Survol des forces et des faiblesses des chefs

Les chefs des quatre principaux partis politiques du Québec participent à un débat télévisé jeudi.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Les chefs des quatre principaux partis politiques du Québec participent à un débat télévisé jeudi.

Suivez le premier grand débat des chefs ce soir en direct sur les plateformes numériques du «Devoir».

Philippe Couillard, François Legault, Jean-François Lisée et Manon Massé débattront depuis le studio de Radio-Canada sur quatre thèmes: la santé, l'éducation, l'économie et l'environnement, et aussi sur l'immigration et la question nationale.


Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault   

 
Incarner le changement
François Legault abordera le débat de jeudi dans une position inédite pour lui — celle de meneur dans les sondages. Cela lui vaudra des attaques plus nourries qu’en 2014 (où il avait profité du débat pour surprendre et relancer sa campagne), mais ce statut lui procure aussi un avantage non négligeable : il a en main la carte du changement. C’est-à-dire qu’il pourra marteler, comme il le fait chaque jour, que lui seul peut mettre un terme aux 15 années de règne libéral… et qu’il est temps de le faire.

Les angles morts
Il y a quelques angles morts dans les propositions de la Coalition avenir Québec, et c’est un clou sur lequel les adversaires frapperont assurément : l’environnement, bien sûr, mais aussi des détails de la proposition de réduction des seuils d’immigration, qui sera assurément au centre des débats. Très solide dans certains dossiers, François Legault a tendance à offrir des réponses plus hasardeuses quand il sort de son sentier.

Guillaume Bourgault-Côté


Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard
 
Une confiance inébranlable
Bien malin celui qui parviendra à démonter le chef du PLQ, Philippe Couillard, lors de la série de débats des chefs, qui s’amorce jeudi soir. Cible des feux nourris des partis politiques d’opposition depuis quatre ans et demi, le premier ministre n’a jamais perdu sa contenance en Chambre. Prévisible, l’ex-neurochirurgien est une figure rassurante à la tête de l’État québécois, dont il a d’ailleurs une connaissance profonde.

Délier la langue
Pour M. Couillard, le sens du clip n’est pas inné. Un des défis qu’il devra relever jeudi soir est de placer dans les échanges quelques-uns des one-liners qu’il a répétés avec sa garde rapprochée sans qu’ils paraissent plaqués. Celui sur les « licornes de la CAQ » — les « propositions faciles » faites par l’équipe de François Legault au fil des dernières années, mais qui ne figurent pas dans le programme de la CAQ — mériterait d’être peaufiné. Convaincre les électeurs qu’il est possible de faire le changement dans la continuité ne sera pas aisé. D’autant plus qu’il devra défendre son bilan et pointer les contradictions du favori des sondages, François Legault.

Marco Bélair-Cirino
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
 
Le sens de la réplique

Jean-François Lisée connaît et maîtrise ses dossiers. Intellectuel, studieux, il admet miser gros sur le débat, qui intervient au moment où les Québécois « vont tout à coup commencer à s’intéresser à la campagne », selon lui. En débat, l’ex-journaliste sait faire preuve de rigueur… et l’ex-stratège sait lancer la bonne réplique au bon moment. De quoi parvenir à s’imposer dans la joute, malgré le fait que son parti soit à la traîne dans les sondages.

Adoucir le ton

Le chef péquiste l’admet lui-même : il peut parfois avoir l’air d’un « donneur de leçons ». Son objectif avoué après le débat ? « Faire monter significativement la proportion de gens qui veulent prendre une bière » avec lui. Malgré son « fond sérieux », le chef dit s’efforcer d’être « bon enfant sur la forme », dans l’espoir d’adoucir l’attitude hautaine que certains électeurs lui reprochent.

Marie-Michèle Sioui


La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé
 
Sincérité
Son expression « Ça ne prend pas le pogo le plus dégelé de la boîte » a marqué les Québécois ; Manon Massé est connue pour être une des politiciennes les plus authentiques de l’Assemblée nationale. Lorsqu’elle défend les dossiers qui lui tiennent à cœur, elle adopte un ton à la fois ferme et humain, qui résonne auprès du « peuple » qu’elle veut défendre, mais qui peut aussi déstabiliser ses adversaires politiques.

Faire ses devoirs 
Le défi de Manon Massé, qui a fait son entrée au Salon bleu en 2014, réside dans la maîtrise de certains dossiers. Si dans le quotidien, elle partage ses tâches avec l’autre co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, elle devra cette fois prouver sa capacité à défendre toute seule le contenu du programme de sa formation politique. Mme Massé doit être consciente de l’importance de sa performance puisque lors des deux dernières élections, c’est grâce à ce rendez-vous que sa prédecesseure Françoise David avait séduit plusieurs Québécois, ce qui avait notamment contribué à son élection.

Améli Pineda
4 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 13 septembre 2018 08 h 00

    Manon Massé n'est pas un chef de parti mais une simple porte-parole.

    N'est-il pas au moins curieux que Manon Massé soit présentée comme chef alors qu'elle n'est que l'une des deux porte-parole de QS avec Gabriel Nadeau-Dubois ?

    A ma connaissance, en tant que porte-parole elle n' a aucune marge de manoeuvre parce qu'elle doit se conformer aux ordres de l'assemblée générale du parti ou de l'un de ses comités.

    Elle n'a donc aucune autorité et doit donc se conformer à ce qu'on lui dit de faire et de dire. Elle ne peut pas se permettre de prendre des décisions sans au préalable obtenir l'assentiment de ses patrons.

    En tant que citoyen je ne voterais jamais pour quelqu'un qui ne peut répondre de ses paroles ni de ses actes. Dans une démocratie les partis politiques doivent avoir à mon avis un chef qui lui peut être plus ou moins autoritaire ou plus ou moins démocrate mais qui doit rendre des comptes aux membres de son parti.

    A ce que l'on sache ce ne sont pas les membres qui ont choisi Manon Massé pour participer aux débats dit des chefs. Ils se seraient arrangés entre eux pour que ce soit elle on ne sait pas trop pourquoi.

    Tout cela n'est pas à mon avis très démocratique. Manon Massé n'a pas de comptes à rendre aux membres de son parti parce que ce n'est pas elle qui a décidé ce qui allait être dit et tu lors des débats. C'est le véritable chef qui devrait participer aux débats s'il y en a un. On ne viendra pas me dire qu' il n'y a pas quelqu'un qui a plus d'influence que dautres au sein de ce parti. Mais on ne le connaît pas. Je ne trouve pas cela très normal.

    Je suis d'avis que Manon Massé ne devrait pas participer aux débats parce qu'elle n'est pas un chef de parti élu par les membres de son parti.

    • Christiane Gervais - Abonnée 13 septembre 2018 09 h 31

      Ce qui est surtout agaçant, avec Manon Massé, c'est bien que les médias interprètent comment étant dit sur un ton "ferme et humain" des propos dignes d'un populisme de gauche ce qui semble avoir la cote, chez eux, par les temps qui courent.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 septembre 2018 15 h 29

    … tout le Monde ?!?

    « Êtes-vous prêts pour le débat des chefs? » (Le Devoir)

    Oui, mais !?!

    Bien que, pour plusieurs, le choix est « fait », et de ce soir, il demeure d’intérêts citoyens d’inviter les chefFEs à débattre de ce qu’il leur permet d’être complices moins de jouer ou mimer l’apparence que de se dévoiler de transparence !

    En effet, pour faciliter la vie des québécois, il convient, maintenant et surement, de favoriser un leadership populaire susceptible de confiance et d’intégrité dynamiques, mutuelles et démocratique !

    De ce leadership éventuel, une question double :

    A : Quels sont les motifs à devenir Premier ministre, et pourquoi ?

    B : Quelles sont les chances à devenir Premier ministre, et pourquoi ?

    Oui, mais ?!?

    Bon débat …

    … tout le Monde ?!? - 13 sept 2018 -

  • Jean-Charles Morin - Abonné 13 septembre 2018 16 h 23

    Un choix bizarre qui ignore les procédés démocratiques.

    Est-ce symptomatique d'une "autre façon de faire" de la politique? Déjà le fait d'avoir proposé quelqu'un comme Manon Massé au poste de premier ministre dénote une légèreté certaine dans la prise de décisions au sein de ce parti. Chez toutes les autres formations, le prétendant à ce poste a été dûment élu ou confirmé par les membres lors d'un congrès à la chefferie. Les membres de QS ont-ils été consultés de quelque manière avant d'envoyer ce spécimen à l'abattoir?