Le mot de la semaine: «végétal»

Qu’est-ce que les électeurs, en période d’austérité, peuvent bien manger, sinon du dragon réchauffé ? Invité sur les ondes d’une radio populaire à marcher dans les souliers de François Lambert, l’ancien collaborateur de l’émission de télévision Les dragons qui affirme ne pas dépenser plus de 75 $ d’épicerie par semaine, le premier ministre s’est retrouvé dans les mêmes plats que lui. Lambert avait affirmé, au printemps dernier, qu’il n’était pas aussi difficile que l’avançait Le Journal de Montréal de nourrir une famille avec trois fois rien. Et le premier ministre de mâchouiller à son tour des plats de lentilles pour nourrir son électorat. Il est donc possible, selon lui, de nourrir un adulte et deux adolescents pour aussi peu que 75 $ par semaine.

En mars dernier, François Lambert s’était improvisé, à l’occasion d’une sortie intempestive, conseiller d’un jour en alimentation pour le grand public. À la suite d’une enquête du Journal de Montréal qui montrait qu’il était quasi impossible de nourrir décemment une famille vivant au salaire minimum, Lambert avait rétorqué que la chose était au contraire tout à fait envisageable… s’érigeant lui-même en exemple. Il suffisait, disait-il, de compter, en plus d’une consommation de gruau et de pois chiches judicieusement apprêtés, sur les réserves de poissons congelés accumulés lors d’épiceries précédentes au Costco, ainsi que sur quelques produits tirés des cultures de sa ferme à la campagne. En un mot, les gens n’avaient qu’à faire comme lui, étant entendu que le Costco, l’auto et la ferme bio sont à la portée de tous.

Nourrir une famille avec 75 $ par semaine ? « Je penserais que oui, a dit le premier ministre Couillard. Par contre, les menus ne seront pas très variés. On est pas mal sur le végétal. » Mais c’est difficile, dit-il, jugeant que la lutte contre la pauvreté et les baisses d’impôt constituent ses solutions.

À condition de ne pas être regardant sur la qualité de la viande, il y a toujours moyen d’acheter des hot-dogs vapeur à 1 $. De Robert Bourassa, qui avait eu l’idée saugrenue de parader en mangeant un hot-dog, Pierre Elliot Trudeau avait dit qu’il n’était en somme que cela : « un mangeur de hot-dog ». L’insulte avait nourri longtemps les commentaires politiques au sujet du premier ministre du Québec, qui avait d’ailleurs fini par être emporté au milieu d’un scandale de viande avariée.

Augmenter le taux horaire des gagne-petit afin qu’ils puissent manger mieux ? Pas question d’augmenter le seuil minimum, répète le chef libéral. Même discours, en gros, du côté de la CAQ. Le chef, François Legault, parle plutôt de hausser les salaires de ceux qui ont déjà pour horizon 25 $, 30 $ et 40 $ l’heure. « Mais dans quel monde vous vivez, M. Legault ? » lui a lancé Manon Massé, de son côté sacrée depuis un moment spécialiste du pogo.

Que manger en commun ? Le mot célèbre de Trudeau père, adressé aux grévistes de Lapalme, fut longtemps sur toutes les lèvres tant il apparaissait étonnamment grossier. Les grévistes ? « Qu’ils mangent donc de la marde ! » avait déclaré le premier ministre au sujet de ces camionneurs postaux et de leur leader, le syndicaliste Frank Diterlizzi. La suggestion alimentaire de Trudeau, lui avait répondu Diterlizzi, « touche tous les autres chômeurs également, il les méprise, et ça n’est pas de nature à régler la situation ». Le menu a-t-il changé ?

2 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 22 septembre 2018 09 h 10

    Qui bénéficient vraiment des baisses d'impôt? Certainement pas les pauvres.

    Je cite: «Mais c’est difficile, dit-il [Philipe Couillard qui parle], jugeant que la lutte contre la pauvreté et les baisses d’impôt constituent ses solutions.»

    La lutte contre la pauvreté des Libéraux de Philippe Couillard, je la constate quand je me promène dans les rues, au nombre de personnes qui quêtent et en voyant le nombre augmentant de personnes qui fouillent dans les bacs verts. Que faire quand les baisses d'impôt ne concernent surtout que les riches, si c'est pour remédier aux problèmes de la pauvreté? Je pense que le raisonnement de Philippe Couillard est à vrai dire tordu.

  • Robert St-Onge - Abonné 22 septembre 2018 22 h 31

    Ils se trouvent intelligents.

    On voit que la maladie mentale frape tous les classe de la société, même les plus riches et les plus choyés. C’est d’une tristesse infini. Et en plus ils semblent se penser intelligents.