proposées par le caucus libéral démontrent bien la volonté bien arrêtée du PLQ de ne plus décevoir sa base électorale anglophone et allophone bien davantage que les fédéralistes francophones. Le Parti libéral du Québec est, plus que jamais, le parti du renoncement à l'identité québécoise et à la soumission sans condition au statu quo provincial actuel. Ce qui m'inquiète est le fait que trop de francophones restent impressionnables aux fausses velléités "nationalistes" des ténors du PLQ, envolées qui ne seront toujours que ponctuelles et destinées uniquement à donner le change pour garder l'électorat fédéraliste francophone. Je crains même que François Legault et son gouvernement caquiste ne finissent par renoncer, eux aussi, à oser défier à nouveau Ottawa en exigeant de nouveaux pouvoirs, par crainte d'un échec aussi lamentable que celui du PLQ qu'ils raillaient, alors qu'ils étaient dans l'opposition.

    Hélas, cet effondrement total du mouvement indépendantiste et ce consentement à l'oblitération de la différence québécoise, qu'il soit délibéré (sous le PLQ) ou par résignation (sous la CAQ), m'inquiète au plus haut point, d'autant plus que la nouvelle interprétation des statistiques des minorités anglophone (au Québec) et francophone (dans le ROC) par Ottawa risque d'amener de l'eau au moulin des allophones qui cherchent à profiter des privilèges de la minorité anglophone du Québec pour résister à leur intégration et leur francisation. Absolument rien de nature à cesser cette stigmatisation des indépendantistes et des francophones, au Québec, qui nuit au regroupement des forces indépendantistes.

    Si la CAQ se laisse prendre au même jeu que le PLQ a imposé, pendant ses 15 années de règne quasi ininterrompu au Québec, nous poursuivrons notre asphyxie et notre anesthésie collective et l'identité québécoise, aux yeux des jeunes, apparaîtra de plus en plus comme relevant du folklore.

    Luc Bertrand