Immigration: Legault joue la carte de l’identité

«Je pense que les Québécois, comme nation, ont le droit de contrôler un peu mieux leur immigration», a affirmé le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Je pense que les Québécois, comme nation, ont le droit de contrôler un peu mieux leur immigration», a affirmé le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Le volume d’immigrants qui entrent au Québec sans parler français représente une menace potentielle à l’identité québécoise, a soutenu jeudi François Legault — qui a du même coup lancé un appel au vote nationaliste pour contrer les libéraux.

« À 50 000 [immigrants] par année, c’est un demi-million sur dix ans, a-t-il soumis jeudi en point de presse. Si ces gens-là n’apprennent pas le français, et 59 % ne parlent pas français quand ils arrivent, et qu’ils s’installent tous à Montréal, il y a un risque effectivement [pour l’identité]. Le français sera toujours vulnérable. Et c’est la responsabilité du premier ministre de protéger le français. »

Invité à préciser ce qu’il craint plus particulièrement, il a évoqué la peur « que nos petits-enfants ne parlent plus français. Je ne voudrais pas avoir à me reprocher ça. Le Québec, entouré de centaines de millions d’anglophones, sera toujours dans une position vulnérable. »

C’est la première fois que M. Legault associe son plan en immigration à une défense de l’identité québécoise durant cette campagne. Et il l’a fait lors d’un point de presse où il a aussi explicitement demandé aux électeurs nationalistes de se tourner vers la Coalition avenir Québec (CAQ).

« C’est une lutte à deux, tous les spécialistes le disent, entre la CAQ et les libéraux, a-t-il soutenu. Donc, ceux qui sont nationalistes, vous avez le choix de voter pour un parti à genoux devant le fédéral ou un parti nationaliste qui va défendre le Québec. »

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, n’en revenait pas, en soirée. « C’est incroyable, ce que M. Legault a dit aujourd’hui, que l’immigration est un danger pour la langue française. » Selon M. Lisée, François Legault « fait ça tout croche. Il dit : “Je veux avoir 40 000 immigrants par année qui ne parlent pas français au point d’entrée.” Mais c’est la pire menace pour le français. Nous, on veut les faire rentrer et qu’ils parlent français ».

Dans les faits, M. Legault ne propose pas d’accueillir 40 000 immigrants non francophones. Mais il est vrai qu’il a soutenu en décembre que le Québec a accordé « trop d’importance à la connaissance du français » dans le processus de sélection des immigrants, et que « le premier, peut-être même le seul » critère d’accueil devrait être lié à la capacité de répondre aux besoins du marché du travail.

La CAQ propose une diminution de plus de 23 % du nombre de nouveaux arrivants accueillis dès 2019, parce que le Québec aurait « dépassé sa capacité d’intégration. » Le parti veut aussi imposer des examens de français et de connaissance de valeurs québécoises après un certain temps passé au Québec, en plus de démontréaliser le point de chute des immigrants.

M. Legault a réitéré jeudi ses critiques contre le programme de réunification familiale, qui fournit environ 20 % des immigrants accueillis au Québec et qui est géré par le fédéral. « Il n’y a aucune exigence concernant l’apprentissage du français, aucune exigence concernant le respect de nos valeurs, a-t-il dit. Je pense que les Québécois, comme nation, ont le droit de contrôler un peu mieux leur immigration. Et ce n’est pas seulement le Québec qui est dans cette position. En Europe, tous les pays se demandent comment protéger leur identité. »

65 ans

Plus tôt dans la journée, M. Legault avait révélé un autre détail méconnu de son plan en immigration : celui voulant qu’il n’exigera pas des immigrants de plus de 65 ans qu’ils réussissent le test de français que la CAQ veut imposer à tous les nouveaux arrivants après trois ans.

« Pour les parents [accueillis par le programme de réunification familiale], disons de plus de 65 ans, je peux comprendre qu’ils ne parlent pas français. Mais on doit exiger que les autres [membres de la famille qui viennent] apprennent le français, qu’ils trouvent un emploi. »

Mais le seuil de 65 ans serait en réalité une cible… flexible : « c’est une question de jugement », a dit M. Legault avant d’enchaîner sur le besoin, pour l’État, de ne pas « tout mettre dans des règles et des lois ». « On a le droit encore de se servir du gros bon sens. Pour une personne âgée, c’est plus difficile d’apprendre le français. Il faut être souple, être capable d’être humain là-dedans. »

Couillard Sept Heures

Le chef libéral, Philippe Couillard, n’a pas réagi à la sortie de M. Legault en soirée. Mais il avait plus tôt dans la journée déjà égratigné le plan d’immigration de la CAQ. « D’une part, il ferme la porte d’entrée [aux] travailleurs de l’extérieur, estime-t-il. Il ouvre la porte de l’expulsion avec ses tests et, en même temps, il est prêt à briser des familles : quelle vision sociale extraordinaire ! » a-t-il lancé jeudi matin.

« Le Bonhomme Sept Heures est encore ressorti aujourd’hui, a rétorqué François Legault. Il essaie de faire peur aux gens. Personne ne veut briser des familles au Québec. »

Avec Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui

Travailleurs étrangers temporaires: Philippe Couillard presse Ottawa

Philippe Couillard presse le gouvernement fédéral de corriger au plus vite les lacunes du Programme des travailleurs étrangers temporaires — ou de le transférer au Québec. « Ce programme-là doit être amélioré considérablement. Et s’il ne s’estime pas capable de le faire, ben, on va le faire nous-mêmes », a-t-il averti jeudi.

Le chef du Parti libéral du Québec a déploré les conditions que doivent remplir les propriétaires de petites entreprises — la boulangère qu’il a croisée sur la rue Saint-Jean à Québec, samedi dernier, par exemple — pour embaucher un travailleur étranger temporaire. « Il faudrait qu’elle [la boulangère] fasse elle-même une étude d’impact pancanadienne et qu’elle dépose 2000 dollars sans savoir d’avance le résultat de sa démarche. Il n’y a pas un petit entrepreneur qui va faire ça », a fait valoir M. Couillard. « Qu’il nous transfère le programme, on va le faire », a-t-il poursuivi.

Marco Bélair-Cirino

8 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 septembre 2018 04 h 12

    Le mirage caquiste

    La CAQ veut imposer des examens de français et de connaissance de valeurs québécoises après un certain temps passé au Québec, en plus de démontréaliser le point de chute des immigrants.

    L’imposition de la connaissance du français n’est possible qu’avant l’émission d’un certificat de sélection. C’est ce que suggère le PQ en prenant modèle sur ce qui se passe déjà en Grande-Bretagne.

    Dans ce pays, l’épouse qui ne parle pas anglais ne peut rejoindre son mari déjà citoyen britannique que si elle apprend l’anglais.

    La cour suprême de ce pays a déjà rendu une décision à ce sujet.

    Une fois qu’il est admis en sol québécois, la CAQ ne peut rien exiger d’un néoQuébécois. Cette impuissance est le prix du fédéralisme. Or la CAQ feint de l’ignorer.

    Elle prétend qu’elle pourra compter sur le gouvernement colonial canadian pour expulser les néoQuébecois qui auront pris racine au Québec, mais qui se seront anglicisés (comme le font déjà 60% des immigrants au Québec).

    Comment les partisans de la CAQ peuvent-ils croire une telle invraisemblance ?

    Paradoxalement, le seul parti politique québécois qui possède une politique migratoire capable de protéger le français en dépit de l’ordre constitutionnel canadian, c’est le PQ.

    Parce que le PQ sait par expérience qu’il ne différer la défense du français (qui recule au Québec d’un recensement à l’autre depuis des décennies) qu’en s’attelant à la tâche dans les plus brefs délais, sans attendre un référendum positif, ce qui peut être plus long que prévu.

    La CAQ a plutôt choisi de promouvoir des mesures qu’elle sait inefficaces dans le but de tromper les Québécois.

    Après 16 ans d’immobilisme libéral, la défense du français ne peut souffrir d’un autre 4 ans de laisser-faire caquiste.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 septembre 2018 09 h 58

      Pour les intéressés, voici l’hyperlien relatif à la décision de la Cour suprême de Grande-Bretagne au sujet de l’obligation pour un immigrant de connaître la langue du pays avant d’y mettre le pied :
      https://www.theguardian.com/law/2015/nov/18/immigrants-spouses-must-speak-english-before-entering-uk

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 septembre 2018 06 h 24

    … maintenant … !?!

    « Et c’est la responsabilité du premier ministre de protéger le français. » ; « Le Québec, entouré de centaines de millions d’anglophones, sera toujours dans une position vulnérable. » (François Legault, Chef, CAQ)

    Quelle déconcertante et surprenante déclaration-profession de foi à la québécoise !

    De cette étonnante déclaration, il est à souhaiter que la prochaine gouvernance du Québec soit appelée à :

    A : S’exprimer dans la Langue de Molière en tout temps-espace ;

    B : Nationaliser, sous réserve d’acquis, l’application de la Loi 101 sur tout Québec en termes de biens et services ;

    C : Vivre Québécois !

    Voilà …

    … maintenant … !?! - 7 sept 2018 -

  • Michel Lebel - Abonné 7 septembre 2018 06 h 36

    La droite

    C'était bien à prévoir que Legault enfourche à un moment donné le ''cheval'' de l'immigration. C'est fait, et si on se fie à ce qui se passe en Europe, ce ''cheval'' devient de plus en populaire chez les partis de droite. Inutile maintenant de toujours se demander où loge la CAQ. C'est désormais clair... et peu rassurant.

    M.L.

    • Jérémy Champagne - Abonné 7 septembre 2018 09 h 50

      Le programme de la CAQ est clair depuis un bon moment pour ceux qui ne se satisfont pas du relais des grands médias... Un libéral-conservatisme à la sauce québécoise : les migrants sont un problème, besoin de plus d'investisseurs, enrichissont les riches en espérant que les miettes retomberont sur les pauvres, etc.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 7 septembre 2018 07 h 11

    INTÉGRATION

    Il serait plus sage d'insister sur la nécessité d'avoir les moyens d'une « réelle » intégration des immigrantEs à la socité québécoise.
    Dans se contexte, la dimension identitaire ne se pose pas... réellement, elle se vie simplement.

  • Jean Lapointe - Abonné 7 septembre 2018 07 h 53

    François Legault semble ne pas se rendre compte qu'il se contredit.

    « le premier, peut-être même le seul » critère d’accueil devrait être lié à la capacité de répondre aux besoins du marché du travail.» a dit François Legault. Le moins qu'on puisse dire c'est que François Legault n'a pas les idées bien claires. Il veut plaire à tout le monde et il ne semble pas se rendre compte qu'il se contredit. Il n'est donc pas crédible et pas fiable parce que finalement on ne sait pas très bien ce qu'il ferait si par malheur il était élu pour gouverner le Québec.Ce serait catastrophique.

    Il modifie ses promesses en fonction des attentes des gens à qui il s'adresse.Ce ne sont pas des engagements fermes qu' il prend mais il fait plutôt de simples promesses souvent en l'air.

    Jean-François Lisée a le mérite lui d'avoir des idées claires. Il faudrait que les gens aient déjè une connaissance du français pour être acceptés d'ici l'indépendance.Cela irait de soi une fois le Québec devenu indépendant. Ce qui est important c'est que le français ne soit pas trop menacé au Québec tant et aussi longtemps qu'il ne sera qu'une province du Canada. C'est que, et c'est moi qui le dit là, la possibilité même de pouvoir faire du Québec un pays indépendant risquerait d'être très faible si tous les nouveaux arrivants ou presque se ralliaient aux anglophones du Québec au lieu de se rallier aux francophones.

    L'idée de faire du Québec un pays indépendant est une idée légitime.Ce n'est pas un sacrilège.Nous devrions donc tous voir à ce que cela puisse se faire en s'assurant que les conditions pouvant la permettre soient maintenues.François Legault nous a trahis en affirmant récemment qu' il ne voterait jamais en faveur de la souveraineté du Québec Il aurait même ajouté,si je ne m'abuse,qu'il ne devrait jamais être de nouveau question de demander à la population si elle la désire ou pas.Pour moi c'est de la lâcheté de sa part. Il s'est clairement positionné contre l'indépendance et on dirait qu'il serait même prêt à l'interdire s'il le pouvait.