La facture liée aux milieux humides est moins élevée en Abitibi qu’ailleurs

<p>Les élus de la région réclament désormais qu’on exempte les périmètres urbains des villes de la région de l’application de la nouvelle loi sur les milieux humides. </p>
Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Les élus de la région réclament désormais qu’on exempte les périmètres urbains des villes de la région de l’application de la nouvelle loi sur les milieux humides. 

Véritable enjeu électoral en Abitibi-Témiscamingue, la nouvelle loi sur les milieux humides y a pourtant été peu coûteuse par rapport à bien des régions du Québec.

Au cours de la première année où la loi s’est appliquée (2017-2018), les promoteurs de la région ont versé 345 000 $ au gouvernement pour compenser les milieux humides qu’ils avaient détruit ou abîmés.

Quatre des cinq milieux humides touchés se trouvaient à Rouyn-Noranda et concernaient des infrastructures publiques (carrefour giratoire, réservoir d’eau potable, travaux à l’aéroport). Le cinquième se trouvait sur le site de la minière Integra Gold à Val-d’Or.

Pendant ce temps à Québec — où les montants payés en compensation ont été les plus élevés —, le promoteur Groupe Dallaire a déboursé à lui seul 2,8 millions pour compenser le remblayage de 50 000 m3 de marécage dans un parc industriel.

Au total, la facture en Abitibi a été deux fois moins élevée que les compensations payées en Outaouais et plus de dix fois moins que celles payées à Laval et Québec au cours de la même période.

Interrogé récemment sur cet apparent paradoxe, le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, a fait valoir que cela découlait du fait que plusieurs projets avaient été mis sur la glace en raison de la nouvelle loi.

Ce serait le cas notamment d’un projet dans le parc industriel de sa ville qui s’exposait à 5 millions en compensations.

Or, si ce projet se réalisait aujourd’hui, il en coûterait plutôt 1,5 million en compensations puisque la loi a déjà été révisée afin d’accommoder la région. En juin, le gouvernement libéral a revu la méthode de calcul pour moins pénaliser les régions où les milieux humides sont abondants, comme l’Abitibi-Témiscamingue (ils représentent 24,1 % du territoire).

Les élus de la région réclament désormais qu’on exempte les périmètres urbains des villes de la région à l’application de la loi.

Les milieux humides sont des marais, des marécages ou des tourbières. Leur valeur découle du fait qu’ils jouent un rôle de filtre contre la pollution en provenance des eaux souterraines et de surface et réduisent les risques d’inondations.

Adopté en juin 2017, le projet de loi 132 visait à stopper leur destruction en appliquant le principe « d’aucune perte ».

Mardi, le chef péquiste, Jean-François Lisée, s’est engagé à faire « un ajustement sérieux » à la réglementation. La veille, le chef caquiste, François Legault, avait lui aussi critiqué la loi. Or, il ne s’engage pas pour autant à dispenser des municipalités de l’obligation de « zéro perte ». Quant au chef libéral et premier ministre sortant, Philippe Couillard, il ne préconise pas de changement pour l’instant, tout comme Manon Massé, co-porte-parole de Québec Solidaire.

La compensation au Québec en chiffres

Les montants payés en compensation pour la destruction de milieux humides pour chacune des régions du Québec, durant la première année de la loi (juin 2017-juin 2018)

Québec : 4,9 millions

Laval : 3,9 millions

Montérégie : 2,6 millions

Outaouais : 780 309 $

Laurentides : 608 244 $

Chaudière-Appalaches : 536 137 $

Côte-Nord : 414 091 $

Abitibi-Témiscamingue : 345 443 $

Lanaudière : 334 398 $

Montréal : 283 803 $

Estrie : 211 215 $

Bas-Saint-Laurent : 125 170 $

Saguenay–Lac-Saint-Jean : 76 349 $

Mauricie : 67 696 $

Centre-du-Québec : 22 600 $

Nord du Québec : 18 195 $

Gaspésie : 1897 $

Source : ministère du Développement durable