Gilles Duceppe ravive le débat PQ-QS

Dans une entrevue à La Presse canadienne, Gilles Duceppe a multiplié les charges contre QS et sa co-porte-parole.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Dans une entrevue à La Presse canadienne, Gilles Duceppe a multiplié les charges contre QS et sa co-porte-parole.

Il n’y a pas que Jean-François Lisée qui en a contre Québec solidaire (QS). Gilles Duceppe a ravivé mercredi un débat que le chef péquiste souhaitait pourtant mettre derrière lui — notamment parce qu’il divise ses propres troupes… et qu’il met mal à l’aise sa vice-chef, Véronique Hivon.

Alors que M. Lisée disait en matinée être entré dans une nouvelle phase de sa campagne — celle du rassemblement —, la journée a plutôt été marquée par une escalade des attaques entre les deux partis.

En fin de journée, le chef péquiste a ainsi dénoncé « une grave insulte à la mémoire de René Lévesque » (ce qui, dans l’imaginaire péquiste, relève du crime). Cela parce que Manon Massé avait affirmé plus tôt que QS était « l’héritier du parti visionnaire de René Lévesque », puisqu’il « parle à chaque élection depuis douze ans de souveraineté et d’indépendance contre vents et marées ».

« René Lévesque, c’est le contraire de QS », a répliqué M. Lisée. « Il détestait le radicalisme », a-t-il dit en soulignant que le fondateur du PQ savait « mettre le bien commun au-delà des intérêts partisans ».

Mais au-delà de cette querelle historique, c’est une sortie de Gilles Duceppe qui a mis le feu aux poudres. Dans une entrevue à La Presse canadienne, M. Duceppe a multiplié les charges contre QS et sa co-porte-parole: la qualité du français de Mme Massé, ses photos sur Facebook (« Elle est en quatre roues et elle a un gros bycik à gaz. Il y a toujours bien une limite ! » — il y voit une contradiction avec les engagements verts de QS), sa foi souverainiste, tout y passe.

L’ancien chef du Bloc québécois — qui n’a jamais digéré les liens entre Québec solidaire et le Nouveau Parti démocratique, responsable de sa défaite électorale en 2011 — estime ainsi que Mme Massé a un anglais « aussi bon [que son] français », cela alors que la principale intéressée ne fait pas de mystère de ses difficultés à s’exprimer en anglais.

En relevant ce qui lui écorche les oreilles quand Mme Massé parle (des liaisons mal faites, des erreurs syntaxiques), M. Duceppe fait valoir « qu’on devrait mieux parler que cela » quand on aspire à diriger le Québec.

Jean-François Lisée n’a pas semblé apprécier cet élément de la sortie de M. Duceppe. « Ça lui appartient. Moi, je conseille à tous ceux qui veulent entrer dans le débat public de se concentrer sur les arguments et les programmes. »

Mais au-delà de la forme, il y a le fond qui dérange Gilles Duceppe : le fait que les solidaires seraient souverainistes « de temps en temps », puisque certains appuient le NPD au fédéral. Plus largement, « ce qu’ils proposent est en dehors de la réalité », pense-t-il.

Mme Massé a pris le tout avec détachement. « M. Duceppe fait toujours référence [au député sortant solidaire] Amir Khadir, qui avait dit [en 2011] qu’au Québec, à certains endroits, il fallait voter Bloc, et à d’autres, NPD pour bloquer Stephen Harper. Je suis complètement ailleurs. […] Si M. Duceppe a encore des rancoeurs… »

Dissension

En début de journée, Jean-François Lisée avait reconnu avoir dû expliquer mardi au conseil exécutif du PQ le bien-fondé de sa décision-surprise d’attaquer Manon Massé en ouverture du débat de TVA, la semaine dernière.

« Il n’y a jamais d’unanimité au Parti québécois, ça n’existe pas », a dit M. Lisée depuis Rouyn-Noranda.

Mais selon lui, la réunion téléphonique avec la quinzaine de membres de la direction a permis de trouver un « consensus sur le résultat » de sa stratégie. « Ce qu’on a vécu ces derniers jours, où QS a dû se dévoiler, c’est sain pour la démocratie, a-t-il dit. Certains pensent que ça aurait dû se faire avant. Moi, je pense que c’était le bon moment… Et comme je suis le chef, j’ai le dernier mot. »

Quand on lui a demandé si Véronique Hivon faisait partie des gens qui demandaient à être convaincus (elle est membre de la direction), M. Lisée a répondu qu’il n’a pas « l’intention de révéler la totalité des conversations qui ont lieu sur des questions stratégiques » entre lui et sa vice-chef. Mme Hivon avait dirigé les tentatives de rapprochement avec QS en 2016-2017.

« On discute elle et moi tous les jours, de tous les sujets. Elle est vice-chef, je suis chef. Donc c’est moi qui prends les décisions. Je me fais fort de l’écouter souvent et de suivre ses conseils souvent, mais pas tout le temps. »

Interrogée à Montréal, où elle tenait un point de presse, Mme Hivon n’a pour sa part pas voulu dire si elle se sentait à l’aise avec la stratégie d’attaquer QS. « Nos échanges, évidemment, sont privés et je pense que tout le monde va comprendre ça », a-t-elle répondu.

D’autres péquistes ont aussi laissé paraître un certain malaise face au plan de Jean-François Lisée. À Rouyn-Noranda, le député sortant, François Gendron (42 ans de parlementarisme), a poliment refusé de s’entretenir avec les médias après un événement avec M. Lisée. « Le point de presse national est terminé », a-t-il botté en touche.

À Montréal, le candidat Olivier Gignac (Gouin) participait à un débat avec Gabriel Nadeau-Dubois (QS). Questionné par une étudiante, M. Gignac a répondu qu’il craignait de « devoir lancer de la boue » quand il s’est lancé en politique. « Ça, ce sont mes valeurs à moi. M. Lisée a eu une vision différente. Lui, il est chef, il voit des choses que je ne vois pas, [ce n’est pas à moi de] juger si c’était la chose à faire. »

Massé

En début de journée, Manon Massé avait dit prendre « comme un compliment » les attaques variées de Jean-François Lisée à l’égard du programme de QS ou du fonctionnement du parti. « La plus grande preuve que le vent est en train de tourner, c’est le tourbillon d’attaques de la part de nos adversaires », pense-t-elle.

« M. Lisée, souvenez-vous, vous nous reprochez aujourd’hui la même chose qu’on reprochait hier au PQ de René Lévesque », a avancé Mme Massé alors que son parti mettait en ligne une vidéo où l’on voit un député de l’Union nationale qualifier la formation de M. Lévesque d’« extrémiste ».

La vidéo rappelle que M. Lisée a traité cette semaine QS de parti « sectaire, dogmatique, ancré dans le marxisme ».

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