Libre-échange : le lait s’invite in extremis dans la campagne électorale

Le nouvel accord de libre-échange a ouvert une brèche dans la gestion de l’offre qui fait grincer des dents les producteurs laitiers québécois.
Photo: David Afriat Archives Le Devoir Le nouvel accord de libre-échange a ouvert une brèche dans la gestion de l’offre qui fait grincer des dents les producteurs laitiers québécois.

Au lendemain de l’adoption d’un nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, les chefs et les co-porte-parole des partis politiques québécois sont intervenus sur la place publique pour manifester leurs inquiétudes vis-à-vis de cette nouvelle entente, et pour apporter leur soutien à l’industrie laitière qui risque d’en pâtir.

Dès l’annonce de la nouvelle entente dimanche soir, le chef du Parti québécois a commenté l’entente, qualifiant la brèche sur la gestion de l’offre comme étant une « très mauvaise nouvelle pour le Québec ». « Le pire est arrivé », a-t-il laissé tomber, lors d’un message en direct sur sa page Facebook. Peu d’informations étaient toutefois encore connues sur les détails du nouvel accord.

Pour sa part, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a indiqué sur Twitter que « les concessions faites par M. Trudeau ne vont pas dans l’intérêt du Québec ». Elle a ajouté que « tant et aussi longtemps que l’establishment négociera derrière des portes closes, les intérêts du peuple seront sacrifiés. Il faut vite que le peuple québécois ait sa voix à l’international ».

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a qualifié de « décevant » le nouvel ALENA, qui ouvre une brèche dans la gestion de l’offre laitière du Canada, sur lequel Ottawa et Washington se sont entendus.

Les « compromis » faits par le gouvernement fédéral « vont faire mal à des producteurs agricoles », a-t-il déploré à la sortie d’un bureau de vote, à L’Assomption lundi avant-midi. « Je veux qu’on regarde toutes les options pour défendre les producteurs agricoles », a-t-il déclaré dans un impromptu de presse.

D’ailleurs, le chef caquiste compte discuter de la réplique à donner par le gouvernement québécois à l’accord intervenu dimanche soir entre le Canada et les États-Unis à l’occasion d’un entretien téléphonique avec le premier ministre Philippe Couillard lundi après-midi.

Le premier ministre et chef libéral Philippe Couillard s’est, lui aussi, déclaré « d’emblée insatisfait » des dispositions concernant l’agriculture et l’industrie laitière dans l’entente qui doit remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

« Je suis très préoccupé par ça, par l’avenir de nos fermes familiales », a-t-il déclaré après avoir voté dans une école primaire de Saint-Félicien.

« Ce qui, pour moi, compte beaucoup, c’est la vie dans nos régions, l’occupation de notre territoire et le type d’agriculture qu’on veut pratiquer au Québec et au Canada », a-t-il rappelé. « Une agriculture de taille humaine, à visage familial, qui n’est pas une agriculture industrielle dans laquelle on perd toutes nos capacités de prendre nos décisions. » Philippe Couillard et ses homologues des autres provinces doivent discuter du nouvel ALENA avec le premier ministre Trudeau en fin de matinée. « Par la suite, je vous reverrai pour vous parler plus en détail de la situation et de la manière dont on l’évalue », a-t-il affirmé.

En matinée, le chef libéral avait déjà discuté avec le négociateur en chef pour le Québec dans le dossier de l’ALENA, Raymond Bachand. Il s’était aussi entretenu avec le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Marcel Groleau, le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, et le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre. Ces derniers se sont dits déçus de l’entente signée par Ottawa.