Soins à domicile: la CAQ promet une politique nationale et 200 millions par an

Le chef de la CAQ, François Legault, en visite dans une résidence pour personnes âgées de Châteauguay
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le chef de la CAQ, François Legault, en visite dans une résidence pour personnes âgées de Châteauguay

Ajouter 800 millions dans les soins à domicile, développer la « gériatrie sociale », mettre à jour la politique nationale sur les soins à domicile : François Legault a juré lundi de réellement opérer le « virage » souvent évoqué pour permettre aux aînés de rester dans leur maison.

« On va respecter notre engagement, a-t-il dit depuis Châteauguay. En ajoutant 200 millions dès l’an prochain, ce sera la plus grosse augmentation annuelle qu’on [aura] vue. Parce qu’on a vu beaucoup de discours, mais peu d’augmentations » dans le passé.

M. Legault a fait valoir que « c’est toujours tentant pour les gouvernements d’aller mettre de l’argent dans les urgences, parce qu’on parle des urgences dans les journaux. Mais on oublie que, si on veut moins de gens dans les urgences, il faut une première ligne forte. »

Donc : les 200 millions annuels viendraient gonfler d’environ 10 % l’enveloppe totale actuelle de dépenses en soutien à domicile (2 milliards en 2016-2017, en comptant les dépenses liées aux crédits d’impôt).

La somme promise est identique à l’engagement des libéraux durant cette campagne… et un peu moins généreuse que ce que les péquistes ont intégré à leur plateforme — dans leur cas, la répartition se ferait toutefois différemment : 100 millions la première année, 200 millions la deuxième, etc. Cela dit, les limites de ce que chaque parti définit comme soutien à domicile, ou ce qu’ils intègrent dans leurs promesses, varient passablement.

La CAQ estime que l’investissement permettra aux « CLSC d’embaucher davantage de ressources professionnelles pour offrir des soins en plus de soutenir les aînés qui doivent s’offrir des services d’aide à la vie domestique ».

Appels automatisés

Quant à la mise à jour de la politique nationale sur les soins à domicile, la CAQ vise plusieurs objectifs :

 
  • protéger l’enveloppe budgétaire prévue pour le maintien à domicile, pour éviter que ce budget soit utilisé à d’autres fins ;
  • réviser le mode de rémunération des médecins de famille (une promesse que la CAQ a déjà présentée il y a une dizaine de jours). On met en avant qu’un mode de rémunération mixte, où la prise en charge de patient est récompensée, permettra de valoriser le travail des médecins qui font davantage de soins à domicile ;
  • adopter un système d’appels automatisés pour les aînés isolés, de manière à détecter des urgences. Dans les faits, un tel système existe déjà (programme PAIR, par exemple), et propose des appels quotidiens pour s’assurer que la personne va bien. Si la personne ne répond pas, ou n’appuie pas sur une touche, un répartiteur contacte un répondant.
 

Concernant ce dernier point, la candidate Marguerite Blais — qui est devenue la porte-parole de la CAQ pour ce qui touche les aînés — a fait valoir qu’il est « essentiel de briser l’isolement social des aînés ».

« La gériatrie sociale [sorte de pendant de la pédiatrie sociale] est une des façons de faire, pense-t-elle. On parle aussi d’augmenter le nombre de travailleurs du milieu — de HLM, de rues, de rangs, qui sont vraiment en première ligne et capables de frapper aux portes, de voir s’il y a de la nourriture dans le frigo, s’il y a une situation précaire. » Et, bien sûr, d’être en « contact direct avec le CLSC ».

Mme Blais et M. Legault ont tous deux fait référence à l’enquête ouverte au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal la semaine dernière, à la suite du décès de deux personnes âgées qui ont été retrouvées dans leur domicile d’Anjou. Elles bénéficiaient de soins de la part de ce Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux, mais leur décès n’a pourtant été constaté qu’après près d’un mois. Un « cas pathétique », a ajouté Danielle McCann, qui serait vraisemblablement ministre de la Santé dans un gouvernement Legault.

Ouverture au privé

Alors qu'on lui demandait si le secteur privé pourrait être appelé à jouer un rôle dans les soins et services offerts (notamment pour fournir du personnel), M. Legault a rappelé qu’il « y a déjà du privé subventionné dans les CHSLD, ou les cliniques de médecin de famille ».

« On n’est pas dogmatiques, a-t-il ajouté. Ça peut être le public ou le privé, pourvu que les gens puissent payer avec leur carte d’assurance-maladie. C’est ça qui est important : que ce soit gratuit pour la population. Mais que le service soit donné par privé ou le public, on est ouvert à [choisir] ce qu’il y a de plus efficace pour les citoyens ? »

Des entreprises d’économie sociale et des prestataires privés fournissent déjà du personnel en soutien à domicile aux établissements de santé dans certaines régions, surtout dans le domaine de l’aide à la vie domestique.