Soirée sans confrontation à «Tout le monde en parle»

Les chefs des quatre principaux partis, Jean-François Lisée, François Legault, Philippe Couillard et Manon Massé
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les chefs des quatre principaux partis, Jean-François Lisée, François Legault, Philippe Couillard et Manon Massé

Les chefs des quatre principaux partis étaient réunis de nouveau sur un seul et même écran, dimanche soir, cette fois dans le cadre de l'émission Tout le monde en parle. Si plusieurs thèmes ont été abordés, dans une formule qui limitait les confrontations, celui de l’environnement a pris beaucoup de place, alors qu’il avait peu retenu l’attention jusqu’à maintenant dans la campagne.

S'adressant à François Legault, l’animateur, Guy A. Lepage, n’y est pas allé par quatre chemins avec sa question qui tue: « Êtes-vous le candidat du pétrole? »

« Non, a répondu immédiatement le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). Il faut quand même réaliser qu’on a une consommation de pétrole de 10 milliards [de dollars] qu’on importe, et on est tous sur la même planète. S’il y avait un projet qui respectait l’environnement, incluant l’eau, et qui obtenait une bonne acceptabilité sociale, je pourrais être ouvert. Je ne veux pas être dogmatique [...]. » Si ces deux conditions étaient réunies à Anticosti, un gouvernement caquiste pourrait aller de l’avant avec l’exploitation pétrolière et gazière, a-t-il rappelé.

Philippe Couillard a quant à lui insisté pour dire qu’un gouvernement libéral fermerait la porte à l’exploitation des hydrocarbures, tout en soutenant qu’il pourrait y avoir des « cas exceptionnels » où l’extraction serait permise.

Un gouvernement du Parti québécois dirait non à de nouveaux projets d’exploitation d’hydrocarbures, mais pourrait aller de l’avant avec certains projets déjà à l'étude en Gaspésie, a expliqué Jean-François Lisée. Ces projets devraient cependant être approuvés par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement et feraient même l’objet de référendums dans les populations concernées.

Tout ça, c’est trop peu, trop tard pour Manon Massé. « Le plan qu’on dépose, c’est une vision, un projet de société », a avancé la co-porte-parole solidaire. Le plan de Québec solidaire mise sur l’électrification – la province a les « mines qu’il faut » pour produire des batteries, explique Mme Massé – et sur une agriculture écologique, notamment. « C’est pas des petites mesurettes qu’il faut, c’est un virage à 180 degrés. »

La question de l’immigration s'essouffle

La question de l'immigration a évidemment été abordée lors de la soirée, mais avec moins de passion que plus tôt dans la campagne. « Parlons d'intégration », a avancé Mme Massé tout en appelant ses vis-à-vis à éviter « l’instrumentalisation » de cet enjeu.

Jean-François Lisée a été accusé par Guy A. Lepage d’être vague sur la question du nombre d’immigrants qui seraient admis au Québec sous un éventuel gouvernement péquiste. « Trente-cinq mille [personnes], c’est le chiffre du succès dans le passé. Le gouvernement libéral a haussé les seuils à 50 000, mais on sait qu’à chaque année il y en a 15 000 qui partent », a-t-il expliqué. Un gouvernement Lisée ferait un examen des besoins en termes de main-d’œuvre et de capacité d’intégration plutôt que de définir une cible. « Vous dire un chiffre tout de suite pour dans deux ans, ce n’est pas sérieux », a-t-il ajouté.

L’animateur a aussi interrogé Philippe Couillard sur l’utilisation de l’argent transféré par Ottawa pour l’intégration des immigrants, qui ne correspond pas à ce qui est dépensé au ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec. « Tout l’argent est utilisé. Il est parfois utilisé au ministère de l'Éducation plutôt qu’au ministère de l’Immigration lorsqu’il y a des classes d’accueil pour le français », a répondu le chef libéral.

Au sujet des tests de valeurs et de langue qu’un gouvernement caquiste imposerait aux nouveaux arrivants, François Legault a indiqué que ce serait « à Ottawa de décider ce qu’ils font avec ceux qui auraient échoué ».

Épicerie à 75$

Les chefs des quatre partis ont également discuté de leurs programmes en santé et en services sociaux. Sans surprise, Philippe Couillard s’est fait rappeler son affirmation de la semaine dernière selon laquelle il est possible de nourrir une famille d’un parent et de deux adolescents avec 75$ par semaine. Un montage sonore du chef libéral faisant cette déclaration a été présenté juste avant le début de la discussion. À l’écran, M. Couillard affichait un sourire figé.

De façon exceptionnelle, l’émission avait été enregistrée vendredi dernier, tandis que Tout le monde en parle réunit normalement ses invités le jeudi. C’était la première de la saison pour Guy A. Lepage et son équipe.