Ultime blitz électoral

Les chefs des partis politiques ont lancé un ultime appel au vote dimanche. Retour à la vitesse grand V sur les 48 dernières heures.
Illustration: Le Devoir Les chefs des partis politiques ont lancé un ultime appel au vote dimanche. Retour à la vitesse grand V sur les 48 dernières heures.

Le vrombissement des moteurs des autocars de campagne de François Legault, Philippe Couillard, Jean-François Lisée et Manon Massé se taira ce lundi, au terme de 39 jours d’une campagne électorale mouvementée, durant laquelle les accrochages ont été nombreux. Les chefs des partis politiques ont lancé un ultime appel au vote dimanche. Retour à la vitesse grand V sur les 48 dernières heures.

Le chef caquiste, François Legault, a profité du week-end pour effectuer une ultime offensive contre des positions du Parti libéral en Estrie samedi, et, du Parti québécois en Montérégie dimanche. « Après 38 jours de campagne, la volonté de changement est vraiment palpable, partout », a-t-il fait valoir au terme d’un dernier blitz.

Il a réitéré sa volonté de « faire plus, faire mieux » en santé, en éducation et en développement économique tout en remettant de l’argent dans « le portefeuille des Québécois », et ce, avec l'« équipe de gestionnaires » qu’il a su bâtir au fil des derniers mois.

Le député de Sanguinet, Alain Therrien, a refusé de le laisser s’en tirer à si bon compte. Il a surgi dans le pavillon d’accueil du RécréoParc de Sainte-Catherine, où le chef caquiste échangeait des poignées de mains avec des grands et jouait avec de la pâte à modeler avec des petits dimanche avant-midi. « Harry Potter n’est pas dans notre parti. Il est dans le vôtre », a lancé le candidat péquiste à M. Legault, jugeant intenables les promesses de la CAQ d’alléger le fardeau fiscal des Québécois tout en renforçant les services offerts par l’État.

M. Legault a poursuivi comme si de rien n’était son offensive en terres péquistes : Beauharnois, Saint-Jean, Taillon. Il a poussé l’audace en faisant un arrêt dans la circonscription de Marie-Victorin, où le PQ avait obtenu près de quatre fois plus de voix que la CAQ lors d’une élection partielle en décembre 2016. Là, ce n’est pas la députée sortante, Catherine Fournier, qui l’a interpellé, mais bien un couple d’électeurs insatisfait de son programme en matière d’environnement.

Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a choisi de terminer sa campagne « à la maison », dans la circonscription de Roberval, après 39 jours sur la route.

Son retour « chez nous » — pour reprendre l’expression qu’il aime répéter — a coïncidé avec la menace d’un nouvel ALENA contenant des concessions défavorables au système québécois de gestion de l’offre dans le secteur laitier. « Ce sont mes voisins […], c’est du monde que je croise à la maison », a pu lancer l’élu de Roberval devant une poignée de militants. Il s’est engagé à ne « rien laisser passer », bien qu’il ait été contraint de reconnaître que le Québec n’a pas le pouvoir de bloquer une entente signée par Ottawa. « Sur le plan juridique, on peut déclarer le Québec non lié », a-t-il avancé, en précisant toutefois qu’il faudra attendre de voir « les textes » pour « les analyser et explorer toutes les avenues juridiques possibles ».

Aux agriculteurs — ses « voisins » de Roberval comme les autres — il a suggéré de se rallier au Parti libéral « pour défendre leurs intérêts et protéger la gestion de l’offre ».

Le chef libéral a par ailleurs effectué un blitz en avion au cours de la fin de semaine : des îles de la Madeleine vers lesquelles il s’était envolé samedi soir, il a mis le cap dimanche sur Percé et Mont-Joli, avant de se rentrer à l’aéroport Saguenay-Bagotville. Il s’est défendu d’avoir visité les Îles à deux reprises parce qu’il craint de laisser échapper cette circonscription. Ses passages là-bas ont toutefois été à l’image d’une bonne partie du parcours libéral, soit surtout défensifs et visiblement motivés par une volonté de freiner les vagues caquistes qui menacent notamment l’Estrie, la Mauricie et la région de Québec.

Jean-François Lisée a entamé sa dernière journée de campagne électorale là où tout a commencé pour lui : chez sa mère, dans sa maison d’enfance. Comme dans le temps… à la différence notable qu’il y avait une nuée de journalistes et de caméras autour d’eux.

M. Lisée et sa mère de 84 ans, Andrée Goulet, ont en effet reçu la caravane péquiste dimanche matin, à la veille du grand rendez-vous électoral. Le décor : un plateau de fruits, des cafés, du fromage et une maison immaculée pour accueillir les médias.

Le chef péquiste a souhaité cet arrêt à Thetford Mines pour rappeler qu’il est « quelqu’un qui est vrai, qui est fidèle à ses racines ». « Je ne dis pas que je suis un Québécois moyen, mais que je suis un Québécois à 100 %, combatif, et c’est ça dont le Québec a besoin. »

Un peu « nerveuse » pour demain, la mère de M. Lisée s’est dite « très, très fière de lui. Et je vais continuer de l’être ».

Au-delà de ce vote acquis, M. Lisée a tenté durant la fin de semaine de convaincre tant les électeurs caquistes que les solidaires de se rallier au Parti québécois. Dans tous ses arrêts, le même souhait répété : être la « surprise » d’une élection « boîte à surprise ».

Dimanche midi, M. Lisée a aussi ramené dans la discussion un thème qui lui avait souri en début de campagne : celui de la protection de la gestion de l’offre — c’est lui qui avait jeté les bases du front commun des chefs. « On est dans un scénario classique où le Québec est sacrifié pour protéger l’Ontario », a-t-il dit en faisant état des rumeurs qui entourent le sprint final de négociation.

Québec solidaire a appelé dimanche les Québécois à « secouer l’establishment » en accordant leur vote à la formation politique de gauche. Manon Massé a martelé que la question de l’urne doit être la lutte contre changements climatiques.

« Nous avons mené la campagne la plus ambitieuse de notre histoire et je pense qu’on peut dire mission accomplie. Quoi qu’il arrive demain, on [aura] secoué l’establishment », a lancé la candidate solidaire au poste de première ministre, Manon Massé.

Les 48 dernières heures ont été consacrées à prêter main-forte aux circonscriptions où QS envisage de faire des percées, soit dans Laurier-Dorion, Hochelaga et Rosemont à Montréal, dans Taschereau et Jean-Lesage à Québec, puis à Sherbrooke.

« Lorsque j’ai été élue, je vous rappelle que c’est par 91 voix. Alors, chaque vote compte », a rappelé Manon Massé à ses troupes. Surtout que cette fin de campagne a été marquée par de virulentes critiques de ses adversaires, a-t-elle souligné.

Quant à l’appel au ralliement lancé par les libéraux à la suite des rumeurs au sujet de possibles concessions canadiennes sur la gestion de l’offre, Mme Massé estime qu’il ne résonnera pas.

« Je pense que M. Couillard n’a pas été une bonne protection pour le Québec, l’exemple des deux crises du bois d’oeuvre le montre. Chaque fois, la réponse a été la même, non pas de renforcer l’industrie en diversifiant les débouchés […] ils ont donné des subventions, ce qui est bien, mais ils n’ont rien changé qui assure à notre industrie de ne pas dépendre [du marché américain] et de l’humeur de M. Trump », a indiqué Mme Massé.

Les circonscriptions visitées au cours du week-end

CAQ L’autocar de la CAQ a effectué un arrêt dans 8 circonscriptions : 6 défendues par le PQ et 2 par le PLQ. 
 

PLQ L’autocar libéral a, lui, visité 11 circonscriptions, dont 7 sont défendues par le PLQ, 3 par le PQ et 1 par la CAQ.

 

PQ La caravane du PQ s’est arrêtée dans une dizaine de circonscriptions, dont 6 péquistes, 1 caquiste et 3 libérales.

 

QS L’autocar solidaire a visité 6 circonscriptions au cours de la fin de semaine : 3 d’entre elles sont défendues par le PLQ, 2 par le PQ et 1 par QS.