«Je n’ai pas un sou à l’extérieur du Québec», atteste Philippe Couillard

François Legault soupçonne le premier ministre Philippe Couillard de rapatrier, en douce, des avoirs de l’étranger.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir François Legault soupçonne le premier ministre Philippe Couillard de rapatrier, en douce, des avoirs de l’étranger.

François Legault soupçonne le premier ministre Philippe Couillard de rapatrier, en douce, des avoirs de l’étranger. C’est pourquoi celui-ci a déclaré dans ses états financiers des « impôts latents » de 187 584 $ au 31 décembre 2017, a lancé mardi le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). C’est complètement faux, a répliqué le chef du Parti libéral, piqué au vif par la campagne de « salissage » que mène selon lui son adversaire. M. Legault a ensuite dit avoir été cité «hors contexte».

« Des impôts latents, c’est des impôts qui seront éventuellement payés, habituellement quand de l’argent va être rapatrié d’un autre pays. Moi, comme comptable agréé, c’est ce que je comprends », a déclaré François Legault lors d’une mêlée de presse à Chibougamau, mardi matin.


« Rien ne justifie une pareille bassesse », a riposté Philippe Couillard. « Rien ne justifie un salissage aussi malicieux que celui auquel il se livre. Je vais le dire de façon très claire : je n’ai pas un sou à l’extérieur du Québec. »
 

En 2014, le Parti libéral a reconnu que son chef a placé 600 000 $ dans un compte bancaire de l’île de Jersey, de 1992 à 2000. Philippe Couillard y avait placé une partie des montants qu’il avait gagnés en travaillant comme neurochirurgien en Arabie Saoudite, de 1992 à 1996.

Or aujourd’hui, le chef libéral estime qu’il a « à peine assez [d’argent] pour les prochaines années ». « De nous deux, il y a un multimillionnaire, et ce n’est pas moi », a-t-il dit au sujet de François Legault. Le chef caquiste possède une maison de 4,5 millions et des REER de 5,7 millions. 

Le couple formé par Philippe Couillard et Suzanne Pilote détient des avoirs nets totalisant 1,27 million de dollars. La majorité de leurs actifs se trouvent dans la maison du couple à St-Félicien (490 000 $), leur condominium à Québec (207 000 $) et leur résidence secondaire à Mashteuiatsh (110 000 $). 

« Ma vie m’a conduit à beaucoup d’endroits, ma vie m’a conduit à la politique, ma vie personnelle a été changeante sur le plan familial — je n’en dirai pas plus », a déclaré Philippe Couillard. « Je ne suis pas un homme riche. Est-ce que j’en suis frustré ? Non. C’est la réalité. »

Des impôts latents

Philippe Couillard détient un avoir net de 441 919 $, selon les états financiers qu’il a dévoilés lundi. Le document a été produit par une firme de comptables professionnels agréés.

Il a en revanche des « impôts latents » de 187 584 $ et un emprunt hypothécaire de 27 967 $. Sa conjointe Suzanne Pilote a des impôts latents de 142 862 $ et un avoir net total de 826 131 $.

« Des impôts latents ? » a demandé Philippe Couillard, dubitatif, quand des journalistes lui ont demandé d’expliquer de quoi il s’agissait. « Il faudrait que je demande à mon comptable, mais rassurez-vous, il s’agit probablement de quelque chose de très simple. Comme vous savez, je suis loin d’être quelqu’un de riche. »

Son parti a plus tard expliqué aux médias que les impôts latents identifiés dans les états financiers de M. Couillard correspondaient à « l’estimation de l’impôt qu’il devrait payer s’il liquidait ses actifs », à savoir ses REER et les montants qu’il a engrangés comme médecin spécialiste incorporé.

« Je comprends qu’ils soient déçus, tout le monde pense que je suis un millionnaire depuis des années, je n’ai jamais été millionnaire, moi », a attesté Philippe Couillard. « Voilà ce que c’est, ma vie. Voilà ce que j’ai avec mon épouse. Je n’ai pas plus que ça, je n’ai pas une cenne de plus », a-t-il insisté.

Pas une « attaque », dit Legault
En après-midi, M. Legault a soutenu ne pas avoir visé personnellement M. Couillard lorsqu'il expliquait quelques heures plus tôt, à la demande de journalistes, le b.a.-ba des « impôts latents ». « Je n'ai jamais voulu l'attaquer », a-t-il affirmé à Saint-Henri-de-Taillon.

Son député Jean-François Roberge y est par la suite allé d'une attaque frontale sur Twitter. « Qu’est-il advenu de ces fonds qu’il a amassés et placés à l’étranger lorsqu’il travaillait en Arabie Saoudite ? » a-t-il demandé. 
 


Le chef caquiste s'est par ailleurs dit « satisfait » de la précision faite par le chef du PLQ au cours de la journée, selon laquelle il n'a pas un sou à l'étranger. « Je suis heureux de sa réponse. C’est ça qui est ça », a lancé M. Legault.

L’aspirant premier ministre, qui est inscrit comme FCPA et FCA, a reconnu ne pas être nécessairement au fait des dernières tendances en comptabilité, dans la mesure où il n'a pas pratiqué le métier depuis « plus de 30 ans ». « Quand un journaliste me demandera que sont des “impôts latents”, je pourrai ne pas répondre la prochaine fois », a-t-il dit.
 

 


«Impôts latents» et REER

Pour Nicolas Simard, fiscaliste associé chez Fasken, les « impôts latents » de la déclaration du premier ministre semblent correspondre à l’impôt qu’il devrait éventuellement payer s’il retirait tous ses REER d’un seul coup, soit 122 171$. Ne subsisterait alors qu’un montant de 65 000$ d’impôts latents qui pourrait être attribué à la participation du premier ministre dans des sociétés de personnes. « Je doute cependant que ça soit lié à des actifs étrangers [comme le soutient François Legault], parce qu’il n’y en a pas au bilan ici, à moins qu’il ait décidé de divulguer ça assez récemment, il y entre 24 et 36 mois. Je doute fort que ça soit lié à ça ». Dave Noël