État laïque et crucifix «patrimoniaux»

François Legault a accueilli ses 73 députés caquistes, mardi à Québec, lors de leur assermentation à l’Assemblée nationale.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault a accueilli ses 73 députés caquistes, mardi à Québec, lors de leur assermentation à l’Assemblée nationale.

Les crucifix ne trouveront pas leur place dans le cou des juges sous un gouvernement caquiste, mais ils pourront tout de même continuer de trôner au-dessus de leurs bancs.

Les croix pourront rester dans les palais de justice, a confirmé la députée caquiste Sonia Lebel mardi, en marge de la prestation de serment des 74 élus de la Coalition avenir Québec au Salon rouge.

L’élue de la Mauricie a souligné l’importance de « ne pas tourner le dos à notre passé » et fait l’éloge de « l’apparence de neutralité » des juges.

Celle-ci s’exprime notamment dans le port de la toge — un vêtement « lourd » et « chaud », a-t-elle expliqué, mais nécessaire pour que le citoyen « ne sente pas que nous [les acteurs du système de justice] sommes biaisés par d’autres considérations que celles… de rendre justice ».

Or, « qu’on ait un crucifix ou un autre signe symbolique qui, pour moi, fait partie de notre histoire, de notre patrimoine, ne vient pas nécessairement teinter les acteurs qui agissent dans l’enceinte où ce crucifix-là se trouve », a-t-elle ajouté.

À ses côtés, le député Samuel Poulin s’est empêtré dans une déclaration sur les conclusions de la commission Bouchard-Taylor, qui recommandait en 2008 le retrait du crucifix installé au Salon bleu. « On sait qu’il y a un consensus au Québec au niveau de Bouchard-Taylor, bien entendu, concernant le crucifix qui va demeurer à l’Assemblée nationale », a-t-il prétendu à tort.

La position de la Coalition avenir Québec sur les signes religieux — dont la formation politique veut interdire le port aux personnes en situation d’autorité et aux enseignants — sera ferme… mais flexible, a affirmé Sonia Lebel dans une même déclaration.

« On va maintenir cette position-là », a-t-elle d’abord affirmé, avant de nuancer ses propos. « C’est sûr qu’il va y avoir un travail de discussion et d’ouverture. Mais la position de la CAQ, aujourd’hui, elle est claire et c’est le point de départ de toute cette législation-là. »

 

« Pour tous les Québécois »

Au lendemain d’une rude campagne électorale, le premier ministre désigné, François Legault, a appelé les élus caquistes à s’« élever au-dessus des considérations partisanes » pour se soucier de « l’intérêt supérieur du Québec ».

« On ne va pas parler de former un gouvernement de la CAQ, on veut former un gouvernement pour tous les Québécois », a-t-il insisté devant quelques centaines de personnes rassemblées sur le parterre et dans les gradins du Salon rouge.

À moins de 48 heures du dévoilement de son Conseil des ministres, le chef caquiste s’est enorgueilli d’avoir su rassembler des « adversaires d’hier » — adéquistes, libéraux et péquistes — sous la même bannière.

Après avoir qualifié de « casse-tête » la formation de sa première équipe ministérielle, il a remercié les quatre députés qui ont défriché la « troisième voie » politique au sein de l’Action démocratique du Québec.

« Il y a eu des moments où c’était plus difficile que d’autres. Puis, vous avez persisté. Je vous dis bravo ! Bravo ! Bravo ! Je ne vous oublierai jamais », a-t-il lancé, balayant du regard la salle à la recherche des Marc Picard, Éric Caire, Sébastien Schneeberger et François Bonnardel. « Ils sont tous les quatre sur ce bord-là, par hasard, bon, à ma droite ! » a-t-il lancé.

Les députés Sonia Lebel et Samuel Poulin, dépêchés pour rencontrer les médias après l’allocution de leur chef, ont plaidé en faveur d’un « changement de ton » chez les élus.

Sous l’égide de la CAQ, les travaux seront « moins acrimonieux » et des projets de loi pourraient être présentés par des membres des quatre formations politiques représentées à l’Assemblée nationale, ont-ils illustré.

« Si ce n’est pas nous qui changeons les choses à l’Assemblée nationale, qui va le faire ? » a demandé Samuel Poulin.

Ce nouveau ton, les Québécois ne l’ont « peut-être pas vu en campagne électorale », a-t-il ensuite convenu, lorsque les journalistes lui ont rappelé que la CAQ n’avait pas hésité à dévoiler un échange de textos ou l’identité d’une source dans la course à l’élection.
 

Cinquante nouveaux et personne de «parfait»

Le premier ministre désigné, François Legault, a revendiqué mardi le droit à l’erreur pour les élus caquistes, dont près des deux tiers (50 sur 74) n’ont aucune expérience parlementaire. « Les Québécois ne s’attendent pas à ce qu’on soit parfaits ; ils s’attendent à ce qu’on les écoute et qu’on fasse de son mieux, qu’on s’améliore, qu’on se retrousse les manches pour les aider », a-t-il fait valoir dans la salle du Conseil législatif — où, a-t-il rappelé, « des géants de l’histoire du Québec » ont débattu au fil des quelque 135 dernières années. « Rappelons-nous ça : on a le droit de faire des erreurs », a-t-il ajouté. M. Legault a aussi pris soin de remercier d’avance les proches des membres de la 42e législature pour le « réconfort » qu’ils apporteront à leur amoureuse, amoureux, amie, ami, fille, fils élu ou élue qui se trouverait dans une mauvaise passe. « Ça peut être dur, la politique. »

En chiffres

Nombre de députés : 74

Femmes : 37,83 %

Recrues : 67,56 %

Âge moyen : 51 ans

Doyenne : Marguerite Blais (68 ans)

Benjamin : Samuel Poulin (27 ans)

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.