QS récolte l’appui de bloquistes de Québec… mais pas du Bloc

Le chef intérimaire du Bloc, Mario Beaulieu, a assuré que les dix députés soutenaient tous le Parti québécois.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le chef intérimaire du Bloc, Mario Beaulieu, a assuré que les dix députés soutenaient tous le Parti québécois.

Le Bloc québécois a dû désavouer la poignée de bloquistes de Québec qui ont donné leur appui aux candidats locaux de Québec solidaire. La direction du Bloc soutient résolument le Parti québécois, a-t-il tranché. Mais cette sortie de l’association de la circonscription de la capitale laisse présager que la faille qui avait divisé la famille bloquiste depuis un an n’est pas tout à fait colmatée.

L’association bloquiste de la circonscription de Québec a causé la surprise jeudi matin en invitant « tous les électeurs indépendantistes » du coin à appuyer les candidats de Québec solidaire, Catherine Dorion et Sol Zanetti. « Leur discours décomplexé et rafraîchissant pave la voie à une nouvelle génération de députés francs et déterminés », faisait valoir la page Facebook du Bloc à Québec.

La co-porte-parole solidaire Manon Massé n’a pas perdu de temps pour s’en réjouir. « Ça montre que QS rassemble », a-t-elle dit, ravie, avant de prendre la route pour les circonscriptions de Taschereau et Jean-Lesage, justement.

Mais à peine quelques heures plus tard, le quartier général du Bloc québécois y est allé de sa propre mise au point sur Facebook. « La position de l’exécutif du Bloc Québécois de la circonscription de Québec ne représente pas la position de l’ensemble du Bloc québécois. L’ensemble des députés du Bloc québécois appuie et travaille activement pour les candidats du Parti québécois. »

Le chef intérimaire du Bloc, Mario Beaulieu, a assuré que les dix députés soutenaient tous le Parti québécois. Une motion en ce sens avait été adoptée en congrès, en 2014. « L’association de circonscription de Québec a pris des positions. Ça ne représente pas les positions de l’ensemble des membres du Bloc québécois », a insisté à son tour M. Beaulieu, qui croit que la « grande majorité » des bloquistes se range dans son camp et non dans celui des militants de Québec.

Jean-François Lisée a salué cet appui public du Bloc. Un soutien qu’il savait déjà présent, « mais c’est une bonne nouvelle qu’ils le fassent officiellement en tant que caucus réunifié », a indiqué le chef péquiste. Interrogé à savoir si ce n’était pas surprenant que le Bloc ait eu à le préciser, M. Lisée a répliqué que « tout appui est bon à prendre ».

Mais cette sortie des bloquistes de Québec s’explique surtout par leur allégeance à Option nationale, a-t-il fait valoir. « On s’y attendait. On sait depuis longtemps que l’assocation du Bloc dans cette circonscription est dominée par les membres d’Option nationale [qui a fusionné avec Québec solidaire]. On se demandait juste quel jour ils allaient faire ça », lançait M. Lisée en matinée.

ON ou bloquistes ?

La quasi-totalité de l’association semble effectivement rassembler d’anciens militants d’ON. Seul le président, Philippe Lavoie, appuierait le PQ, selon nos informations. M. Lavoie n’a pas rappelé Le Devoir jeudi.

Sol Zanetti a été chef d’Option nationale et Catherine Dorion a porté les couleurs du parti jusqu’à sa fusion avec QS en décembre 2017.

Thomas Vigneault, qui est membre de l’association bloquiste de Québec et qui a été trésorier d’ON sous le règne de Sol Zanetti, explique sa décision par la détermination souverainiste des candidats de QS. « Ce sont deux indépendantistes assumés, qui proposent de faire l’indépendance dans un premier mandat. […] Le PQ ne le promet pas », a-t-il expliqué au Devoir.

Josiane Gagnon, une ancienne membre de l’association, partage cette position. QS devance le PQ dans Québec, note-t-elle, « et c’est eux qui ont le plus parlé d’indépendance pendant la campagne ».

L’ex-députée bloquiste Christiane Gagnon s’est dite « très surprise » par ce ralliement à Québec solidaire. Mais celle qui a été députée bloquiste de Québec pendant 18 ans estime qu’il s’agit d’un « épiphénomène ». « C’est quelque chose de très, très, très marginal par rapport au Bloc, insiste-t-elle. L’engagement du Bloc, c’est derrière le Parti québécois. Tout le monde est derrière le PQ présentement. On est tous derrière les candidats. Moi-même, je suis avec la candidate Diane Lavallée [dans Taschereau]. »

Christiane Gagnon refuse, comme Mario Beaulieu, de voir dans cet incident la preuve que la famille bloquiste demeure divisée entre souverainistes « pressés » — comme les anciens d’ON ou ceux qui appuyaient Martine Ouellet — et les souverainistes qui préfèrent mettre la table encore quelques années avant de revendiquer un référendum.

L’association bloquiste de Québec avait justement signé une lettre d’appui à Martine Ouellet au début de la crise qui a déchiré le Bloc cette année — une liste d’appuis qui rassemblait surtout des ex d’ON.

Le Bloc ne vient-il pas de prouver qu’il est toujours déchiré ? « Non, rétorque M. Beaulieu. Moi, je pense que, ce que ça veut dire, c’est que le Bloc est vraiment une coalition. Il y a des gens de toutes tendances et tout le monde a sa place au Bloc québécois. »

Chicane d’indépendantistes

Manon Massé a par ailleurs profité d’un changement de ton de son adversaire Lisée, jeudi. À quelques jours du vote, il disait désormais vouloir se poser en champion du « rassemblement » et se tenir loin des « attaques négatives ». « Je ne veux pas que ce soit la dominante [des prochains jours]. Je vais me retenir au maximum. »

Tout en refusant de souscrire à la sortie de Gilles Duceppe la veille contre Manon Massé, M. Lisée s’est même permis d’accorder une meilleure note à cette dernière qu’au chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. « M. Legault, c’est extraordinaire le nombre de tests de crédibilité auxquels il a échoué en campagne. Sur l’immigration, sur l’éducation […] Alors, oui, je suis plus frappé par le manque de crédibilité de M. Legault que par celui de Mme Massé. »

Avec Guillaume Bourgault-Côté et Hélène Buzzetti

10 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 28 septembre 2018 07 h 13

    Pierre Vadeboncoeur avait raison!


    En mai 2006, dans L’Action nationale sous le titre « Dérapages », il concluait:

    « On ne templacera pas le PQ et le Bloc par quelque chose qui leur succéderait après avoir contribué à leur chute. c’est de l’illusion pure que de croire le contraire et le pire des calculs impolitiques, le plus insidieux d’ailleurs. La contestation, loin de se solidariser, se fractionnerait.
    Une large politique tout simplement serait rompue ».

    Ce texte fait partie de nombreux autres sous le titre: « Les Grands Imbéciles » Publié chez Lux,

  • Jean-Marc Simard - Abonné 28 septembre 2018 07 h 20

    Bonne chance aux Bloquistes trop pressés...

    «La famille bloquiste demeure divisée entre souverainistes « pressés » — comme les anciens d’ON ou ceux qui appuyaient Martine Ouellet et les souverainistes qui préfèrent mettre la table encore quelques années avant de revendiquer un référendum.»

    Les souverainistes trop pressés d'Option nationale, risquent d'attendre encore plus longtemps avec QS qu'avec le PQ pour faire l'indépendance, si jamais elle se fait avec ce parti. Car la souveraineté pour QS n'est pas un but en soi, mais un seul moyen pour réaliser leur réforme socialiste, voire communisante...Pour QS la promotion de la souveraineté n'est en aucune façon justifier pour libérer le Québec du joug fédéral, ni pour redonner aux Québécois tous les outils nécessaires à leur développement social, économique et culturel, ni pour en faire un pays, mais qu'un chemin obligé pour réaliser leur projet de changement de régime socio-politico-économique, qu'un moyen pour asseoir leur lutte de classe afin de changer le mode de production capitaliste actuel...Pour QS la souveraineté restera un rêve à l'image de leur projet irréalisable, à moins de prendre les armes et de déclencher une révolution à la manière bolchévique...Ce qui n'est pas pour demain...BONNE CHANCE AUX BLOQUISTES TROP PRESSÉS...

  • Jean Lapointe - Abonné 28 septembre 2018 08 h 23

    Parler de chicane d'indépendatistes trahit une incompréhension des problèmes qui se posent

    Il est insultant de se faire dire que ce serait des chicanes qui existeraient chez les indépendantistes. Ce ne sont pas des chicanes. Il y a des questions de fond qui sont soulevées. Il faut être complètement ignorant ou de mauvaise foi d'après moi pour traiter cela de chicanes.

    En passant, comment se fait-il que LE DEVOIR ne publie pas une lettre adressée à La Presse Canadienne par quelques anciens députés du Parti québécois et par d'anciens collaborateurs de ce parti, lettre dans laquelle les auteurs défendent la réputation de René Lévesque mise à mal d'après eux et avec raison d'après moi par Manon Massé?

    LES ACTUALITES de EDGE en ont donné des extraits. mais c'est la lettre en entier que nous devrions pouvoir lire. Faut-il maintenant se fier aux journaux américains pour être bien informés au Québec sur les sujets qui nous concernent?

    • Gilles Théberge - Abonné 28 septembre 2018 10 h 00

      Vous avez raison de mentionner cette absence d’information pertinente, une lettre signée par d’amciens Parlementaires. C’est une injure à la vérité que de prétendre comme QS, qu’il donne une suite logique à la création du PQ il y a à peine cinquante ans.

      J’avoue bien humblement que d'entendre Manon Massé et Gabriel Nadeau Dubois se réclamer de René Lévesque ça me donne la nausée, rien de moins.

      Bref, si je comprends bien, Le Devoir est devenu indépendantiste à la « sauce QS » si j’en juge par les nombreux articles publiés pendant la campagne électorale actuelle...

  • Jean De Julio-Paquin - Abonné 28 septembre 2018 08 h 57

    Un titre trompeur

    Le titrte ne reflète pas le contenu de l'article. Cette pratique est de plus en plus courante au Devoir en ce qui concerne le PQ. On le désavantage. Je ne serais pas surpris que Le Devoir annonce son appui à appuie QS dans leur édition de samedi.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 septembre 2018 15 h 01

      10 contre 1 que Le Devoir va appuyer le PQ samedi.

    • Bernard Chabot - Abonné 28 septembre 2018 15 h 04

      Bah tant que ça permet d'ajouter une photo de Manon... Le Devoir est une bonne cause mais le jupon QS dépasse tant qu'un viel abonné comme je le suis ne peut que constater avec tristesse sa lente transformation en Écho du Plateau, Je crains de devenir un ex-abonné bientôt.

  • Raymond Labelle - Abonné 28 septembre 2018 09 h 30

    Et la division du vote? Dans les deux comtés où le BQ-Québec appuie QS, QS a plus de chances que le PQ de battre la CAQ ou le PLQ.

    Et la division du vote? Dans les deux comtés où le BQ-Québec(ville) appuie QS, QS a plus de chances que le PQ de battre la CAQ ou le PLQ. Et de façon tout à fait claire.

    Et BQ-Québec a bien pris soin de préciser que son appui à QS ne visait que ces deux comtés.

    Dans Taschereau, les chances de QS sont bonnes mais rien n'est jamais certain et dans Jean-Lesage, avec un ralliement massif des électeurs du PQ derrière QS, les chances sont réelles. Et QS est sensiblement en avant du PQ dans ces deux comtés.

    Ainsi, la direction centrale du Bloc tient à préciser publiquement qu'elle préfère avoir la CAQ ou le PLQ que QS dans ces comtés.

    Quand on pense à toute la morale que QS se fait faire sur la division du vote...

    Coudonc, le Bloc n'est-il pas censé être un lieu de convergence de toutes les forces indépendantistes? On peut en douter.

    Il y a une frange d'électeurs qui n'attend pas les organisations ou les partis: ils votent PQ quand il est clair que le PQ a plus de chances que QS de gagner et votent QS quand il est clair que QS a plus de chances de gagner que le PQ. Et votent selon leur cœur quand ni l'un ni l'autre n'a de chance de gagner ou stratégique autrement en votant vert pour lancer un message sur l'environnement.