Test de valeurs: il faudrait être de «mauvaise foi» pour échouer, plaide François Legault

Le chef de la CAQ, François Legault
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le chef de la CAQ, François Legault

Il faudrait être de « mauvaise foi » pour ne pas réussir le test de valeurs et le test de français auxquels les immigrants seraient soumis, trois ans après leur arrivée au Québec, sous un gouvernement caquiste, a fait valoir François Legault vendredi.

« Toutes les personnes de bonne foi vont réussir le test de français et le test de valeurs », a-t-il assuré à la presse au lendemain du premier débat des chefs.

« Si le test est facile, pourquoi en faire un ? », a tout de suite répliqué le chef libéral Philippe Couillard. « On n’a pas besoin de test. »

Les personnes éprouvant des difficultés d’apprentissage et les personnes « trop âgées » qui ne passeraient pas les tests auront droit à la compassion d’un gouvernement « humain », a aussi expliqué M. Legault. Et ils ne seront pas les seuls, a-t-il ajouté. Un père de famille qui a échoué à un test de base de français après avoir suivi assidûment des cours décrocherait-il tout de même un certificat de sélection du gouvernement du Québec ? « On ne divisera pas des familles, on ne séparera pas des familles », a répondu le chef caquiste.

Les nouveaux arrivants bénéficieront de cours de français — « gratuits », a-t-il souligné — pendant trois ans. « Pour ne pas réussir un test de base, il faudrait vraiment faire exprès », a-t-il mentionné.

Quelle est donc « la valeur » du test ?, a encore demandé Philippe Couillard. « Non ça ne me rassure pas », a-t-il dit au sujet des explications de son adversaire caquiste. « Comment est-ce qu’on peut demander ça à des gens ? La réponse est évidente, les gens savent quoi répondre. Ça n’a aucune valeur ces choses-là, on le sait très bien. Ce n’est pas ouvrir la porte d’expulsion qu’il faut faire, c’est ouvrir la porte d’arrivée », a-t-il insisté.

Un gouvernement de la CAQ, a aussi expliqué M. Legault, communiquerait au fédéral l’identité des personnes en situation d’échec auxquelles il refuse d’accorder un certificat de sélection.

« Si jamais ça arrivait que quelqu’un ne soit pas de bonne foi, on va aviser le gouvernement fédéral, comme on le fait pour un travailleur dont le permis de travail est échu. Ce sera au gouvernement fédéral à décider ce qu’ils font avec cette personne illégalement au Québec », a-t-il souligné. Philippe Couillard a accueilli cette proposition en riant. « Vous blaguez ? », a-t-il simplement lancé.

Un aperçu des questions
François Legault a aussi donné un aperçu vendredi des questions qui pourraient faire partie d’un test de connaissance des valeurs. « Est-ce que vous reconnaissez que les lois passent avant la religion ? Est-ce que vous reconnaissez qu’on a une société démocratique, pas de violence, respect ? Est-ce que vous reconnaissez que les homosexuels ont les mêmes droits que les autres dans notre société ? » a-t-il énuméré.

Le favori des sondages a demandé à Philippe Couillard ce qui « fait peur » aux Québécois là-dedans. « Qu’est-ce qu’il y a comme problème à demander à quelqu’un : est-ce que vous savez qu’au Québec, les femmes sont égales aux hommes ? [Où voit-il] quelque chose d’épeurant là-dedans ? » a-t-il demandé, entouré de candidats de la Capitale-Nationale.

La réponse n’a pas tardé. « Faire pendre au-dessus de leur tête la menace d’une expulsion, ça n’aide pas dans le climat », a répondu le chef libéral.

Une personne ayant lu quelques fois la Charte québécoise des droits et libertés réussirait haut la main le test des valeurs, a encore suggéré François Legault. « Nos ancêtres nous ont laissé de belles valeurs. Le premier ministre du Québec a le devoir de protéger ces valeurs-là », a-t-il ajouté, balayant les reproches de ses adversaires, selon lesquels il a adopté un discours de « peur ».

La population n’a pas à craindre le programme de la CAQ, selon lui. « C’est M. Couillard qui fait peur au monde quand il laisse entendre que plein de personnes vont mal répondre à ce test […], qu’on va expulser des citoyens, ce qui est complètement faux », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le chef de la CAQ a décrit vendredi la Côte-Nord comme une terre d’accueil pour les nouveaux arrivants à la recherche d’un emploi bien rémunéré. « Les immigrants, souvent, ce qu’ils cherchent c’est un bon emploi. [Il] y a de bons emplois sur la Côte-Nord actuellement, dans les mines — et ce n’est pas sous terre, la majorité des emplois sont hors terre », a-t-il affirmé.

Qu’est-ce qu’il y a comme problème à demander à quelqu’un : est-ce que vous savez qu’au Québec les femmes sont égales aux hommes ? [Où Philippe Couillard voit-il] quelque chose d’épeurant là-dedans ?