Au lendemain de la tornade, démonstration d'unité des chefs politiques

Le premier ministre doit tenir un point de presse en compagnie du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux. Jean-François Lisée devrait aussi y participer, selon les informations transmises par le PQ.
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Le premier ministre doit tenir un point de presse en compagnie du ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux. Jean-François Lisée devrait aussi y participer, selon les informations transmises par le PQ.

Les chefs de partis politiques ont tour à tour suspendu leur campagne électorale samedi afin de constater de visu l’ampleur des dégâts causés par la tornade qui a frappé la veille un quartier de Gatineau: morceaux de toitures en pleine rue, voitures aux vitres éclatées, logements détruits.
 

Parlant d’une «catastrophe», le premier ministre Philippe Couillard a annoncé au petit matin une aide d’urgence d’un million de dollars, qui a été versée à La Croix-Rouge pour soutenir les sinistrés au-delà des 72 heures prévues. Un geste salué par Jean-François Lisée, François Legault et Manon Massé.
 

Selon le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, 1686 logements ont été touchés (210 bâtiments différents), et 684 personnes se sont inscrites comme sinistrées auprès de La Croix-Rouge. 

Une «grande proportion» d'entre elles ont obtenu le feu vert des pompiers pour retourner à la maison, a-t-il indiqué en fin de journée. «C'est retourner à la maison dans des édifices qui très souvent n'ont pas d'électricité, qui ont des fenêtres cassées et tout ça, mais qui sont considérés sécuritaires», a-t-il précisé. Il faudra toutefois «des semaines et des semaines» avant que d'autres sinistrés puissent «réintégrer un logement», a averti M. Pedneaud-Jobin.

 

«J’ai été touché en voyant les gens qui ont dû quitter leur domicile, de voir que ce sont des gens qui ne sont souvent pas au sommet de l’échelle économique », a souligné M. Couillard lors d’un point de presse conjoint avec le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, et les autorités municipales.
 

Derrière MM. Couillard et Lisée, la rue Daniel-Johnson présentait un décor de désolation.

Des débris jonchaient la rue partout : morceaux de bois aux clous tordus, structures de toit en morceaux épars, bouts de laine isolante enroulée aux arbres. Ces derniers ont écopé du passage de cette tornade de force 2. Plusieurs ont été déracinés, alors qu’un autre n’a gardé que son tronc, plumé par le vent.

Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Plusieurs arbres ont été déracinés.

Ce sont des blocs appartements modestes qui ont été touchés dans ce secteur (quartier Mont-Bleu) qui abrite une «poche de pauvreté», a fait remarquer M. Pedneaud-Jobin. «Les gens sont doublement affectés», a-t-il souligné. Certaines unités ont été carrément éventrées et paraissent être perte totale. D’autres ont des fenêtres éclatées, des porches arrachés…

Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Le quartier Mont-Bleu de Gatineau a particulièrement été touché.

Plusieurs voitures portaient aussi les traces de la violence de la tempête. Sur l’une d’entre elles, abandonnée en diagonale sur un trottoir, des dizaines de morceaux de tôle ou de bois se sont agglutinés, de même qu’une grande section de papier goudronnée normalement destiné à l’imperméabilisation des toits.

Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Plusieurs voitures portaient aussi les traces de la violence de la tornade.

«C'est très dur. Ce n'est pas beau de voir ça: les arbres, les poteaux. Ç'a été toute une tornade», a affirmé le chef de Coalition avenir Québec, François Legault, samedi après-midi.

 

Nécessaire

Était-il vraiment nécessaire que les quatre prétendants au poste de premier ministre — Philippe Couillard et Jean-François Lisée, en matinée; François Legault et Manon Massé, en fin d'après-midi — se déplacent et monopolisent une partie des équipes de sécurité? Maxime Pedneaud-Jobin pense que oui.
 

«On pense que ces visites sont seulement protocolaires, mais non, a-t-il dit. Elles sont importantes pour envoyer le message à la population que l’ensemble des autorités sont là et appuient la démarche, qu’elles sont solidaires et prêtes à donner leur aide, quelles que soient les demandes de la Ville. On apprécie beaucoup… et on apprécie aussi que ce soit conjoint [les points de presse], parce que ça amène un peu de travail pour nos équipes et qu’on est très occupés.»

 

Changement d’horaire

Les quatre chefs ont donc bousculé leur programme de campagne électorale pour faire un détour à Gatineau. M. Couillard s’est rendu à Gatineau sans les médias qui suivent sa campagne. «Il y va en tant que premier ministre. L’autobus du chef ne suit pas non plus», a indiqué son attachée de presse, Joçanne Prévost, en début de journée. «Nous ne voulons pas en faire une activité partisane de campagne. On parle de centaines de personnes qui sont dans des centres d’hébergement. Loin de nous l’idée de politiser notre passage en Outaouais», a-t-elle fait valoir.
 

M. Lisée s’est pour sa part déplacé avec les trois autobus de la caravane péquiste (un pour le chef et son équipe, et deux pour les médias qui suivent). «Je me suis dit: je vais faire ce que je ferais si on n’était pas en campagne électorale, c’est-à-dire allez montrer ma solidarité avec les gens qui ont été touchés par cet incident», avait-il justifié avant son départ.

 

« Important » de témoigner sa « solidarité »

François Legault trouvait «important» que les chefs des partis politiques témoignent de leur « solidarité» avec les sinistrés et les premiers répondants. «[Mais], la dernière chose que je veux, c’est d’être dans les jambes. On veut aider. On ne veut pas nuire », a-t-il insisté avant de donner le signal de départ pour Gatineau. Les autobus des médias ont alors suivi la minicaravane du chef caquiste en Outaouais samedi après-midi. 
 

«Évidemment, ce n’est pas le temps de faire de la politique », a dit M. Legault, suspendant les hostilités pour la journée. D'ailleurs, il n'avait rien à redire sur le déploiement des mesures d'urgence, y compris par Québec. «[C'est] très bien géré par le gouvernement.»

M. Legault a invité les Québécois à appuyer les victimes de la tornade. « Moi, personnellement, je vais faire un don. […] Il faut montrer notre solidarité.» Le même message a été lancé par les autres chefs.
 

«C'est clair que, lorsque tu as des moyens financiers limités, lorsque tu habites dans un HLM, si ton logement a été soufflé par le vent, par la tornade, ça veut dire que tu as perdu tout ce que tu avais», a fait valoir la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

 

Avec Marie-Michèle Sioui et Améli Pineda

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