Percée historique pour QS

L'ambiance était à l'exaltation lundi soir au centre-ville de Montréal, où se tenait le rassemblement de Québec solidaire. Le parti a remporté son pari.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L'ambiance était à l'exaltation lundi soir au centre-ville de Montréal, où se tenait le rassemblement de Québec solidaire. Le parti a remporté son pari.

Québec solidaire (QS) aura réussi non seulement à prouver qu’il n’est pas qu'un parti montréalais, mais également à déloger le chef péquiste, Jean-François Lisée, dans une percée historique pour la formation politique de gauche.

« Québec solidaire n’est pas le parti du Plateau Mont-Royal, c’est le parti du monde qui veut que ça change pour vrai », a lancé Manon Massé, co-porte-parole de QS, devant une foule euphorique réunie à L’Olympia, à Montréal.

L’ascension promise par les solidaires s’est concrétisée lundi soir. QS, qui détenait jusqu’à présent trois sièges à l’Assemblée nationale, avait fait grimper son nombre d’élus à dix au moment où ces lignes étaient écrites.

Le parti, qui a mené cette année la plus importante campagne de son histoire en parcourant plus de 10 500 km à travers le Québec, a aussi fait élire ses premiers candidats à l’extérieur de la métropole. Taschereau et Jean-Lesage, à Québec, Sherbrooke et Rouyn-Noranda–Témiscamingue ont chacun un député solidaire. Signe d’une percée importante, le parti était deuxième dans 12 circonscriptions.

« Rappelez-vous tout ce qu’on a fait lorsqu’on était seulement trois à l’Assemblée nationale, imaginez maintenant », s’est exclamée Mme Massé, sous les applaudissements des centaines de militants.

Un peu plus tôt, son co-porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, avait servi un avertissement au chef caquiste, François Legault, qui formera le prochain gouvernement majoritaire.

« M. Legault, attachez votre tuque avec de la broche, parce que QS va continuer à faire obstacle à chacune des décisions qui vont aller dans la mauvaise direction », a dit M. Nadeau-Dubois, qui a sans surprise été réélu dans Gouin, à Montréal. QS a dit vouloir interpeller rapidement le nouveau premier ministre sur le mode de scrutin qu’il s’est engagé à réformer.

QS chasse le chef péquiste

Cris de joie, applaudissements et larmes ont ponctué la soirée à Montréal, tandis qu’une petite vague orange a déferlé dans la métropole, où QS a remporté six circonscriptions.

L’ancien journaliste Vincent Marissal a causé la surprise en chassant le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, de la circonscription de Rosemont. D’ailleurs, M. Lisée a annoncé qu’il quittait ses fonctions à la suite de cette défaite.

« J’ai beaucoup de respect pour l’engagement politique qu’a eu M. Lisée […] J’ai toujours dit que je ne me lançais pas dans cette aventure-là dans le but de battre [M. Lisée]. Je me lançais pour gagner Rosemont parce que je sentais que les gens étaient prêts à virer orange », a dit M. Marissal.

En plus de la candidate solidaire au poste de première ministre, Manon Massé, réélue dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, la candidate Ruba Ghazal a été élue dans Mercier, première circonscription remportée par QS en 2008, par Amir Khadir. QS a réussi une percée avec Andrés Fontecilla dans le bastion libéral de Laurier-Dorion, qui était représenté par Gerry Sklavounous depuis 2007. Alexandre Leduc a quant à lui remporté la forteresse péquiste d’Hochelaga-Maisonneuve, détenue depuis 2008 par Carole Poirier.

À la conquête de Québec

La candidate vedette Catherine Dorion a remporté la circonscription de Taschereau, à Québec, avec une majorité de plus de 4000 voix. Sa victoire met fin à 24 ans de domination péquiste dans cette circonscription. « Ce n’est pas moi qui a gagné dans Taschereau, c’est vous autres, c’est tout le monde qui est ici ! » a déclaré une Catherine Dorion très émue, dans un discours vers 21 h. « La victoire va écrire des choses dans notre corps ce soir. Savez-vous ce qui va se passer ? C’est qu’on va y prendre goût ! »

« C’est plus de la politique qu’on fait, c’est de l’histoire ! » a-t-elle aussi lancé.

Au rassemblement de Québec, la salle de 750 places du Musée national des beaux-arts s’est vite trouvée au maximum de sa capacité, forçant des dizaines de militants à suivre la soirée de l’extérieur.

Déjà gonflé à bloc par la victoire de Catherine Dorion, le rassemblement de QS a été traversé par une véritable vague de jubilation quand celle de Sol Zanetti a été annoncée un peu après 22 h. « Merci d’avoir choisi pour la circonscription du Port de Québec une voix indépendantiste qui va prendre la défense du peuple et de l’environnement ! » a déclaré le nouveau député de Jean-Lesage dans un discours. « Ce qu’on a fait ensemble, c’est juste le début. Le meilleur est à venir », a ajouté M. Zanetti.

Comme Catherine Dorion, M. Zanetti a fait ses débuts en politique au sein d’Option nationale avant que le parti fusionne avec QS. Les accointances entre le parti et le mouvement des carrés rouges se faisaient aussi sentir au rassemblement de Québec, où les gens scandaient aussi « À nous la rue » et « Le peuple uni, jamais ne sera vaincu ».

La couleur orange a également atteint Sherbrooke, où la candidate solidaire Christine Labrie a été élue, délogeant le libéral Luc Fortin.

En fin de soirée, la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, où le parti avait concentré ses efforts dans les derniers jours, a été remportée par la candidate solidaire Émilise Lessard-Therrien.