Pierre Arcand chasse Guy Ouellette

Le président sortant du Conseil du trésor, Pierre Arcand, assurera l'intérim de Philippe Couillard à la tête du PLQ.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le président sortant du Conseil du trésor, Pierre Arcand, assurera l'intérim de Philippe Couillard à la tête du PLQ.

Aussitôt élu chef par intérim du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand a montré la porte du caucus à Guy Ouellette vendredi, rompant ainsi avec l’approche de son prédécesseur, Philippe Couillard.

Le changement de ton est radical : en campagne électorale, Philippe Couillard a déclaré à de nombreuses reprises que Guy Ouellette allait rester dans les rangs libéraux après l’élection, en dépit des soupçons voulant qu’il ait envoyé des informations embarrassantes pour son parti à la Coalition avenir Québec et à Québec solidaire. « Sur la base des informations que je détiens aujourd’hui, il va être élu et il va être membre de notre caucus », a-t-il par exemple attesté le 27 septembre. « Moi, je ne parle pas du passé, je parle de l’avenir », a répété l’ex-chef libéral avant le scrutin.

Or c’est précisément le passé, et plus particulièrement la « grande inquiétude » des élus libéraux « face à ce qui a été publié dans les journaux, qui était considéré dans plusieurs cas comme étant des faits », qui a motivé leur décision concernant Guy Ouellette, a expliqué Pierre Arcand. « C’est un bris de confiance, tout simplement », a-t-il résumé au lendemain de la démission de M. Couillard.

Guy Ouellette a refusé l’invitation de ses collègues à participer au caucus de vendredi, pour plutôt envoyer une lettre qui a été lue devant eux. « Encore une fois, les députés en ont conclu que c’était, évidemment, motif aussi à expulsion du caucus », a déclaré Pierre Arcand.

Aux électeurs lavallois qui ont choisi le Parti libéral, l’élue Filomena Rotiroti a répondu en déclarant que Guy Ouellette a été « élu par la démocratie, par ses citoyens » « Bien, écoutez, ils ont toujours un député, hein ? » a-t-elle aussi souligné.

Après la démission de Philippe Couillard et le congédiement de Guy Ouellette, le caucus du PLQ compte désormais 30 élus, dont 16 femmes.

La CAQ et QS dans sa mire

Pierre Arcand a décoché ses premières flèches non seulement à la CAQ, qui formera le prochain gouvernement, mais également à Québec solidaire. « On a été, je dirais, agressés un peu cette semaine quand on s’est fait dire que c’était eux, l’opposition officielle. Moi, je n’accepte pas ça. L’opposition officielle, c’est nous », a souligné l’homme politique de 66 ans, entouré de la plupart des 29 autres élus libéraux.

Les libéraux ne se priveront pas d’attaquer la crédibilité de la formation politique de gauche puisque, selon M. Arcand, « tout le monde reconnaît que certaines de leurs propositions n’ont pas été très réalistes durant la campagne ».

D’ailleurs, le député de Mont-Royal–Outremont n’a pas voulu s’engager à reconnaître QS ou le Parti québécois comme groupe parlementaire, ce qui leur permettrait de bénéficier de ressources additionnelles, mais également de temps de parole accru à l’Assemblée nationale. « Nous n’avons pas pris de décision », s’est-il contenté de dire.

À écouter M. Arcand, la lune de miel du gouvernement caquiste sera de bien courte durée. « M. Legault devra nous expliquer comment il compte faire ses maisons des aînés, faire son troisième lien en moins de deux ans et également, ce qu’il va faire au niveau des seuils d’immigration », a-t-il martelé. En prévision de l’ouverture de la session parlementaire, il a promis d’adopter un ton « respectueux », « rigoureux », « déterminé » et « confiant ».

Changement dans la continuité

Pour répondre à ce qu’ils ont qualifié de désir de changement de la population, les élus ont préféré Pierre Arcand à Christine St-Pierre pour diriger leur formation politique jusqu’à la désignation d’un chef en titre.

Après avoir accepté le poste « en toute humilité », M. Arcand s’est mis à la tâche d’assurer l’« unité » des élus et de « rebâtir » le PLQ, qui a obtenu l’appui de 24,8 % des électeurs lundi.

Les libéraux ont autrement convenu de procéder à un examen des causes expliquant leur pire défaite en 151 ans d’histoire. Le député Saul Polo a montré du doigt le désintérêt des membres du parti. « S’il y a une désaffection auprès de nos militants, alors imaginez la déconnexion auprès de la population », a-t-il lancé. « Voir qu’aujourd’hui on est tombés en bas de 20 % du vote francophone, pour moi, c’est très inquiétant. »

Sa collègue Hélène David a ajouté que le Parti libéral a « toujours été nationaliste ». « Pensez à Robert Bourassa », a-t-elle suggéré. « Ce n’est pas normal que des francophones nous désertent, il faut aller leur parler », a-t-elle suggéré.

Ni M. Arcand ni le président du PLQ, Antoine Atallah, n’ont donné de détails sur la course à la direction à venir. « J’ai l’énergie pour faire plusieurs mois », a fait remarquer M. Arcand.