Les promesses libérales coûteraient près de 10 milliards sur cinq ans

D’ici la fin de la campagne, l’équipe de Philippe Couillard dévoilera de nouveaux engagements qui nécessiteront des investissements de l’État totalisant 338 millions.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir D’ici la fin de la campagne, l’équipe de Philippe Couillard dévoilera de nouveaux engagements qui nécessiteront des investissements de l’État totalisant 338 millions.

Le Parti libéral du Québec est moins dépensier que la Coalition avenir Québec. En effet, l’équipe de Philippe Couillard propose de tirer vers le haut les dépenses de l'État à hauteur de 2,45 milliards par année, tandis que la CAQ suggère de les augmenter de 2,67 milliards de dollars. La différence: 220 millions de dollars.

«Les engagements que nous prenons visant l’amélioration des services à la population totalisent à terme 1,2 milliard d’investissements, en impact budgétaire, et les mesures visant à remettre de l’argent dans la poche des Québécois, comme les crédits d’impôt, les transferts directs, la gratuité de certains services, totalisent également 1,2 milliard», a déclaré M. Couillard lors de la présentation de son cadre financier, mercredi.

Promesses les plus coûteuses 

À elles seules, les promesses d’accorder une allocation annuelle de 150 $ à 300 $ par enfant aux parents (380 millions), d’instaurer la gratuité des services de garde éducatifs à l’enfance pour les enfants de 4 ans (250 millions) et d’offrir la gratuité du transport en commun aux étudiants et aux aînés (200 millions) coûteront 830 millions par année.

Précisément, la concrétisation des promesses prises par le PLQ entraînera des dépenses supplémentaires de 9,7 milliards d’ici le printemps 2023.

Le cadre financier du PLQ inclut aussi les coûts du service de la dette liés à l’ajout de projets ― d’agrandissement et de rénovation d’écoles, par exemple ― totalisant 10 milliards $ au Plan québécois des infrastructures (PQI) 2019-2029.

«Notre cadre financier est complet. Il intègre la totalité des engagements de notre parti ainsi que leurs effets sur les revenus et les dépenses. Il est aussi équilibré», a fait valoir le chef libéral dans un point de presse dans le centre-ville de Montréal, mardi. «Il ne repose pas sur d’hypothétiques économies de dépenses de 4 milliards », a-t-il poursuivi, faisant allusion à la volonté de la Coalition avenir Québec de retrancher 4 milliards $ dans les dépenses «administratives» de l’État.

Le PLQ compte quant à lui dégager des économies additionnelles de 100 millions en 2019-2020, de 150 millions en 2020-2021 et de 250 millions en 2021-20221 en prenant de nouvelles «initiatives qui visent à rendre le fonctionnement de l'État plus efficace et plus performant».

Plancher à la croissance des dépenses

Le PLQ prévoit une croissance des dépenses minimale de 4,2 % par année en santé et de 4 % par année en éducation. Le réseau de l’éducation ne se verra «jamais» accorder «moins que la croissance globale des dépenses de programme», a soutenu M. Couillard, tout en promettant de maintenir l’équilibre budgétaire.

Le PLQ mise sur les «nouvelles marges de manoeuvre» de 950 millions par année et une hausse des revenus autonomes de l'État ― qui excluent les dividendes des sociétés d'État et les transferts fédéraux ― due à une croissance économique soutenue pour concrétiser ses engagements.

D'ailleurs, le PLQ a relevé ses prévisions de croissance économique, en haussant de 0,2 point de pourcentage la croissance du produit intérieur intérieur brut (PIB) réel, qui était prévue dans le rapport préélectoral pour l'année 2018. Cette hausse se traduira par des revenus supplémentaires de quelque 200 millions, estime le PLQ.

«L’année 2018 a commencé en force. Après cinq mois, la croissance affichait un rythme annuel de 3,2 %, loin devant la projection de 2,1 % figurant au budget 2018-2019. Et on croit que la croissance économique va demeurer ferme dans les années à venir, même s’il existe des facteurs de risque», a souligné M. Couillard, entouré de Carlos Leitao et Dominique Anglade. Le premier ministre a pointé la rhétorique protectionniste adoptée par le président des États-Unis, Donald Trump, et la pénurie de main-d’oeuvre au Québec.

Le PLQ mise sur une croissance du PIB réel de 1,8 % en 2019, 1,6 % en 2020, 1,4 % en 2021 et 1,4 % en 2022. c'est 0,1 point de plus que les prévisions prévues en juin dernier. Les nouvelles prévisions demeurent «prudentes et inférieures à celles du secteur privé», souligne le PLQ.

Malgré cela, le PLQ table sur une croissance économique inférieure à celle anticipée par la CAQ. En effet le parti politique de François Legault table sur une hausse du PIB de 1,8 % en 2021 et 2022.

La valse des promesses n’est pas terminée pour le PLQ. L’équipe de Philippe Couillard dévoilera de nouveaux engagements d’une valeur de 338 millions sur cinq ans d’ici au jour du scrutin.

Interrogé à L’Assomption, François Legault a dit voir dans le cadre financier des libéraux un document « non responsable » et « beaucoup moins conservateur que la CAQ ». « Nos prévisions et réserves, au total, c’est 9,4 milliards, a-t-il mis en relief. Eux, c’est seulement 8 milliards. Ils dépensent donc 1,4 milliard [de plus]. Ils disent avoir 2,4 milliards de dépenses, mais il y a d’autres dépenses cachées dans le cadre ».

« Consternation », « doigt d’honneur », « tricherie » : le Parti québécois s’est montré insulté par le cadre financier libéral, et surtout par ses divergences avec le rapport préélectoral de la vérificatrice générale.

« Il me semble qu’on s’était entendus pour donner toute sa valeur au rapport préélectoral de la vérificatrice générale. […] Que tout le monde partait donc sur ces mêmes bases », a lancé Véronique Hivon. « Les libéraux ont décidé d’enlever les lunettes sérieuses et rigoureuses de la vérificatrice générale pour mettre des lunettes roses, comme la CAQ la semaine dernière. »

Son collègue Nicolas Marceau en a ajouté. « Les revenus autonomes diffèrent de ce qu’il y avait dans le rapport de la vérificatrice générale de rien de moins que 1,5 milliard de dollars à l’année 4. Pour la CAQ, c’est 700 millions », a-t-il relevé.

Pour le PQ, pas de doute : le cadre financier libéral annonce le retour certain à l’austérité.

« On voit en 2018-2019, la variation des dépenses de 6,3 %. Ça, ça veut dire : « comment faire pour donner un maximum de bonbons électoraux » », a déclaré Véronique Hivon, en ajoutant que dès l’année suivante, cette variation redescend à 2,6 %. « Il n’y a pas plus cynique que ça », a-t-elle laissé tomber.

Avec Guillaume Bourgault-Côté et Marie-Michèle Sioui