Legault vante son plan de réduction de l’immigration auprès des minorités

L’opération s’inscrivait dans le fil narratif d’une campagne où François Legault met en avant la nécessité pour le Québec de réduire de près de 23% le nombre d’immigrants accueillis au Québec dès 2019.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’opération s’inscrivait dans le fil narratif d’une campagne où François Legault met en avant la nécessité pour le Québec de réduire de près de 23% le nombre d’immigrants accueillis au Québec dès 2019.

François Legault a reconnu lundi qu’il y a du « travail à faire » pour vendre aux électeurs des communautés culturelles son plan de diminution des seuils d’immigration. Et il s’y est attelé en soirée en plein coeur de Montréal-Nord.

« On a un adversaire qui répand des faussetés sur nos positions, qui nous traite d’intolérants, alors que ce qu’on veut, c’est au contraire de mieux accueillir les immigrants, a mentionné le chef caquiste au terme d’un rassemblement partisan inédit pour la CAQ à Montréal. Il y a du travail à faire, [surtout que] les libéraux font de la désinformation depuis longtemps. »

Entouré de quelques dizaines de candidats — dont cinq d’origine haïtienne —, François Legault a livré un court discours devant une foule bigarrée (peut-être 200 personnes) réunie dans Bourassa-Sauvé, où 42 % de la population est immigrante.

Il a abordé de front la question de l’immigration, qui s’est imposée comme le thème central de la campagne depuis quelques jours — jusqu’au chef libéral Philippe Couillard, qui l’a présentée lundi comme la « question de l’urne ».

« Ce qu’on veut, c’est une immigration réussie, a dit François Legault à la foule. Quand on accepte un immigrant, on veut qu’on s’en occupe : en prendre moins, en prendre soin. »

Sa candidate Julie Séide a pour sa part fait valoir que « les immigrants ne sont pas de la main-d’oeuvre étrangère bon marché ». « Pour pouvoir s’intégrer dans la grande famille québécoise, il faut une langue commune, et c’est le français. C’est pour cela que la francisation est si importante », a lancé Mme Séide, qui a présenté la CAQ comme le parti de « l’inclusion ».

Promesse phare

L’opération s’inscrivait dans le fil narratif d’une campagne où François Legault met en avant la nécessité pour le Québec de réduire de près de 23 % le nombre d’immigrants accueillis au Québec dès 2019, pour un total de 40 000 personnes. C’est l’une des promesses phare de M. Legault, qui fait valoir que le Québec a « dépassé sa capacité d’intégration ».

Une jeune femme de Montréal-Nord venue l’entendre n’était pas d’accord. « Je suis là par curiosité, mais aussi parce que ça me dérange », a-t-elle dit au Devoir sous le couvert de l’anonymat. « Cette idée d’un quota, et le discours sur l’intégration, ça me donne l’impression qu’il s’attaque aux immigrants sans le dire. C’est dans le sous-texte. »

D’autres étaient plus enthousiastes. « Pour moi, c’est un bon point de dire qu’on ramène ça à 40 000 personnes, mais qu’on les intègre mieux, indiquait Evens Abellard, un militant d’origine haïtienne. Sinon, on les perd. Le but, c’est que les gens soient bien intégrés, qu’ils se sentent bien, et utiles. Mais c’est un message qui doit être expliqué, c’est sûr. »

Plus tôt dans la journée, le candidat caquiste dans Taillon, Lionel Carmant, reconnaissait qu’il y a des réticences à vaincre… et des explications à donner. « Tout ce qu’on dit [publiquement], c’est qu’on veut diminuer [les seuils]. Mais ce qu’on veut, c’est améliorer l’intégration. Ensuite, on va pouvoir augmenter. Je donne toujours exemple du restaurant : on a un super restaurant, il a 200 places mais on a juste cinq serveurs. Moi, après 30 minutes, je m’en vais, je pars en Ontario ou en Colombie-Britannique. Là il faut qu’on diminue vers un plus petit restaurant où les gens vont rester. »

Mais la métaphore culinaire a ses limites : celles de la « résistance au changement », notait M. Carmant. « Ce sont des familles qui votent libéral depuis des générations… »

Philippe Couillard évoque une hausse des seuils

Le chef du PLQ, Philippe Couillard, a évoqué lundi une hausse du nombre d’immigrants à admettre au Québec pour pallier le problème de pénurie de main-d’oeuvre, sans toutefois la chiffrer. « La question de l’élection, […] ce n’est pas d’augmenter, c’est de porter un jugement sur ceux qui veulent diminuer, c’est ça la question de 2018 », a-t-il fait valoir, montrant du doigt la proposition de la CAQ de resserrer le contingent d’immigrants admis. M. Couillard reste pour sa part muet sur les seuils d’immigration qu’il privilégie. « La pire chose qu’on pourrait faire pour l’acceptation sociale ou l’harmonie sociale avec l’immigration, c’est d’augmenter les chiffres sans avoir déployé en même temps les mesures d’intégration et de francisation », a-t-il soutenu. Marco Bélair-Cirino