Un gouvernement péquiste financerait la hausse du salaire minimum

Le chef péquiste, Jean-François Lisée, était de passage à Matane lundi en compagnie des candidats Méganne Perry Mélançon et Pascal Berubé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef péquiste, Jean-François Lisée, était de passage à Matane lundi en compagnie des candidats Méganne Perry Mélançon et Pascal Berubé.

Le Parti québécois s’est dit prêt lundi à mettre sur pied un crédit d’impôt ou un « fonds de soutien » pour aider certaines entreprises qui auraient à composer avec la hausse du salaire minimum à 15 $, que le parti de Jean-François Lisée compte instaurer progressivement au cours d’un premier mandat.

À Matane, le chef péquiste a profité de la fête du Travail pour marquer ses distances avec son prédécesseur, Pierre Karl Péladeau, à l’origine d’une dizaine de lockouts depuis qu’il est à la tête de l’empire Québecor.

« D’autres ont d’autres histoires. Celle-ci est la mienne », a-t-il laissé tomber en anglais. « Je peux parler en mon nom. J’ai toujours été près des mouvements de travailleurs, des enjeux de travail et des enjeux sociaux. Je suis de Thetford Mines, une ville de travailleurs. Ces questions me sont chères [are very close to my heart] », a-t-il aussi déclaré.

Jean-François Lisée, dont les divergences d’esprit avec Pierre Karl Péladeau l’avaient poussé à qualifier ce dernier de « bombe à retardement » en 2014, avait tout récemment montré des signes d’ouverture envers le grand patron de Québecor, qui tergiversait sur la possibilité d’un retour en politique.

Lundi, il a insisté sur la proximité entre le PQ et les travailleurs en promettant de « mettre fin au scandale permanent du non-respect du salaire minimum ainsi que des heures supplémentaires et des congés non payés ».

« Je serai en bonne posture pour rétablir la justice au nom d’un quart de million de travailleurs au Québec qui se font voler de l’argent tous les mois. Je tiens profondément à corriger cette injustice, et ça en dit long sur moi et sur le Parti québécois », a-t-il répondu, toujours en anglais, à une question portant sur Pierre Karl Péladeau.

Des inspecteurs et de l’aide gouvernementale

Tableau noir à l’appui — dans une mise en scène qui n’était pas sans rappeler les efforts de René Lévesque pour expliquer la nationalisation de l’électricité —, Jean-François Lisée a détaillé le plan péquiste pour les travailleurs.

Au moyen d’inspections ciblées, son parti croit être en mesure de contraindre davantage d’employeurs à respecter la loi en payant leurs employés pour les heures supplémentaires et fériées qu’ils ont travaillées. « On peut décider que, pendant trois ou quatre ans, on va essayer de réduire ces infractions-là. Ça donne un signal aussi, parce que, pour l’instant, ils ont l’impression que c’est l’impunité », a déclaré le chef péquiste.

À son avis, nul besoin d’augmenter le nombre d’inspecteurs. « On pense qu’en redéployant les inspecteurs en disant : “maintenant, ça c’est une priorité”, il ne sera pas nécessaire d’[en] ajouter », a-t-il dit.

Quant au salaire minimum, sa hausse immédiate à 15 $ l’heure créerait du chômage à son avis. « Alors donc, on va le faire graduellement jusqu’à la fin du mandat, on va avoir un comité de surveillance de l’impact », a-t-il suggéré. « On va, au besoin, faire un fonds de soutien pour permettre cette transition-là à ceux qui sont les plus à risque. […] À mesure du besoin, on va mettre de côté des sommes pour amortir le choc, pour s’assurer qu’il y a de l’emploi pour tous. Ça peut être sous forme de crédit d’impôt, on va être inventifs, innovants, pour leur permettre de garder tous leurs emplois et que les gens sortent de la pauvreté à un salaire décent, sans perdre leur emploi, ce qui est l’objectif. »

QS promet 15 $ l’heure dès l'an prochain

Québec solidaire (QS) a également profité de la fête du Travail pour présenter son plan de transition pour augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure dès le 1er mai 2019. 

En tournée à Gatineau, QS a rappelé que, de l'autre côté de la rivière des Outaouais, en Ontario, le salaire minimum atteindrait bientôt 15 $ l’heure. 

« Les gens qui habitent près de la frontière se demandent pourquoi continuer à travailler ici, alors que, de l'autre côté, ils gagneraient plus cher », a fait valoir Gabriel Nadeau-Dubois, co porte-parole de QS. 

« Plusieurs prédisaient une catastrophe économique, mais plusieurs mois plus tard, quel est le bilan ? C'est que l'apocalypse économique que plusieurs présageaient n'a pas eu lieu », a-t-il souligné, ajoutant que le taux de chômage n'a pas augmenté depuis. 

QS a accusé le PQ d'être déconnecté de la réalité des travailleurs au plus bas de l'échelle. 

« Le PQ n'est pas assez branché sur les gens qui font actuellement 12 $ l’heure », a lancé Manon Massé, candidate solidaire au poste de première ministre.  

« Oui, ils vont augmenter [le salaire à 15 $ l’heure] dans quelques années, mais, dans les faits, quand tu travailles au dépanneur, que tu es caissière dans une grande surface, que tu fais le service au restaurant, ces 15 $ l’heure, tu en as besoin maintenant », a affirmé Mme Massé. 

Pour parvenir à augmenter le salaire à 15 $ l'heure, QS investira 100 millions de dollars par année, sur cinq ans, pour aider les employeurs à s'adapter. De ce montant, 60 millions seront consacrés à offrir des subventions aux PME que l'augmentation du salaire pourrait mettre en difficulté. Une enveloppe de 30 millions sera destinée aux organismes communautaires, puis une aide financière de 10 millions ira au secteur agricole. 

« Au bout d'une année, ce sont 5500 $ de plus dans le portefeuille de près d'un million de travailleuses et travailleurs », a fait valoir Manon Massé.