Québec solidaire au centre des attaques

Québec solidaire est devenu un pilier de la course vers le scrutin du 1er octobre — devenant tantôt une cible de choix, tantôt un allié improbable.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Québec solidaire est devenu un pilier de la course vers le scrutin du 1er octobre — devenant tantôt une cible de choix, tantôt un allié improbable.

S’il n’était qu’un parti marginal au début de la campagne électorale, voilà que Québec solidaire (QS) est devenu un pilier de la course vers le scrutin du 1er octobre — devenant tantôt une cible de choix, tantôt un allié improbable.

Pendant que la Coalition avenir Québec (CAQ) soulignait dimanche les « bonnes idées » de Manon Massé, le Parti libéral (PLQ) joignait sa voix au concert de critiques que lançait, pour une quatrième journée d’affilée, le Parti québécois (PQ) aux troupes solidaires, à qui il a reproché — sans succès — de cacher des informations sur son site Web.

« L’idée de prendre un morceau du Fonds des générations, ce qui va entraîner la décote immédiate du Québec et des centaines de millions de plus en intérêts à payer aux banques à l’étranger, ce n’est pas bon », a lancé Philippe Couillard, au sujet de la promesse de QS de suspendre les versements à ce fonds de fiducie.

Au même moment, le chef péquiste, Jean-François Lisée, a reproché à QS de « faire de la manipulation », parce qu’à son avis, le réel pouvoir du parti repose entre les mains de son secrétaire général, Gaétan Châteauneuf — qui nie avoir quelque pouvoir de « chef » que ce soit.

Sur les médias sociaux, le libéral Gaétan Barrette a délaissé les tweets du groupe « Anti-CAQ » et les attaques ciblant les candidats de l’équipe de François Legault pour plutôt publier des remarques visant QS, dont celle d’un commentateur qualifiant le parti de Manon Massé de « farce ».

Des promesses «très ambitieuses»

Dans les sondages, la possibilité que QS dépasse le PLQ dans les intentions de vote des francophones semble désormais bien réelle : le dernier coup de sonde de Léger, publié le 18 septembre, donne 18 % des appuis des francophones aux libéraux, tout juste devant les solidaires, à 17 %.

Devant les médias, Philippe Couillard a insisté : si QS peut faire « des promesses très ambitieuses », c’est parce que le Parti libéral « a généré les marges de manoeuvre sur lesquelles ils font des engagements ». « J’ai attiré l’attention souvent sur le manque de réalisme de ces engagements », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que l’adversaire « principal » du PLQ demeure néanmoins la CAQ.

L’emploi du temps libéral des prochains jours tend à le démontrer : de Laval à Québec, en passant par la Beauce, le parti ira renforcer ses châteaux forts et défendre ses circonscriptions placées sous la menace caquiste.

Le chef du PQ a bien senti le mouvement, et a dirigé de nombreuses attaques contre QS dimanche… dont une qu’il a corrigée en fin de journée. Après avoir avancé que le programme politique de Québec solidaire était absent du site Internet du parti, il a dû reconnaître que ledit programme y est bel et bien accessible — par un onglet discret, mais tout de même pas « caché ».

À une remarque lui soulignant qu’il n’aurait pas gagné un prix de recherche Internet avec ce dossier, Jean-François Lisée a répondu : « Je conviens qu’un bon recherchiste […] l’aurait trouvé. »

Il a toutefois maintenu le fond de son propos. À son avis, QS fait le choix de ne pas mettre en évidence son programme, en ligne ou dans ses discours. « Les gens de QS ne disent pas que leur objectif est de nationaliser toutes les grandes entreprises du Québec. Ils le cachent, ils n’en parlent pas », a-t-il insisté.

Le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a expliqué cette attaque par une forme de « panique », causée selon lui par la remontée de QS. « M. Lisée ment et c’est très troublant et triste », a-t-il réagi.

Un allié inattendu

Pour la CAQ, QS est devenu un nouvel allié dans la course à qui incarnera le mieux le changement. De ce tandem improbable pourrait naître une certaine forme de collaboration, a avancé François Legault. Mais la complicité caquiste et solidaire a ses limites : l’aspirant premier ministre a tué dans l’oeuf la possibilité d’appeler Manon Massé à siéger au sein d’un éventuel gouvernement caquiste.

« Si Manon Massé a des bonnes idées, et si je suis premier ministre du Québec, je vais les écouter », a-t-il néanmoins promis. « M. Lisée s’est moqué de ça. M. Lisée, dans le fond, encourage les gens à être partisans », a-t-il ajouté.

Une nouvelle impulsion à la CAQ

Pendant que les attaques fusaient dans les camps libéral, péquiste et solidaire, les voyants lumineux s’affichaient au vert sur le tableau de bord de l’autobus caquiste. Le débat de jeudi semble avoir donné une nouvelle impulsion au parti de François Legault, qui avait auparavant perdu pied à la suite de ses remarques sur le thème de l’immigration.

Au rencart, les arrêts prévus en Mauricie et dans la région de Québec : après quatre arrêts en Outaouais dimanche, la caravane caquiste doit filer cette semaine en Abitibi-Témiscamingue, dans le Nord-du-Québec, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et au Bas-Saint-Laurent. Autant d’endroits où François Legault a échoué à faire élire des candidats en 2012 et en 2014.

Un coup d’oeil à la Coaliste — l’application d’identification des électeurs qui a été testée lors de l’élection partielle dans Louis-Hébert l’année dernière — lui laisse cette fois-ci entrevoir une percée. « On est capables de suivre d’heure en heure le vote. Je vous dirais que, déjà, après quelques heures, ça va très bien », a fait remarquer le chef caquiste, 48 heures après l’ouverture des bureaux de vote par anticipation.

Cette fois-ci, a-t-il assuré, la machine électorale de la CAQ est « compétitive » avec celles du PLQ et du PQ. « C’est le jour et la nuit avec 2014. […] Il y a des milliers de personnes qui sont au travail pour faire sortir [et voter] nos sympathisants », a-t-il affirmé.

Le chef de la CAQ a par ailleurs annoncé son intention de se prêter exclusivement à des mêlées de presse d’une douzaine de minutes. Finies, les conférences de presse où chaque journaliste pouvait poser autant de questions qu’il le voulait — sur le système d’immigration canadien, par exemple. « Ça va aller plus vite. On va en faire plus », a dit François Legault.

Chez les libéraux, Philippe Couillard a répété dans ses arrêts en Montérégie qu’il amorçait la semaine « supplémentaire » de la campagne — qu’il a voulue longue, à 39 jours — dans la grande forme et la bonne humeur.

Au PQ, les autocars ont été préparés dimanche pour mettre le cap, dès lundi, vers les Laurentides et l’Abitibi — où ils risquent de croiser la caravane solidaire. Le reste du parcours péquiste est gardé secret. Mais l’objectif est clair : freiner la montée de QS… tout en engrangeant des votes caquistes.

29 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 24 septembre 2018 04 h 29

    Quand donc...?

    Avec un projet de société clair, progressiste et d'abord en faveur de celles et ceux de nous qui ne sont pas "les plus au chaud", QS mène maintenant la danse.
    S'il ne remportera certainement pas les présentes élections pour autant, celui-ci et Madame Massé ménent le bal par l'envergure de leur marche vers l'avant; le comportement et les attaques unidirectionelles des autres chefs et partis contre cette dernière nous montre qu'ils le perçoivent.
    Quand donc le PQ et ses cadres autrefois si progressistes, soucieux des petits, capables de dépassement, de tolérance et de rigueur intellectuelle comprendra-t-il la leçon concrète de ce qui lui arrive ?
    Depuis 1995, serait-il devenu trop compliqué pour lui de coucher noir sur blanc ce qu'il propose comme République ? Comment ne pas comprendre que pour que les Québécois reprennent fermement espoir, cela est devenu nécessaire ?

    Là où la volonté de République oblige le citoyen en devenir à sérieuse réflexion, elle exige du politique autant l'écoute des votants que l'excellence des communications. Dont une proposition de résultats, sinon d'ambitions détaillées.
    Selon moi, tant qu'un solide projet de société républicaine tenant compte des particularismes culturels, historiques, géographiques et environnementaux des Québécois et du Québec ne sortira pas de la réflexion et du travail sérieux des membres et des cadres du PQ, ce parti ne rattrappera pas le déficit de confiance qui très tristement, ne cesse de se creuser depuis 1995 chez les électeurs et électrices à son endroit. Qui le fait sous l'habileté du Canada à en favoriser la chose...
    Si QS marque aujourd'hui des points, c'est parce que le PQ montre qu'il a abandonné, ou du moins oublié..., une part vitale de sa créativité et de prise en compte des besoins des humbles.
    Le PQ doit revenir à ses préoccupations fondamentales. : démocratisation, meilleur partage des richesses et bien sûr, plein exercice politique des Québécois sur leur territoire.

    VLQL !

    • Hélène Paulette - Abonnée 24 septembre 2018 10 h 19

      On se demande, monsieur Côté, si vous avez pris connaissance du programme du PQ... C'est facile, lorsqu'on sait qu'on ne prendra pas le pouvoir, de faire rêver. Je vous signale que le PQ, ayant l'expérience du pouvoir, met de l'avant des solutions à la fois progressistes et réalistes.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 septembre 2018 04 h 47

    Non, mais oui !?!

    « Québec solidaire au centre des attaques » (Le Devoir, Titre Article)

    De ces « attaques » sur et contre QS et sa plateforme (cachée ?!?), on-dirait que les autres formations commencent à le craindre, et c’est bon signe !

    Bien que son programme électoral soit « électrisant » ou « contestable », il n’en demeure pas moins que QS se compose, majoritairement, d’humbles citoyennes-citoyens qui, d’inspiration communautaire, savent promouvoir les besoins-intérêts nationaux du Québec, d’un Québec éventuellement SOUVERAIN !

    Québec Solidaire ?

    Non, mais oui !?! - 24 sept 2018 –

    Ps. : En passant, hier, sur l’heure de midi, ai voté par anticipation avec un ami ! Y avait beaucoup de monde (jeunes et aînés) sur place : encourageant !

  • Gilles Bonin - Inscrit 24 septembre 2018 05 h 08

    Oh! là, là

    ce que l'on aime créer des affabulations. Si QS a un avenir, il faudra juger cela à une autre ou à d'autres élections. Depuis la création QS n'a eu qu'un but et il l'a réussi: qu'il fasse , 10 ou 12% du vote, il peut et a drôlement amoché le PQ, jouant sur le terrain de la même clientèle. Quant au PLQ, il a sa clientèle assurée et de toute façon ne peut que se replier sur elle dans les mauvais jours - avec 17, 18 ou 19% des francophones il sera cantonné dans l'opposition - il a raté ses attaques contre la CAQ et n'a pas de prise référendaire contre le PQ. Bon il est vrai qu'à cette élection-ci quelques petits points de pourcentage d'électeurs vont aux quatre vents idéologiques selon le jour de la semaine: l'électorat a décidé de renvoyer les libéraux dans l'opposition. Où ira-t-il pour ce faire? c'est la question qu'il se pose et votera «stratégique» le 1er octobre et voter «stratégique» n'a rien de stratégique, c'est seulement tactique: en gros, il votera pour le candidat ou la candidate local(e) qui paraît gagnant(e) ou, à l'échelle de la province, pour le parti qui paraît le gagnant. Quand c'est aussi flou, ça donne parfois de «curieux» résultats. Cela a peut-être passé inaperçu à TLMP hier soir, mais le parti qui a fait l'objet d'une attaque directe de tous ses adversaires unis, c'est le PLQ sur la question de la réforme du scrutin... à suivre le 1er octobre.

  • Pierre Michaud - Inscrit 24 septembre 2018 05 h 33

    Exercice futile et suicidaire du PQ

    A voir aller l’etablishment du parti québécois s’acharner sur un simple bénévole qui pose des timbres sur des enveloppes et nous dire qu’il y a un certain complot à l’interieur de QS sur ce fameux chef occulte du présumé Politburo relève de la paranoia généralisé à partir d’une fausse nouvelle . Pourtant les statuts sont disponibles sur Google et Lisée le sait très bien mais voyant que ses sondages internes sont désastreux il profite du temps qu’il lui reste en politique pour régler ses comptes envers QS pour son refus catégorique de sa convergence de la part de QS et de ses membres . Ici il nous étale ses bas instincts et tactiques déloyales quitte à salir des individus au passage . Il est en train de préparer sa sortie en politique dans l’indignité car il sait que la conclusion de ses résultats au lendemain scrutin .! sera brutale

    • Hélène Paulette - Abonnée 24 septembre 2018 17 h 46

      M.Chateauneuf un simple bénévole qui colle des timbres? Je n'ai rien contre la gauche même extrême, mais vous ne ferez pas croire qu'un ancien dirigeant syndical, qui a en plus en main tous les mécanismes du parti en tant que chef, résistera à contrer une décison qui ne fait pas son affaire...

  • Gilles Bousquet - Abonné 24 septembre 2018 06 h 47

    Le retour de Michel Chartrand

    Oui, M,. Chartrand serait si heureux de voir la gauche de gauche, si solidaire, progresser au Québec, contre le capitalisme des patrons avec les ouvertures sur tous les accommodements...religieux possibles, incluant les faces voilées.

    • Jean-François Trottier - Abonné 24 septembre 2018 13 h 39

      M. Bousquet,

      Chartrand, lui, avait l'honnêteté de ses positions. Il était socialiste et le disait.

      QS préfère se prétendre social-démocrate. Rien de social-démocrate dans les positions de ce parti. C'est du socialisme pur comme... disons une faucille.

      Quand Chartrand parlait de solidarité, c'était sur les lignes de piquetage et il parlait de la nécessaire unanimité syndicale suite aux votes sur des positions à défendre et des demandes portant sur le travail.

      QS pense pareil, mais en politique, là où une opposition est absolument nécessaire. Profondément antidémocratique.