Les groupes identitaires se sont nourris de l’inaction des libéraux, dit Legault

Le chef de la CAQ, François Legault, a indiqué mercredi qu’il entend abaisser les seuils d’immigration de façon «temporaire».
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef de la CAQ, François Legault, a indiqué mercredi qu’il entend abaisser les seuils d’immigration de façon «temporaire».

L’émergence d’un groupe identitaire comme La Meute, que François Legault estime être « au bord du racisme », a été favorisée par l’absence d’un « cadre » réglementaire autour des signes religieux, a soutenu mercredi le chef caquiste.

M. Legault a affirmé que « le fait que les libéraux ont mis ça [la réglementation sur les signes religieux] en dessous du tapis depuis 10 ans, ça n’a pas aidé. Il y a des gens qui sont inquiets et on n’a pas répondu à leurs inquiétudes. [Partant de là], il y a exagération et dérapage, et ces groupes-là, à mon avis, c’est du dérapage. »

Le chef de la Coalition avenir Québec pense ainsi qu’il est « important d’avoir un cadre pour éviter les dérapages. Quand on dit qu’on veut interdire les signes religieux pour les personnes en autorité, je pense que ça fixe un cadre. Ça vient dire à certaines personnes : écoutez, oui on interdit les signes pour certaines personnes en autorité, mais on ne va pas interdire les signes pour les personnes qui se promènent dans la rue. Donc ça vient fixer un cadre. »

François Legault a aussi lancé que « beaucoup de gens sont tannés de recevoir des leçons de Philippe Couillard en terme de tolérance. Les Québécois sont tannés des leçons de M. Couillard sur leur accueil des immigrants. Les Québécois sont un peuple accueillant et vont le rester. Mais ils sont tannés de recevoir des leçons de Philippe Couillard. »

Le chef de la CAQ était interrogé alors que son parti, de même que le Parti québécois, ont récemment porté plainte à la Sûreté du Québec (SQ) concernant des graffitis de La Meute devant certains de ses locaux électoraux.

Mardi, tous les partis ont confirmé en avoir été la cible à plusieurs reprises depuis le début de la campagne. Les graffitis prennent la forme d’une patte de loup blanche et se trouvent sur le trottoir à l’entrée des locaux électoraux.

La Meute s’est défendu mardi de vouloir faire des menaces. « Ce n’est pas de l’intimidation, c’est tout simplement qu’on veut agir en bons contribuables et passer le message qu’on va surveiller les gens qui s’occupent de politique », a déclaré le porte-parole du groupe Sylvain Brouillette.

Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, M. Brouillette a aussi dit que la CAQ et la PQ sont les partis qui rejoignent davantage les positions de la La Meute. « On ne peut pas empêcher un coeur d’aimer, mais j’aimerais mieux qu’ils ne m’aiment pas », a réagi François Legault mercredi.

« Je n’aime pas leurs revendications, je ne les appuie pas du tout. Je n’aime pas parce que je trouve que c’est sur le bord du racisme. »

La vice-première ministre, Dominique Anglade, s’est dite indignée des propos « inacceptables » tenus par François Legault. « Ils légitimisent des actes qu’on ne peut tolérer dans une société démocratique », a-t-elle déploré mercredi soir. Le chef caquiste a raté une occasion de « s’élever au-dessus de la mêlée », selon la candidate libérale dans Saint-Henri-Saint-Anne. « C’était le moment pour François Legault [de] condamner ces actes sans réserve. »

Seuils augmentés

Sous un gouvernement caquiste, les seuils d’immigration pourraient réaugmenter dès 2021, a par ailleurs indiqué François Legault mercredi.

Le chef de la CAQ répète à tous les jours que son engagement à diminuer les seuils d’immigration (d’environ 52 000 à 40 000) est « temporaire ». Mais il n’avait jamais précisé selon quel l’horizon.

« On a dit qu’on a dépassé notre capacité d’intégration, a-t-il expliqué mercredi. Nous, on ramène à 40 000 pour quelques années, et là on va augmenter la capacité d’intégration : les cours de français, les services qui sont donnés par Emploi Québec. Il y a un rattrapage à faire avec toutes les années libérales où on a excédé nos capacités. Donc ça va prendre un 2-3 ans avant qu’on soit capable de réaugmenter, et on va le faire selon la capacité qu’on a de bien accueillir chaque immigrant. »

M. Legault a ensuite évoqué l’année 2021 comme moment possible où le nombre d’immigrants accueillis augmenterait.

Sauf que lorsqu’on lui demande comment il évaluera le succès de l’intégration, François Legault reconnait ne pas avoir de cible claire. « Il y a deux éléments importants, a-t-il dit : 58 % [des immigrants qui arrivent] ne parlent pas français, et 26 % quittent le Québec [après cinq ans]. Moi je vais attendre que ces chiffres et ces pourcentages baissent avant d’augmenter le nombre d’immigrants. »

Il a dit qu’il attendra d’avoir un « pourcentage qui est plus raisonnable », sans vouloir le préciser. « On va voir les tendances. Ce n’est pas nécessairement un chiffre pour une année. Ça peut être sur cinq ans. Donc on va voir la tendance sur les 2-3 premières années. »

Quand les médias lui ont souligné qu’il sera difficile de voir en trois ans s’il arrive à améliorer la statistique qui dit que 26 % des immigrants quittent après cinq ans, M. Legault a rétorqué qu’il a « l’ambition de penser qu’en 2-3 ans on va être capable d’augmenter le nombre d’immigrants qui sont intégrés en emploi et qui apprennent le français. »