Les quatre grands partis s’affrontent sur la main-d’œuvre et l’immigration

Les immigrants ont occupé un peu plus de la moitié des quelque 480 000 emplois nets créés au cours des dix dernières années.
Photo: Tom Barret Unsplash Les immigrants ont occupé un peu plus de la moitié des quelque 480 000 emplois nets créés au cours des dix dernières années.

Proposer d’abaisser les seuils d’immigration au moment où le Québec manque cruellement de travailleurs, « c’est l’équivalent d’être un climatosceptique », a lancé Marwah Rizqy, candidate libérale dans Saint-Laurent, à l’occasion d’un débat organisé mercredi à Montréal sur la pénurie de main-d’œuvre.

Dans un échange à quatre qui a pris par moments des élans plus émotifs, Mme Rizqy s’en est prise ouvertement à la proposition de la Coalition avenir Québec de réduire, dès l’an prochain, de 52 000 à 40 000 le nombre d’immigrants accueillis annuellement au Québec. Une diminution qui représente environ le quart des nouveaux arrivants.

Selon Mme Rizky, cette décision serait irresponsable au regard des quelque 1,3 million d’emplois qui devront être pourvus dans la province d’ici 2024.

Youri Chassin, candidat caquiste dans Saint-Jérôme, a rétorqué que le Québec « a une capacité maximale d’intégration ». Lui-même fils d’une immigrante, M. Chassin a blâmé le gouvernement libéral, qui « n’a pas fourni les ressources nécessaires » lorsqu’il a décidé d’augmenter « soudainement » les seuils d’immigration.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De gauche à droite : Marwah Rizqy (PLQ), Youri Chassin (CAQ), Jean-Martin Aussant (PQ) et Alexandre Leduc (QS)

Soulignant que 26 % des immigrants quittent le Québec dans les cinq années suivant leur arrivée, M. Chassin a repris la formule de François Legault : « Il faut en prendre moins, mais en prendre soin. » « Cet échec-là n’est pas très humain », a-t-il argué d’un ton calme, demandant que le Québec adopte une approche plus responsable envers ses immigrants.

« Moi, je ne me considère pas comme un échec », a alors tonné sa vis-à-vis libérale, née dans le quartier Hochelaga à Montréal de parents d'origine marocaine. Mme Rizky a souligné que les certificats de sélection du Québec, remis aux candidats acceptés, sont valides pendant trois ans. « Quand j’entends des gens affirmer qu’ils veulent réduire les seuils d’immigration dès 2019, c’est qu’ils ne connaissent pas les règles en matière d’immigration », a-t-elle ajouté d’un ton cinglant.

Alors, quel sera le seuil préconisé par un gouvernement libéral? Tout dépendra des consultations effectuées auprès des différents ministères, a répondu Mme Rizky de manière évasive.

Pour Jean-Martin Aussant, qui tente de se faire élire sous la bannière péquiste dans Pointe-aux-Trembles, tout ce débat sur les seuils d’immigration rate sa cible. L’enjeu doit être dépolitisé, a-t-il déclaré, rappelant que le Parti québécois propose de s’en remettre à la vérificatrice générale pour déterminer le nombre d’immigrants que le Québec est capable d’intégrer adéquatement.

« C’est de la magie noire d’essayer de trouver un chiffre. Il faut que ce débat futile cesse », a-t-il soutenu, insistant pour qu’un regard neutre se penche sur la question.

Complétant le quatuor, le candidat solidaire dans Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a réclamé le retour des COFI, les centres d'orientation et de formation des immigrants, abolis en 2000 par le gouvernement péquiste. Ces carrefours d’accueil, qui proposaient un guichet unique pour la francisation et la recherche d’emploi, offraient une solution tangible à l’enjeu d’intégration. « La question des seuils, on doit en discuter et on peut en discuter, mais au final la vraie question est celle de l’intégration », a-t-il souligné, précisant que Québec solidaire est « à l’aise » avec les seuils actuels.

La main-d’œuvre au cœur de la campagne

À l’issue du débat, organisé par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés en collaboration avec la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Stéphane Forget, président-directeur général de la FCCQ, s’est réjoui de constater que les enjeux liés à la main-d’œuvre se sont taillé une place de choix au cœur de la campagne. « C’est l’enjeu économique de l’heure », a-t-il fait remarquer.