La ruée sur Rouyn de QS et du PQ

Jean-François Lisée en compagnie de partisans des Huskies de Rouyn-Noranda.
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Jean-François Lisée en compagnie de partisans des Huskies de Rouyn-Noranda.

N’eut été d’un changement de toute dernière minute à l’horaire de la caravane péquiste, l’autobus de Jean-François Lisée aurait été stationné à quelque trois minutes de marche de celui de Manon Massé mardi soir à… Rouyn-Noranda.

Un retard dans l’horaire péquiste a finalement fourni le prétexte pour éviter une rencontre fortuite entre M. Lisée et le parti qu’il attaque sans relâche depuis près d’une semaine.

N’empêche que la bataille entre le Parti québécois et Québec solidaire s’est bien déplacée au coeur de l’Abitibi, région visitée deux fois par QS dans cette campagne — de même que par François Legault lundi (Philippe Couillard est venu la semaine dernière).

Dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue, détenue par le ministre libéral Luc Blanchette, QS croit en effet possible de faire une percée. La caravane solidaire a fait le détour pour soutenir sa candidate Émilise Lessard-Therrien, qui chaufferait le candidat péquiste.

« Ce n’est pas pour rien qu’on est ici, a lancé Manon Massé lors d’un rassemblement de militants en fin de journée. C’est parce qu’Émilise, tu es nez à nez avec les deux autres partis et nous autres on le sait que c’est toi qui va gagner. »

Un signe de l’intérêt que suscite QS : tandis qu’ils avaient prévu une cinquantaine de personnes, c’est plutôt quelque 200 personnes qui se sont déplacées mardi. Mme Massé a insisté sur la mobilisation des troupes à quelques jours du scrutin. « En 2014, après m’être présenté pour la 5e fois [dans Sainte-Marie–Saint-Jacques], j’ai gagné avec 91 voix », a-t-elle rappelé, insistant sur l’importance de continuer le travail jusqu’à lundi prochain.

Durant la journée, Manon Massé s’est rendue au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue pour une rencontre avec des jeunes indécis qu’elle a tenté de convaincre. La présence de la candidate a été remarquée, tandis que plusieurs jeunes défilaient autour d’elle pour prendre des égoportraits.

L’après-Gendron

Au Parti québécois, le défi est différent : la formation a des racines profondes dans Abitibi-Ouest, bien sûr (François Gendron ne se représente pas cette année, après 42 ans de règne…), mais aussi dans Abitibi-Est et dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue. Les libéraux détiennent présentement ces deux circonscriptions, mais il y a ici un historique d’alternance. Le PQ les avait d’ailleurs remportées en 2012.

À quelques jours de son retrait de la vie politique, François Gendron demeure bien présent dans la campagne régionale. « Tout le monde vient me saluer », constatait-il mardi en distribuant les poignées de main devant l’aréna où allaient s’affronter les deux équipes de hockey junior majeur de la région.

Tout près de lui, le ministre Blanchette profitait aussi de l’arrivée de centaines de spectateurs pour faire un peu de promotion, vêtu d’un chandail personnalisé des Huskies de Rouyn-Noranda. « Ça ne m’inquiète pas trop », disait-il des sondages qui annoncent une lutte serrée. « À chaque fois qu’on a tiré de l’arrière, on s’est faufilé. Mais c’est plus intense cette année, c’est vrai. »

Il est toujours difficile d’avoir un état de situation précis des intentions de vote en région, mais le site de projection de sièges Qc125 accorde présentement une légère avance au PQ dans Rouyn, devant QS. Dans Abitibi-Est, la lutte serait davantage entre les libéraux et les caquistes, alors que dans Abitibi-Ouest, le PQ serait devant la CAQ.

« Ça va très bien »

Devant les médias comme devant la foule partisane réunie par le PQ en soirée au théâtre Paramount de Rouyn, François Gendron se voulait rassurant mardi. « Ça va très bien », a-t-il dit en point de presse.

Mais il n’est pas sourd à la montée de Québec solidaire. « L’Abitibi-Témiscamingue vibre à la même réalité que le reste du Québec, dit M. Gendron. On n’est pas en dehors du Québec. On est pareils. Mais je vous dis : notre campagne va bien ! »

C’est d’ailleurs une constante dans le camp péquiste : malgré des sondages qui annoncent pour le moment une soirée très difficile lundi, tout un chacun maintient que les choses vont bien. Et personne n’hésite à présenter Jean-François Lisée comme le « futur premier ministre du Québec ».

Devant les militants péquistes du Paramount (là aussi, probablement 200 personnes), François Gendron a lancé quelques flèches à Luc Blanchette. Mais il n’a pas fait abstraction de Manon Massé pour autant. « Manon Lastcall [est venue à Rouyn] parce qu’on fait une bonne campagne, a-t-il dit. Mais il faut s’assurer que ça continue jusqu’au jour J. »

M. Gendron a présenté son chef comme un homme particulièrement « intelligent » et « très rarement “coinçable “».

« Le message qu’on veut envoyer aux libéraux lundi, c’est : “Merci, bonsoir"», a-t-il dit. Dans Rouyn, reste à voir si ce serait en faveur du PQ ou de QS…

«Calice»: Lisée faisait de l'humour

Le « calice » — ou « câlice », selon les oreilles — lancé mardi soir par Jean-François Lisée à l'encontre du ministre libéral Luc Blanchette relevait du trait d'humour, a soutenu le chef péquiste mercredi matin. « Je m’engage solennellement à amener mon sens de l’humour au bureau du premier ministre, a répondu M. Lisée lorsqu'on lui a demandé si c'était là un langage adéquat à utiliser en campagne. Vous me voyez tel que je suis, très très sérieux sur les enjeux et faisant régulièrement des traits d’humour. »

 

Lors d'un discours devant des partisans mardi à Rouyn, M. Lisée parlait de M. Blanchette lorsqu'il lança: « Ça se pourrait bien qu’il soit encore ministre ? Éloignez de moi ce calice!». L'expression est consacrée, mais M. Lisée a bien fait sonner « calice » à la québécoise. 

Sourire aux lèvres, M. Lisée a fait valoir qu'il y avait là un « appel au patrimoine religieux, à la parlance québécoise. »

Guillaume Bourgault-Côté