La recette du chef

Personne n’a dû être surpris de voir François Legault placer son Conseil des ministres à l’enseigne de l’économie. Jean Charest avait raison de dire que le PLQ s’était fait voler sa marque de commerce par la CAQ.

Le nouveau premier ministre y a cependant ajouté autre chose. Contrairement à Philippe Couillard, qui avait donné d’entrée de jeu l’impression de diriger un gouvernement idéologique obsédé par le retour à l’équilibre budgétaire, peu importe le prix, M. Legault semble avoir trouvé la bonne recette en réunissant une équipe dont le pragmatisme n’exclura pas l’empathie.

Le recrutement de Marguerite Blais, dont la sollicitude pour les aînés était devenue presque légendaire, avait déjà envoyé un message en ce sens. S’il voulait illustrer la rupture avec le règne de Gaétan Barrette, M. Legault pouvait difficilement trouver mieux que le tandem formé par Danielle McCann et Lionel Carmant à la Santé.

Soit, l’abondance rend plus facile de diversifier les priorités et de cultiver ce que M. Legault a appelé « un esprit de proximité, d’humanité et d’ouverture ». Alors qu’il était devenu une tradition de dénoncer l’état déplorable dans lequel le gouvernement précédent avait laissé les finances publiques, il a d’ailleurs reconnu que les libéraux avaient « laissé la maison en ordre ».


 
 

Le gouvernement Lévesque de 1976 a démontré que l’expérience n’était pas essentielle à la réussite, mais M. Legault n’en a pas moins confié le dossier le plus délicat dans l’immédiat à celui de ses députés qui a le mieux démontré son sens politique au cours de la dernière législature : Simon Jolin-Barrette.

Le nouveau ministre de l’Immigration devra cependant faire mentir ceux qui voient en lui un homme dont l’intelligence n’a d’égal que la rigidité. Le « mandat clair sur la laïcité » que le premier ministre estime avoir reçu le 1er octobre est surtout celui de trouver un compromis qui durera, comme celui qui est jadis intervenu sur la langue. Le débat sur la laïcité offre le plus bel exemple de ce qu’il a déclaré : « Pour changer ce qui ne fonctionne pas, il ne suffit pas de décréter, il faut chercher l’adhésion du plus grand nombre de personnes. »

On s’est étonné que le dossier ne soit pas confié à la ministre de la Justice, Sonia LeBel. L’ancienne procureure de la commission Charbonneau a cependant démontré dans le passé qu’elle pouvait aussi être cassante et elle en aura déjà plein les bras avec cet autre engagement que M. Legault a promis encore une fois de tenir, soit la réforme du mode de scrutin.

Pendant des années, la députée de Montarville, Nathalie Roy, a talonné le gouvernement Couillard sur la question des signes religieux. Souhaitons qu’elle demeure aussi ardente dans la défense de l’identité québécoise, maintenant qu’elle est responsable de l’application de la loi 101.

Quel message M. Legault a-t-il voulu envoyer en clôturant son allocution par la célèbre citation de René Lévesque « Quelque chose comme un grand peuple… » ? Un cri d’amour ? Un clin d’oeil aux souverainistes ? Une simple façon d’enterrer l’antinationalisme de Philippe Couillard ? Cette ambiguïté semblait tirée du livre de recettes de Robert Bourassa.

9 commentaires
  • Jacques Gagnon - Inscrit 19 octobre 2018 00 h 49

    Au fond

    Que trouvera-t-on au fond ? Le conseil des ministres n'est pas le seul forum. Il faut regarder ce parti au total, ou plutôt monsieur Legault qui a promis de mettre fin au «gaspillage», dont tous les gouvernements, dont le sien rappelons-nous, se sont rendus coupables depuis 40 ans. Il va baisser les impôts et couper en même temps. Je crois qu'il aura peut-être alors des messagers dans ce conseil pour nous faire croire qu'il fait «mieux». Nous sommes habitués à ces politiciens qui vont voir les fonctionnaires et leur intiment l'ordre de couper, sans couper les services. Ils se fichent alors totalement du résultat et nous déclarent péremptoirement que les services ne sont pas affectés.

    Peu importe sa cohorte d'opportunistes, car il en s'agit bien d'une collection, il n'a pas d'autre projet que de faire «mieux», mais mieux que qui ou quoi ? Il joutera bien partisan quoiqu'il en dise, se disant le champion comme Philippe Couillard, pour se faire réélire avec d'autres «mieux», que lui-même cette fois-là.

  • Mario Jodoin - Abonné 19 octobre 2018 00 h 56

    La Banque nationale

    Les trois ministres économiques de ce cabinet, dont ne parle pas M. David viennent de la Banque nationale, Il faut le faire! Dans le temps de Robert Bourassa, on a eu l'État Provigo. Sommes-nous maintenant rendus à l'État bancaire National? Est-ce le véritable sens du nationalisme de la CAQ?

    (C'est une blague. Enfin, j'espère)

  • Michel Lebel - Abonné 19 octobre 2018 07 h 40

    Le temps le dira!


    Je ne puis que dire: ''on verra'' le résultat dans l'action et les oeuvres.

    M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 octobre 2018 17 h 24

      Vous avez raison. On verra.

      On verra si Legault et son équipe feront mieux que Duplessis après avoir contribué à battre Taschereau, le maître du patronage.

      Après avoir été tassé par Godbout le temps d'une guerre, la Deuxième Guerre mondiale, il est revenu au pouvoir pour 14 ans. S'il est plus que probable que M. Legault soit tassé pour d'autres motifs, il l'est moins qu'il reprenne le pouvoir en 2026, car il sera d'un autre temps et l'heure ne sera plus au slogan « maintenant ».

      Le temps joue contre lui. Aussi son équipe sera-t-elle tentée de laisser sa marque, Legault aussi, ce qui deviendra leur révélation, comme celle de Saul devenu Paul sur le chemin de Damas.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 octobre 2018 08 h 37

    Impossible

    d'etre un grand peuple dans une province soumis aux diktats d'un autre peuple.

    • Gilles Théberge - Abonné 19 octobre 2018 10 h 41

      On va voir rapidement ou pas, revenir la question nationale, au fur et à mesure ou les dossiers heurtant notre sensibilité vont de poindre le bout du nez.

      On va plus rapidement qu’il s’y attends, voir si on peut être Québécois d’abord...

  • Claude Gélinas - Abonné 19 octobre 2018 08 h 41

    Faire de la Politique Autrement ?

    Il était rafraîchissant de voir cette flopée de nouveauz visages accéder au Conseil des Ministres dont la mission principale sera de placer les citoyens au coeur de leurs préoccupations. Il y a des lustres que l'on ait entendu les mots compassion, gros bon sens, ouverture, humanité etc. Car jusqu'à maintenant l'économie qui trop souvent a négligé l'humain demeiurait la priorité des Gouvernaments.

    Se pourrait-il qu'avec le changement de ton et de nouvelles attitudes que nous assistions-nous à un virage et à l'application dans les faits de ce que veut dire " Faire de la Politique Autrement". Une expression galvaudée dont le seul exemple à ce jour demeure le processus ayant conduit à l'adoption de La Loi de mourir dans la dignité".