Québec solidaire prête serment à la reine en cachette

Sous le regard de Gabriel Nadeau-Dubois et des huit autres députés de Québec solidaire, Manon Massé a levé le poing lors de son assermentation à l’Assemblée nationale, mercredi à Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Sous le regard de Gabriel Nadeau-Dubois et des huit autres députés de Québec solidaire, Manon Massé a levé le poing lors de son assermentation à l’Assemblée nationale, mercredi à Québec.

Les dix élus de Québec solidaire se sont déchargés mercredi de l’obligation de fidélité ou d’obéissance à la reine du Canada, quelques minutes seulement après lui avoir prêté « vraie allégeance » en cachette, afin de pouvoir siéger à l’Assemblée nationale.

« Pas sérieux », « antidémocratique » « archaïque » : la chef parlementaire de QS, Manon Massé, a minimisé la portée du serment d’allégeance à la souveraine qui a été prononcé, à l’abri des regards, par les élus solidaires dans une salle adjacente au Salon rouge.

« Nous, collectivement, on a joué le jeu parce que c’est un jeu, un gros jeu, là, il faut [le] dire, ce serment-là », a déclaré la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques.

Manon Massé a expliqué aux dizaines de personnes rassemblées dans la salle du Conseil législatif avoir effectué la cérémonie d’assermentation « en privé, histoire de [leur] épargner [...] le serment d’allégeance à la reine, un rituel archaïque et franchement désagréable ».

 

Pas d’unifolié

Les dix élus solidaires ont toutefois repris le serment de loyauté envers le peuple du Québec dans la salle du Conseil législatif, qui était dépouillée pour l’occasion de l’unifolié qui s’y élançait en début de semaine, pour les prestations de serment des élus libéraux et caquistes.

Devant les médias, la co-porte-parole de QS a refusé de renouveler le serment qu’elle avait prêté quelques minutes plus tôt devant le secrétaire général de l’Assemblée nationale, Michel Bonsaint. Celui-ci n’a guère laissé de choix aux députés antimonarchistes.

« Le secrétaire général a été clair : “Vous ne le faites pas, vous ne siégez pas” », a relaté Mme Massé, ajoutant que « tout le monde » s’est exécuté « quasiment avec le sourire en coin ». Même chose pour les péquistes au fil des années, a-t-elle fait remarquer.

« Faites-vous totale allégeance à la reine Élisabeth II ? » lui a demandé un journaliste.

« Devinez, devinez ! Alors, je réitère, pour nous, c’est archaïque », a-t-elle répondu. Mme Massé s’est engagée à déposer un projet de loi « pour en finir » avec le serment à la reine.

Face aux questions sur le port des signes religieux que leur ont posées les employés de l’État, les élus solidaires se sont rangés derrière le « compromis » Bouchard-Taylor, puis derrière le programme de leur parti — qui présentent pourtant deux visions contradictoires.

Et c’était sans compter les opinions personnelles, dont Sol Zanetti et Catherine Dorion ont tôt fait de minimiser l’importance.

« Nous, on appuie le compromis Bouchard-Taylor », a par exemple lancé le premier. « Je trouve qu’il serait antidémocratique que des gens se fassent élire sur un programme et ensuite fassent le contraire », a ajouté le député de Jean-Lesage en précisant que « son point de vue personnel là-dessus n’est pas important ».

La recommandation des commissaires Bouchard et Taylor prônait l’interdiction du port des signes religieux par les agents de l’État en position d’autorité.

Celle du programme de QS est tout autre : le parti statue que les agents de l’État peuvent porter des signes religieux « pourvu qu’ils ne servent pas d’instrument de prosélytisme ».

Au lendemain de la tuerie à la grande mosquée de Québec, au début de 2017, QS s’était cependant rangé derrière le Parti québécois et la Coalition avenir Québec pour demander l’interdiction des signes religieux chez les employés de l’État en position d’autorité.

Pas d’unanimité

Un an et demi plus tard, difficile de savoir à quelle enseigne le parti loge.

« Il n’y a pas d’unanimité sur ce dossier-là. Il faut donc trouver cette voie de passage, et c’est ce que Bouchard-Taylor avait réussi », a affirmé Manon Massé, après avoir tenté d’éviter le sujet épineux en rappelant « l’urgence » de la lutte contre les changements climatiques.

« Je comprends l’idée du compromis », a aussi dit Catherine Dorion. « Je ne sais pas ma position à moi serait quoi », a-t-elle ensuite admis. « Il faudrait que je rencontre plus de monde qui me parle de c’est quoi, le vécu de chaque côté. »

Chose certaine, interdire le port des signes religieux par les enseignants, « c’est aller beaucoup trop loin », a-t-elle affirmé.

Un nouveau ton pour les élus

Aux nouveaux collègues qui l’entouraient dans le Salon rouge, la — désormais — doyenne Manon Massé a recommandé d’être « vrais ». « En cette ère de fake news et à l’heure où la confiance envers la classe politique est au plus bas, on ne peut pas tourner les coins ronds. La transparence, c’est la seule pierre angulaire de notre démocratie », a-t-elle déclaré, quelques minutes après avoir prêté serment à l’abri des caméras. La chef parlementaire s’est ensuite défendue de reprendre une formulation chère au président américain. « Les mots n’appartiennent pas à Donald Trump, quand même », a-t-elle dit. « Je ne montrais du doigt rien ni personne, là », a-t-elle insisté. « Tu sais, des Facebook puis des Twitter. Il y a toutes sortes d’affaires. Non, mais c’était ça. C’est dans cette ère-là que nous sommes », a-t-elle statué.

Québec solidaire

Nombre de députés : 10

Femmes : 50 %

Recrues : 80 %

Âge moyen : 39 ans

Doyenne : Manon Massé (55 ans)

Benjamine : Émilise Lessard-Therrien (26 ans)