Immigration: la CAQ baisserait les seuils dès 2019

Le chef de la CAQ, François Legault
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef de la CAQ, François Legault

Un gouvernement Legault baisserait dès 2019 les seuils d’immigration pour fixer à 40 000 le nombre d’immigrants qui seraient accueillis au Québec. François Legault a confirmé mercredi que la mesure ne sera pas progressive.

« On n’avait jamais pris position de façon claire à quel moment commencerait le 40 000, a dit le chef caquiste. Mais je vous l’annonce : en 2019, le seuil va être réduit à 40 000 immigrants. »

M. Legault parle d’une réduction de 20 % du nombre d’immigrants qui arrivent au Québec, mais ce serait plutôt une baisse de 23,5 % par rapport à 2017 (52 400 immigrants).

Et quels immigrants ne seraient plus bienvenus ? François Legault aimerait que la baisse soit proportionnelle dans les trois catégories d’immigrants (immigration économique, réunification familiale et réfugiés), mais reconnaît qu’il a peu de pouvoir de décision là-dessus.

« Nous ne contrôlons actuellement que l’immigration économique [environ 60 % du total des immigrants], mais nous avons déjà mentionné à plusieurs reprises notre volonté de négocier une entente avec Ottawa pour rapatrier la réunification familiale », a dit M. Legault.

Ce dernier estime que « la réunification familiale grossit très vite, et sans aucune condition. Ils arrivent ici, pas besoin de travailler, pas besoin de parler français. »

La réunification familiale serait donc un problème ? « Bien le nombre a beaucoup augmenté et on ne pose aucune condition, a-t-il nuancé. Ce que je souhaite, c’est que ce soit géré par Québec et qu’il y ait des conditions : être qualifié sur le plan économique, réussir un test de français, un test de valeurs. »

Et si Ottawa dit non merci ? François Legault retranchera-t-il vraiment 10 000 immigrants dans la seule catégorie de l’immigration économique — soit près du tiers du contingent ?

À cela, M. Legault a répondu qu’il « n’a pas encore fait » le décompte précis, « parce qu’on a besoin d’une négociation avec Ottawa ». Plus tard, son équipe a envoyé un courriel aux médias en disant qu’« idéalement, la diminution de 10 000 immigrants se ferait en gardant les mêmes proportions qu’actuellement entre les trois catégories ».

M. Legault estime que la diminution des seuils d’immigration est nécessaire parce que le Québec aurait « dépassé sa capacité d’intégration ». Il répète comme un mantra que « 26 % des [quelque] 50 000 immigrants quittent le Québec. On en perd 13 000. Et ceux qui restent ont un taux de chômage de 15 %. » Il rappelle aussi régulièrement que 59 % des immigrants qui sont arrivés l’an dernier ne parlaient pas français, « et qu’une majorité d’entre eux ne prendront jamais de cours ».

La réponse de Couillard
Pour Philippe Couillard, la CAQ s’est complètement discréditée en promettant de donner un coup de frein à l’immigration économique, a fait valoir le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard. « Pour cette seule raison […] la CAQ ne devrait pas être autorisée par la population à former le gouvernement », a-t-il déclaré en marge d’une annonce à Sherbrooke.

La CAQ commettrait une « erreur massive » en resserrant de quelque 10 000 personnes le nombre d’immigrants admis annuellement au Québec, et ce, à compter de 2019. « Promenez-vous partout au Québec […] quel est le problème économique le plus important au Québec actuellement ? Je ne l’invente pas. Tout le monde nous le dit : la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et moins qualifiée, partout, partout, partout ! L’immigration fait partie des solutions », a-t-il soutenu.

M. Couillard refuse de spéculer sur le nombre d’immigrants nécessaire au cours des prochaines années pour pallier la pénurie de main-d’œuvre, qu’il décrit comme « le principal défi économique du Québec ». Il s’est abstenu d’avancer un chiffre, même approximatif. « Ça pourrait être le même nombre, si on pense qu’on a besoin d’un an de plus, par exemple, pour bien stabiliser nos besoins et voir l’impact que ça a sur le terrain.

En tout cas, il ne faut pas diminuer, ça je peux vous le dire ! » s’est-il contenté de dire à la presse.

Chose certaine, le gouvernement intensifiera les mesures d’intégration et de francisation des nouveaux arrivants si le prochain ministre de l’Immigration propose de tirer vers le haut les seuils d’immigration avec l’accord l’Assemblée nationale, a insisté le premier ministre.

Philippe Couillard presse le gouvernement fédéral de corriger au plus vite les lacunes du Programme des travailleurs étrangers temporaires – ou de le transférer au Québec. « Ce programme-là doit être amélioré considérablement. Et s'il ne s'estime pas capable de le faire, ben, on va le faire nous-mêmes », a-t-il averti jeudi.
 

Le chef du Parti libéral du Québec a déploré les conditions que doivent remplir les propriétaires de petites entreprises  — la boulangère qu'il a croisée sur la rue Saint-Jean à Québec, samedi dernier, par exemple — pour embaucher un travailleur étranger temporaire. « Il faudrait qu'elle [la boulangère] fasse elle-même une étude d'impact pancanadienne et qu'elle dépose 2000 dollars sans savoir d'avance le résultat de sa démarche. Il n'y a pas un petit entrepreneur qui va faire ça », a fait valoir M. Couillard. « Qu'il nous transfère le programme, on va le faire », a-t-il poursuivi. 


 
Marco Bélair-Cirino