ALENA: le dernier mot revient aux producteurs

Les chefs Manon Massé (QS), Jean-François Lisée (PQ) et Philippe Couillard (PLQ) aux côtés de Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, avant un point de presse vendredi, à Longueuil. Le chef caquiste, François Legault, brillait par son absence.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les chefs Manon Massé (QS), Jean-François Lisée (PQ) et Philippe Couillard (PLQ) aux côtés de Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, avant un point de presse vendredi, à Longueuil. Le chef caquiste, François Legault, brillait par son absence.

Philippe Couillard a menacé son homologue fédéral, Justin Trudeau, de ne pas donner suite à un accord de principe sur un ALENA 2.0., auquel les Producteurs de lait s’opposeraient, lors d’une sortie commune des chefs de parti — sauf François Legault — au QG de l’Union des producteurs agricoles (UPA), vendredi.

« Rien ne serait déposé à l’Assemblée nationale pour nous déclarer liés à un traité qui ne serait pas reconnu comme acceptable par les producteurs et les transformateurs », a déclaré M. Couillard devant une nuée de caméras de télévision.

Le premier ministre sortant ignore toutefois, à ce moment-ci, si le Québec peut ignorer une nouvelle entente de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique. « Il y a des éléments qui sont de compétence exclusivement provinciale ou québécoise. Il y a des éléments qui sont de compétence mixte », a-t-il fait remarquer aux journalistes.

Le professeur à l’ENAP Stéphane Paquin explique que « l’Assemblée nationale se garde le pouvoir d’approuver [un accord conclu par le gouvernement canadien] avant de donner l’autorisation pour que le Conseil des ministres adopte un décret d’assentiment pour modifier les lois québécoises pour les rendre conformes aux traités ». « Ça veut simplement dire que le gouvernement du Québec pourrait choisir de ne pas mettre en oeuvre l’accord dans ses champs de compétence », résume le directeur du Groupe d’études sur l’international et le Québec (GERIQ).

Et si le gouvernement québécois refusait de mettre en oeuvre les dispositions d’un ALENA 2.0. ? « Ça serait très, très très paradoxal, parce que si [le Québec était] pris en défaut par les Américains qui porteraient plainte en vertu d’un chapitre 19 sur le non-respect de l’accord, c’est le gouvernement canadien qui devrait défendre les actions du gouvernement du Québec et il devrait même payer la compensation, s’il y en avait une à payer », répond M. Paquin.

Le gouvernement du Québec pourrait choisir de ne pas mettre en oeuvre l’accord [renégocié] dans ses champs de compétence

 

Quoi qu’il en soit, l’équipe de Justin Trudeau ne pourra ignorer un « non » du Québec à une éventuelle nouvelle entente de libre-échange, a fait valoir M. Couillard vendredi. « Il y a un poids politique majeur. On est la deuxième province la plus importante du Canada. Ce n’est pas mineur. Ce n’est pas un détail », a-t-il lancé.

L’UPA avait invité les chefs des quatre principales formations politiques à joindre leur voix à celles des producteurs agricoles québécois pour dissuader le gouvernement fédéral d’acquiescer à un affaiblissement du système de la gestion de l’offre dans la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Philippe Couillard, Jean-François Lisée et Manon Massé ont changé leur plan de campagne pour se rendre vendredi matin au siège de l’UPA, à Longueuil, mais pas François Legault. Le chef caquiste préférait demeurer au Saguenay, où l’autobus de campagne de la CAQ s’était arrêté jeudi soir.

Sylvie D’Amours, qui porte les couleurs de la Coalition avenir Québec dans Mirabel, s’est donc retrouvée sur la scène de la salle de conférence de l’UPA aux côtés des chefs libéral, péquiste et solidaire.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, qui avait plus tôt cette semaine invité ses homologues à signer une déclaration commune, s’est réjoui de la capacité des quatre formations politiques à s’unir exceptionnellement. « Le Québec est à risque aujourd’hui. La déclaration du premier ministre me réconforte […] Nous devons envoyer un message de très grande fermeté », a-t-il fait valoir.

La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé a renchéri. « Arrêtons de prendre l’agriculture comme continuelle monnaie d’échange. »

Brèche acceptable ?

Philippe Couillard s’en remet désormais aux producteurs de lait pour décider du sort réservé par le gouvernement québécois à un nouvel ALENA. « Rien ne sera acceptable pour le Québec qui n’est pas acceptable pour les producteurs et les transformateurs », a-t-il déclaré dans une mêlée de presse.

Le chef libéral écartait, jusqu’alors, la possibilité d’approuver une « brèche », aussi mince soit-elle, dans le système de gestion de l’offre. Mais vendredi matin, il a dit être disposé à entériner un compromis, pourvu qu’il soit préalablement approuvé par les producteurs et les transformateurs de lait québécois. « C’est la même chose », a fait valoir le chef libéral dans le hall d’entrée du siège de l’UPA. « Si les producteurs l’acceptent, c’est que ça marche. »