La soirée électorale ramenée à quelques concepts phares

Un groupe de partisans de la Coalition avenir Québec au rassemblement de Québec. Une demi-heure après la fermeture des bureaux de vote, la nouvelle affaire politique était réglée: la CAQ obtenait la majorité des sièges à l’Assemblée nationale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un groupe de partisans de la Coalition avenir Québec au rassemblement de Québec. Une demi-heure après la fermeture des bureaux de vote, la nouvelle affaire politique était réglée: la CAQ obtenait la majorité des sièges à l’Assemblée nationale.

Certains mots valent mille images et il en faut bien quelques-uns pour concentrer au pur sucre ce qui vient de se produire. Alors, quels termes ont permis aux commentateurs d’introduire à chaud un peu de signification dans les résultats de la soirée électorale médiatisée ?

Tendance. Dès les premiers résultats, un départ caquiste canon a permis de comprendre ce qui se tramait. La Coalition avenir Québec (CAQ) détenait 21 sièges à la dissolution de l’Assemblée nationale. Dès 20 h 08, cette barre était franchie par le nombre de candidats caquistes en avance. Il faut 63 circonscriptions pour former un gouvernement majoritaire. Les réseaux CTV et TVA ont annoncé que le gouvernement serait caquiste vers 20 h 15 et qu’il serait majoritaire à 20 h 32. La fameuse phrase radio-canadienne établissant que « si la tendance se maintient… » n'a même pas eu à être prononcée par l’animateur Patrice Roy. Bref, en une demi-heure, la nouvelle affaire politique était réglée. Finalement, la CAQ a fait élire plus de députés que le PLQ en 2014.

Changement. Le Parti libéral (PLQ), né en même temps que la Confédération canadienne, a depuis dirigé le gouvernement du Québec pendant une grosse moitié des quelque 150 dernières années. Alors, quand d’autres partis proposent d’en changer, c’est généralement contre la manière libérale. La présente élection n’a pas fait exception. Tout le monde promettait du changement, et il vient de se matérialiser sous sa forme caquiste.

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les libéraux de Philippe Couillard ont réalisé leur pire score depuis 1867.

Les sondeurs en parlaient depuis plus d’un an, les commentateurs politiques entendus toute la journée et encore plus pendant la soirée n’en avaient que pour cette idée d’un monde en train de basculer. La notion de paradigme empruntée à l’épistémologie des sciences a même été servie par quelques-uns. « Le vent de changement a soufflé fort sur le Québec », a résumé l’analyste de Radio-Canada Sébastien Bovet, qui a ajouté que « la CAQ vit son fantasme ce soir ».

Sondage. Il y a la carte. Il y a le territoire. La CAQ maintenait une avance dans les sondages depuis le début de l’année. Sa position a commencé à chuter un peu au milieu de la campagne pour rejoindre le PLQ autour de 30 % des intentions exprimées. Certains scénarios demeuraient plus plausibles, dont la victoire plus probable de la CAQ. Probable mais pas obligatoire, évidemment. La tendance haussière pour la CAQ s’est manifestée très tôt et, finalement, les résultats ont fait mentir les prédictions. Les coups de sonde leur accordaient plus ou moins 30 % des voix : les caquistes en ont ramassé un tiers de plus.

Organisation. Les positions serrées à la fin de la campagne rendaient encore plus nécessaires les machines bien huilées pour « faire sortir le vote » comme disent les stratèges. Les libéraux, réputés imbattables à ce jeu tactique, comptaient sur leur mécanique efficace pour au moins réaliser ce que les sondages prédisaient. Le PLQ pouvait aussi miser sur ce que les analystes appellent la « prime de l’urne », soit l’habitude de certains fidèles de cette formation à garder leurs choix in petto jusqu’au jour du scrutin, sans jamais révéler leur véritable intention aux sondeurs. Cette fois, il semble clair que la prime de l’urne a changé de camp pour se manifester en faveur de la CAQ.

Jeunes. Pour la première fois depuis la Révolution tranquille, la société des électeurs était divisée à peu près à parts égales, avec deux millions de personnes dans chacun des blocs générationnels Le PQ n’était plus acquis au PQ depuis la crise de la charte des valeurs du gouvernement Marois. La connexion n’a pas été rétablie avec la jeunesse, et la formation est devenue un parti de vieux, visiblement boudé par les jeunes. La politologue et poétesse Catherine Dorion, élue dans Taschereau, symbolise l’attrait de cette formation pour les jeunes progressistes. Elle permet une percée dans la capitale nationale pour QS. La jeune femme a prononcé son discours de victoire coiffée d’une tuque. Un observateur s’est demandé si elle pourrait la porter à l’Assemblée nationale en rappelant que le co-porte-parole des solidaires, Gabriel Nadeau-Dubois, a été obligé de s’habituer à y porter la cravate…

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Trois chefs jouaient leur va-tout avec ce scrutin, la co-porte-parole de QS, Manon Massé, ayant déjà gagné son pari avec sa campagne Cendrillon.

Parité. C’était l’élection de la parité hommes-femmes, tous les grands partis ayant présenté au moins 40 % de candidates. QS et la CAS ont présenté respectivement 66 et 65 femmes, soit plus de la moitié du lot. Le PQ et le PLQ en étaient à 51 et 55 candidates. Neuf circonscriptions ne présentaient d’ailleurs que des candidates des quatre grands partis. Des dizaines de femmes ont été élues, dont plusieurs vedettes des partis, de Véronique Hivon (PQ) et Catherine Dorion (QS) à Geneviève Guilbault, Chantal Rouleau ou Caroline Proulx (CAQ).

Chefs. Trois chefs jouaient leur va-tout avec ce scrutin, la co-porte-parole de QS, Manon Massé, ayant déjà gagné son pari avec sa campagne Cendrillon. Le siège de Jean-François Lisée était en jeu dans Rosemont, où il bataillait contre une recrue vedette, l’ex-chroniqueur Vincent Marissal, qui l’a emporté. Un commentateur a parlé d’un « dernier coup de massue » pour le PQ. François Legault, dans L’Assomption, a pris les devants rapidement et n’a jamais été rattrapé. Philippe Couillard et Manon Massé sont aussi passés haut la main. Le premier ministre sortant a promis de décider rapidement de son avenir politique.

Effondrement. Toute affirmation est en même temps une négation. La CAQ monte au compte tandis que le PQ coule à un niveau qui le ramène à une députation de sa toute première participation aux élections générales, en 1970, quand la nouvelle formation de René Lévesque avait fait élire sept candidats, mais pas son chef fondateur. Les médias ont multiplié les métaphores de « naufrage » et de « catastrophe ». Les libéraux aussi s’effondrent en perdant la moitié de leurs sièges, en réalisant avec environ 25 % des voix leur pire score depuis 1867.