Des souris et des ânes

En temps d’élection, l’idée très valorisée de la transparence laisse à penser que chaque tête choisie pour plonger dans la piscine électorale au nom d’un parti doit pouvoir souffrir de se montrer nue sans faire rougir personne. Le profil de chaque candidat, assurent volontiers les partis, est limpide, à l’image en quelque sorte du message qu’ils veulent faire miroiter à la surface électorale.

La transparence est aujourd’hui une idée qui est tenue pour aller de soi. Du moins jusqu’à la découverte d’histoires plus ou moins secrètes qui nous révèlent des souris et des ânes.

Ces derniers jours, le PQ et la CAQ ont dû péniblement expliquer en quoi leur système de vérification de l’intégrité de leurs candidats pouvait être aussi déficient. À l’évidence, s’en remettre à la seule façade peut encore et toujours constituer un trompe-l’œil fâcheux. La façade percée, il n’en faut pas beaucoup parfois pour que l’eau de la petite piscine électorale apparaisse soudain brouillée.

La CAQ a ainsi dû vite jeter par-dessus bord son candidat de Saint-Jean, Stéphane Laroche, présenté jusque-là avec emphase par le parti comme «un gestionnaire altruiste et généreux». Le bar dont il était propriétaire enfreignait pourtant la Loi sur l’équité salariale entre les hommes et les femmes. Il avait de surcroît été reconnu coupable plus d’une fois de servir de l’alcool à des mineurs. Pour célébrer la fête de la Saint-Jean, le lieu en question avait par ailleurs engagé un nain au bénéfice d’une douteuse fête dite de la «Nain-Jean-Baptiste». Mais l’attaché de presse de la CAQ a tenu à assurer les électeurs — peut-être pour rassurer quant à la grandeur de la transparence — que «le nain a été bien traité» et qu’«il a été payé».

La CAQ a aussi dû laisser couler son président, Stéphane Le Bouyonnec, montré du doigt depuis un moment parce que son nom était associé à une entreprise de prêts à des taux usuraires. Et puis, du côté de l’argent toujours, il y a eu l’affaire Éric Caire. Cette tête d’affiche du parti avait négligé de signaler avoir emprunté de l’argent à un maire de sa propre circonscription.

On se souviendra aussi du cas, à l’élection précédente, de ce candidat de la CAQ dans Rimouski qui aimait se montrer nu sur les réseaux sociaux, un écran devant lequel le parti n’avait vu que du feu.

Au PQ, après avoir convenu qu’il fallait se débarrasser de Muguette Paillé, ce fut au tour de Pierre Marcotte, il y a quelques jours, de se voir montrer la porte de sortie pour ses propos tenus à l’égard des musulmans. Personne apparemment n’avait remarqué ces dérapages aussi gonflés que répétés. Dans la même vague, la candidate Michelle Blanc s’est aussi fait taper sur le nez.

Quand quelques candidats boivent ainsi la tasse, le public se trouve toujours quelque peu étonné de voir que les garanties d’intégrité offertes par les partis à l’égard de leurs propres commettants sont si pauvrement assurées.

Depuis les Confessions de Jean-Jacques Rousseau (1782), immense succès qui modifie les consciences et la sensibilité, le public tient de plus en plus pour naturel le fait qu’un individu s’ouvre tel un livre. De là à devoir tout savoir de quelqu’un? Certainement pas.

Mais tous se sentent volontiers échaudés quand la profondeur d’un monde électoral se trouve ainsi réduite à des reflets qui se révèlent à ce point trompeurs. Comment rendre les choses plus transparentes?

Regarder la réalité en face fait souvent mal. Alors, on l’envisage de biais. C’est l’oblique que prennent souvent les partisans. Un chemin qui conduit tout droit à la partisanerie. Là où, précisément, on oublie un peu trop facilement que, dans l’alchimie de la vie, la transparence reste un élément vital.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 septembre 2018 03 h 56

    Ne pas distraire des enjeux fondamentaux

    Les mini-scandales en période électorale sont souvent une forme de pollution journalistique.

    Les véritables enjeux d’une élection sont les orientations des partis politiques et les mesures qu’ils comptent mettre en place s’ils sont élus.

    J’apprécie lorsque les journaux évaluent coûts, estiment le caractère irréaliste de certains engagements ou soulignent la récurrence de promesses auxquelles on ne donne jamais suite.

    Mais l’emphase donné au passé imparfait de futurs députés d’arrière-plan est une distraction des véritables enjeux. Lorsqu’il s’agit de candidats ministrable, c’est une autre affaire, évidemment.

  • Serge Pelletier - Abonné 8 septembre 2018 06 h 45

    Ouais...

    Effectivement, tout est transparence. Le problème, c'est que la nuit noire. Conséquemment, tout est noir.

  • Marc Therrien - Abonné 8 septembre 2018 12 h 23

    Dans le monde l'opacité, choisir de mettre en lumière une chose pur mieux en garder une autre dans l'ombre.


    Quand je pense à Albert Camus qui disait que «tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu’il faut», je considère que l’envers de la transparence participe aussi à la vitalité de l’alchimie de la vie qui, on le sait bien depuis Héraclite, trouve son unité dans la dualité avec, entre autres, ce jeu d'ombre et de lumière.

    Car depuis notre toute petite enfance, à l’époque où nous avons appris à parler, ne nous a-t-on pas enseigné que «toute vérité n’est pas bonne à dire» et montré comment dissimuler nos sentiments réels pour ne pas blesser autrui ou perturber l’ordre établi dans notre famille et entourage? Le mensonge et la dissimulation sont des outils de cohésion sociale si bien que parmi les éléments de l’éthique politique qui sont à perfectionner, il y a celui du mensonge. Pour paraphraser Gustave Le Bon, qu’il nous suffise d’imaginer l’enfer que deviendrait ce monde si on bannissait l’hypocrisie qui gouverne les hommes depuis toujours.

    Marc Therrien

  • Denis Paquette - Abonné 9 septembre 2018 11 h 28

    quel orgueuil mal placé

    si ce n'était que de mentir ce serait a demie mal mais mon opinion est que c'est surtout qu'une forme de naiveté, en fait que savons d'autre que le fait que nous ne savons presque rien des sumériens qui ont presque tout inventés quel orgueuil mal placé, avoir la prétentionn de tout connaitre tandis que nous n'en savons presque rien