La CAQ pourrait couper le tiers des immigrants économiques

Sous un gouvernement Legault, le Québec pourrait accueillir près de 40% d’immigrants économiques en moins qu’actuellement, estime François Legault.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sous un gouvernement Legault, le Québec pourrait accueillir près de 40% d’immigrants économiques en moins qu’actuellement, estime François Legault.

Sous un gouvernement Legault, le Québec pourrait accueillir près de 40 % d’immigrants économiques en moins qu’actuellement, a indiqué le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) jeudi matin.

« Ça se pourrait », a fini par lâcher M. Legault en point de presse à Montréal.

Quoi donc ? Que si le fédéral dit non à sa demande de baisser d’environ 20 % le nombre d’immigrants dans les deux catégories qu’Ottawa contrôle — les réfugiés et la réunification familiale —, Québec pourrait devoir concentrer dans une seule catégorie (l’immigration économique) l’ensemble de la diminution des seuils d’immigration.

Et c’est précisément ce qui arrivera, a prédit le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. « Parce qu’il n’y a aucun scénario où Justin Trudeau, ou Andrew Sheer ou Jagmeet Singh va donner plus de pouvoir au Québec en immigration dans les 4, 8 ou 12 prochaines années », a-t-il statué, lors d’un point de presse à Sorel-Tracy. « Aucun scénario, ça n’arrivera pas. C’est politiquement suicidaire dans le reste du Canada. »

François Legault dit « qu’idéalement », les 12 000 immigrants qu’il veut retrancher au flot annuel actuel (la CAQ ferait passer dès 2019 le seuil d’immigration de près de 52 000 nouveaux arrivants à 40 000) seraient répartis dans les trois catégories existantes.

Mais il a reconnu que « légalement, le Québec a compétence sur l’immigration économique [seulement] ». Et qu’Ottawa pourrait dire non, ce qui le forcerait à concentrer sa baisse sur les immigrants économiques.

Sauf que M. Legault estime qu’un refus d’Ottawa relève de « l’hypothèse ». « Il faut se parler de politique. Je pense qu’il y a une grande majorité de Québécois qui souhaite qu’on réduise le nombre d’immigrants temporairement. M. Trudeau s’en va en élection, il n’aura pas le choix d’accepter les propositions du Québec », croit-il.

M. Lisée a présenté une tout autre vision des choses. « [François Legault] a dit qu’il voulait que des conditions de connaissance du français soient appliquées au regroupement familial — et je ne sais pas pourquoi, parce qu’il ne les applique pas aux autres. Eh bien, il y a juste une façon de modifier les critères du regroupement familial, et c’est de faire l’indépendance du Québec ! » a-t-il scandé.

Ailleurs dans le monde, les critères d’accueil pour le regroupement familial sont plus sévères pour les personnes en âge de travailler, a reconnu le chef Lisée.

« [Mais] nous, on n’a pas le droit de le faire », a-t-il ajouté. « Pourquoi ? Parce qu’on est une province du Canada. Alors si M. Legault pense que c’est important, eh bien... qu’il vote PQ ! »

Dans les faits, M. Legault demande au fédéral de céder à Québec la gestion du programme de réunification familiale. Il aimerait que ces immigrants soient assujettis aux mêmes règles que ce qu’il veut imposer aux immigrants économiques : qu’ils apprennent le français dans un délai de trois ans (sauf pour ceux qui sont plus âgés).

Français ou compétences ?

Autrement, M. Legault a réitéré une position expliquée en décembre dernier : à savoir que la CAQ pense que le premier critère de sélection des immigrants devrait être leur capacité à intégrer le marché du travail, et non leur connaissance du français.

N’est-ce pas paradoxal, alors qu’il disait jeudi que le volume d’immigrants qui arrivent au Québec et qui ne parlent pas français représente à terme un « risque » pour la survie du français ? M. Legault ne le pense pas.
 

« Ce qu’on dit, c’est qu’on veut mettre plus de poids, dans le choix des immigrants, pour qu’ils répondent aux besoins du marché du travail au départ [dès leur arrivée]. Par contre, on veut ajouter une condition qui se passerait sur trois ans, celle de réussir un examen de français. »

« Ce que ça permet, poursuit-il, c’est que des ingénieurs, des postes très spécialisés… C’est d’amener rapidement ces gens au Québec. Et ensuite, qu’ils puissent profiter des cours de français gratuits. Qu’on leur donne trois ans pour apprendre le français. Ça va permettre de mettre davantage l'accent sur les qualifications et sur [la nécessité] de répondre aux besoins du marché du travail. »

Il a critiqué au passage son adversaire péquiste, Jean-François Lisée. « Quand il dit qu’on est prêts à accepter 40 000 nouveaux immigrants qui ne parlent pas français, il sait très bien que c’est faux. Il sait très bien qu’on ne donnera pas la citoyenneté tant qu’ils n’auront pas réussi le test [de français et de connaissance des valeurs]. Mais l’approche de M. Lisée, c’est qu’on va se priver de beaucoup d’employés qualifiés qui seraient d’accord pour venir ici et pour apprendre le français. »

Avec Marie-Michèle Sioui