Le PQ encaisse la pire défaite de son histoire

Les résultats ont été accueillis dans un silence propre aux soirs de défaite par les rares militants présents à L’Usine C.
Photo: Valérian Mazataud­ Le Devoir Les résultats ont été accueillis dans un silence propre aux soirs de défaite par les rares militants présents à L’Usine C.

Jamais depuis sa création, il y a 50 ans, le Parti québécois n’avait subi une défaite plus cinglante : avec 17,1 % des voix et 9 candidats élus, la formation de Jean-François Lisée a perdu son statut de parti reconnu à l’Assemblée nationale. Un choc sismique, accompagné de la démission du chef.

L’hécatombe a donc touché la tête même du parti, alors que Jean-François Lisée a été battu dans sa propre circonscription (Rosemont). L’ancien journaliste Vincent Marissal l’a emporté, infligeant au chef péquiste le même sort que celui réservé à Pauline Marois en 2014.

« Le verdict de Rosemont met également un terme à l’emploi le plus formidable que j’ai jamais eu, celui de chef du PQ », a lancé M. Lisée aux rares militants présents à l’Usine C de Montréal. « Je prends une bonne part de responsabilité dans les résultats d’aujourd’hui. »

M. Lisée a consacré l’essentiel de son discours à évoquer un nécessaire rapprochement avec Québec solidaire, tout en soulignant les conséquences que la lutte fratricide entre ces deux partis a eues sur les résultats de lundi.

« La volonté populaire de choisir pour s’assurer de déloger les libéraux était plus forte que tout. Il s’agissait d’un courant puissant, irrésistible. Et j’en viens à une comparaison qui m’a trotté dans la tête pendant toute ma campagne, a-t-il dit. Pour l’emporter, il nous fallait remonter les chutes de Niagara à la rame. »

« Mais alors que nous ramions, d’autres travaillaient dans nos circonscriptions pour nous arracher les rames, a-t-il ajouté. Je voudrais saluer ce soir l’engagement en politique de centaines de milliers de jeunes, ceux qui ont voté PQ, et ceux, nombreux, qui ont voté QS. Lorsqu’on finira de calculer les votes, on se rendra compte qu’on assiste à l’irruption d’une nouvelle génération de souverainistes. »

M. Lisée a rappelé avoir « espéré il y a deux ans » une convergence entre les deux partis. « Je visualisais cet engouement nouveau de la jeunesse autour du PQ et de QS », a-t-il dit.

« Notre offre [de convergence] était sincère et si le congrès de QS avait accepté notre main tendue, il y a fort à parier que l’élection de ce soir offrirait un autre résultat. L’intense activité militante que nous avons dû concentrer pour nous battre dans nos propres comtés, nous l’aurions déployée ensemble pour conquérir d’autres circonscriptions et, qui sait, changer l’issue du scrutin. »

Tout en reconnaissant qu’on « ne peut réécrire le passé », M. Lisée a soutenu qu’il faut « tirer des leçons pour l’avenir ».

Hivon élue

La vice-chef, Véronique Hivon, a eu plus de succès que M. Lisée : elle a été réélue dans Joliette. La confirmation de sa victoire a suscité des applaudissements sentis dans une soirée aux allures autrement funestes.

Les sondages annonçaient depuis un an que le PQ se dirigeait vers un recul important. Il n’empêche que la soirée de lundi a eu l’effet d’une gifle pour les militants. L’ampleur de la défaite a dépassé les pires pronostics.

À 21 h, les organisateurs de la soirée ont ainsi pigé dans le répertoire de Gilles Vigneault pour résumer l’état d’esprit des troupes : « Tout l’monde est malheureux, tam ti de la da ti… » ont diffusé les haut-parleurs.

Dès l’annonce des premiers résultats, il a été clair que le Parti québécois sortirait lourdement touché. Après le quasi-effacement du Bloc québécois en 2011, le Parti québécois subit donc un sort semblable : des lendemains douloureux s’annoncent, amplifiés par la percée de Québec solidaire.

Ébranlé partout

Complètement éjecté de l’île de Montréal, le PQ ne conserve que quelques châteaux forts à travers la province.

Dans le Bas-Saint-Laurent (trois circonscriptions avec Pascal Bérubé, Harold Lebel et Sylvain Roy), sur la Côte-Nord (Martin Ouellet et Lorraine Richard, de justesse) et dans Jonquière (Sylvain Gaudreault), le parti a résisté.

Les Îles-de-la-Madeleine échoient de justesse au PQ, par moins de 20 votes. En Montérégie, Catherine Fournier a résisté dans Marie-Victorin.

Dans Abitibi-Ouest (détenue par François Gendron depuis 1976), le péquiste Sylvain Vachon a été battu par la caquiste Suzanne Blais.

« Malheureusement, le PQ, on n’a pas su être assez au diapason de la population, c’est le message qu’on reçoit », a avancé Sylvain Gaudreault depuis Jonquière, interrogé par Radio-Canada.

Pour être reconnue comme parti à l’Assemblée nationale, une formation doit obtenir 20 % des appuis à une élection générale, ou encore faire élire au moins 12 députés.

Pas de discours sur place

Les rares militants présents à l’Usine C avaient les yeux rivés sur les écrans qui effaçaient peu à peu le bleu péquiste de la carte. L’onde de choc a été encaissée dans le silence propre aux soirs de défaite.

Les organisateurs de la soirée ont choisi de ne pas en infliger plus qu’il n’en fallait : le son des écrans géants était systématiquement coupé aux moments importants pour faire place à des chansons québécoises — et à celles de Charles Aznavour, décédé lundi.

Ainsi, il fut impossible d’entendre Philippe Couillard, Manon Massé ou François Legault faire leur discours.

Avant lundi, le PQ n’avait jamais obtenu moins de 23 % à une élection. À son pire score (en 1970), il avait remporté sept circonscriptions. En 1973, quelque 30 % du vote avait fait élire six députés. Lors de la dernière élection, en 2014, le parti avait obtenu 25,4 % des voix et 30 députés.