«Aller plus loin», mais comment?

Aux familles vivant dans la pauvreté — et qui n’auraient que 75$ à consacrer à leur budget hebdomadaire d’épicerie —, le chef libéral Philippe Couillard a dit vendredi vouloir offrir «la possibilité d’aller plus loin dans la vie».
Photo: Catherine Legault Le Devoir Aux familles vivant dans la pauvreté — et qui n’auraient que 75$ à consacrer à leur budget hebdomadaire d’épicerie —, le chef libéral Philippe Couillard a dit vendredi vouloir offrir «la possibilité d’aller plus loin dans la vie».

Aux familles vivant dans la pauvreté — et qui n’auraient que 75 $ à consacrer à leur budget hebdomadaire d’épicerie —, le chef libéral Philippe Couillard a dit vendredi vouloir offrir « la possibilité d’aller plus loin dans la vie ».

Au micro de Paul Arcand au 98,5 FM, Philippe Couillard a affirmé connaître une « mère monoparentale » qui « est obligée de prendre trois jobs avec deux enfants à la maison ».

Quand les médias lui ont demandé de quelle manière concrète il pourrait lui venir en aide, Philippe Couillard a répondu qu’il voulait lui donner « la possibilité d’aller plus loin dans sa vie, d’aller plus loin dans un Québec qui sera plus prospère, plus vert et plus équitable ».

« Si cette personne vit de l’aide sociale, on va lui donner accès à un emploi le plus rapidement possible », a-t-il ajouté.

Or cette connaissance du premier ministre occupe déjà trois emplois, lui ont rappelé les journalistes. « On va s’assurer qu’elle n’ait pas besoin d’en faire trois, qu’elle en fasse juste un, comme vous, comme moi », a donc proposé le chef libéral. Il a revu sa version des faits plus tard, en déclarant que cette personne « a occupé trois emplois » et que sa situation s’est désormais « améliorée ».

Cette femme existe bel et bien, a attesté le chef libéral. Mais il a dit s’abstenir de donner davantage de détails sur sa vie, par crainte qu’on ne l’identifie.

Pour l’aider, Philippe Couillard a suggéré « de développer une société tournée vers l’emploi de qualité ». « C’est ce qu’on fait depuis 2014 », a-t-il insisté.

Le chef de la Coalition avenir Québec a fait sa propre analyse des propos de son adversaire. « Je pense qu’il est trop orgueilleux pour dire aux Québécois : « Je m’excuse. Je me suis trompé. Je ne connais pas ça. Ça fait longtemps que je suis allé à l’épicerie « », a déclaré François Legault.

Pas de hausse du salaire minimum

L’« emploi de qualité » évoqué par Philippe Couillard pour aider cette femme monoparentale n’en serait pas un qui viendrait avec un salaire horaire excédant les 25 $, a précisé le chef libéral. « Pas à 25 ou 30 $ l’heure, comme dit M. Legault. Avec un meilleur revenu que ce qui est le cas actuellement », a-t-il expliqué.

Le chef libéral s’oppose à la hausse du salaire minimum à 15 $. À son avis, une telle augmentation de salaire ferait en sorte que cette mère de famille « perd [rait] ses trois emplois ». Pourquoi ? « Parce que les emplois qui sont menacés par une hausse trop rapide du salaire minimum — et les économistes nous le disent — ce sont justement les emplois de la restauration, du commerce de détail, de l’hôtellerie. Des emplois de bas d’échelle, des emplois de début », a répondu Philippe Couillard. « Et on n’aide pas personne dans le besoin en supprimant son emploi », a-t-il affirmé.

Couillard rabroue les critiques

Aux personnes qui ont critiqué son commentaire sur la possibilité de nourrir une famille avec 75 $ par semaine, le chef libéral a suggéré d’aller « parler aux gens ». « Ils n’ont jamais parlé à quiconque dans le besoin. C’est bien beau de faire des analyses de tableaux, quand on parle au monde, qu’ils nous expliquent comment ils font », a-t-il insisté.

À plusieurs reprises, il s’en est remis au Plan de lutte à la pauvreté que son gouvernement a présenté en 2017.

Or il ne s’agit là que d’un « paravent », a réagi Virginie Larivière, du Collectif Québec sans pauvreté. « Le plan contient beaucoup de mesures qui sont un peu comme un plaster, qui ne vient pas régler le problème a la source ; juste rendre plus tolérables des situations qui sont intolérables », a-t-elle déclaré. Pour aider concrètement ces femmes monoparentales dont il a parlé, le chef libéral pourrait notamment hausser le salaire minimum ou s’assurer que le montant des pensions alimentaires ne soit plus soustrait des chèques d’aide sociale ou de prêts et bourses, a-t-elle suggéré. « Il a refusé de le faire », a-t-elle déclaré.

Avec Marco Bélair-Cirino