Le débat des chefs à l’épreuve des faits

Les quatre chefs qui ont participé au débat: Manon Massé, Jean-François Lisée, Philippe Couillard et François Legault
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les quatre chefs qui ont participé au débat: Manon Massé, Jean-François Lisée, Philippe Couillard et François Legault

Nos journalistes ont vérifié quelques affirmations avancées par les chefs lors du débat de jeudi.

À propos de la réduction du nombre d’heures de soins à domicile pour les aînés

« En 2016, vous avez réduit de 500 000 le nombre d’heures de soins à domicile pour les aînés », a lancé Jean-François Lisée en s’appuyant sur le rapport de la protectrice du citoyen. « C’est faux. On a augmenté le nombre d’heures et le nombre d’interventions auprès des aînés dans les soins à domicile », a répondu Philippe Couillard.

Pour y voir plus clair, il faut aller fouiller dans le Rapport annuel d’activités 2016-2017 de la protectrice du citoyen. On y apprend qu’entre 2015 à 2016, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus ayant reçu des services à domicile a diminué de 0,9 %. Marie Rinfret note également une baisse de 7,4 % de la durée moyenne des interventions effectuées auprès de personnes recevant des soins à domicile. Cette chute, qui s’est opérée de 2010 à 2016, découle de « nouvelles balises limitant le temps consacré à chacune des activités offertes ». La protectrice du citoyen avance que de 15 à 18 % des personnes âgées de 65 ans et plus auraient besoin de recevoir des soins à domicile. Or, seulement 8,6 % des aînés québécois bénéficient de tels services. Dans son rapport, Marie Rinfret « dénonce la lenteur du gouvernement à prendre en charge, à titre de véritable priorité, la question du soutien à domicile ».

- Magdaline Boutros

 
 

À propos de la place de l'immigration au Québec, toutes proportions gardées

« Si on revenait à 40 000, on aurait plus d’immigrants, toutes proportions gardées, que les États-Unis ou la France », a d’abord affirmé François Legault. Puis, dans un autre échange, Philippe Couillard a lancé : « Il y a une déformation des faits, le taux d’immigrants qui reste, on est 4e au Canada, on est à 84 %. » Jean-François Lisée a ajouté : « On est la moins bonne des grandes provinces. »

Les chefs des partis ont continué à en découdre sur l’immigration, mais semblent avoir appris des leçons, notamment de précision, depuis le dernier débat. Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a bien pris soin de préciser que la proportion de 58 % d’immigrants qui ne parlaient pas français à leur arrivée est pour la seule année 2017. Car en 2016, c’était 52 % et en 2015, 44 %.

M. Legault a également continué de marteler que 40 000 — au lieu de 50 000 — est le nombre idéal d’immigrants que le Québec doit accueillir pour être en mesure de bien les intégrer. Il a ajouté que, toutes proportions gardées, cela représente plus d’immigrants que n’en reçoivent les États-Unis ou la France. Vérification faite : cette affirmation reflète la réalité. En 2015, le Québec a ouvert la porte à environ 0,6 % d’immigrants, soit plus que les États-Unis et la France, qui en ont tous deux accueilli 0,4 %. Sur ce plan, c’est le Canada qui bat tous les records d’accueil : durant l’année 2015, qui a par ailleurs été marquée par l’arrivée en grand nombre des réfugiés syriens, le pays a reçu une proportion de 0,9 % d’immigrants.

Quant au taux de rétention de ces immigrants, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a rappelé qu’il devait être amélioré, puisqu’il s’établit à 85 %, ce qui est vrai après cinq ans. Là-dessus, son adversaire du Parti libéral, Philippe Couillard, a toutefois rétorqué que le Québec est la 4e province canadienne qui fait le mieux. C’est vrai : l’Ontario est en tête avec un taux de rétention de 91 %, suivie de l’Alberta (90 %) et de la Colombie-Britannique (87 %).

- Lisa-Marie Gervais

 
  

À propos de la hausse du salaire minimum et ses impacts sur l'emploi

François Legault sur l’idée de Québec solidaire de faire passer le salaire minimum au Québec de 12 $ à 15 $ l’heure : « Regardez ce qui est arrivé en Ontario, il y a eu des emplois qui ont été abolis, puis on va reculer probablement sur le 15 $ l’heure. Donc moi, je pense que c’est une erreur. »

Il est difficile de mesurer l’impact sur l’emploi qu’a eu la hausse du salaire minimum en Ontario au 1er janvier 2018 de 11,60 $ à 14 $ l’heure. Plusieurs facteurs influencent le niveau d’emploi, ce dernier varie au fil des mois et il existe plusieurs façons de le mesurer. Des analyses de la Banque Nationale et de la Banque Royale se sont penchées cet été sur les secteurs de l’économie les plus susceptibles d’avoir fait les frais de la réforme en Ontario, comme la restauration, les entrepôts et le commerce au détail. Elles ont conclu à une création nette d’emplois depuis le mois de janvier, mais notent toutes deux que l’actuel dynamisme de l’économie est un contexte particulièrement favorable et qu’il est encore tôt pour dresser un bilan.

Quant à la hausse prévue en janvier prochain du salaire minimum à 15 $ l’heure, le nouveau gouvernement conservateur ontarien de Doug Ford s’est effectivement engagé à l’annuler.

Les experts préviennent aussi qu’il faut prendre garde de comparer les salaires minimums d’économies dont le coût de la vie n’est pas le même.

- Éric Desrosiers