Le profit des patrons choque les chefs, sauf Couillard

Le gouvernement Couillard a volé au secours de l’entreprise en 2015, en injectant un milliard de dollars américains dans la poursuite du programme CSeries.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le gouvernement Couillard a volé au secours de l’entreprise en 2015, en injectant un milliard de dollars américains dans la poursuite du programme CSeries.

Le profit de 78 millions que toucheront les hauts dirigeants de Bombardier pour la vente d’une partie de leurs options sur actions est « choquant » et « indécent », selon les trois partis d’opposition à Québec. Philippe Couillard, lui, n’y trouve rien à redire.

« Les grandes compagnies mondiales cotées en Bourse ont des pratiques de rémunération qui sont [validées] par le conseil d’administration. C’est comme ça que ça marche », a réagi le chef libéral en point de presse jeudi.

François Legault, lui, s’est dit « choqué au plus haut point » devant les médias à Rivière-du-Loup. « On savait que M. Couillard n’était pas un grand négociateur, a-t-il dit. On s’est fait rouler dans la farine par Bombardier en n’investissant pas dans la compagnie mère, et on apprend ce matin que M. Couillard ne s’est pas assuré que les options des dirigeants de Bombardier ne pouvaient pas être exercées à court terme. »

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) estime que Québec aurait pu agir ainsi quand il a fait son investissement de 1,3 milliard dans l’avionneur en 2015. « Ils auraient pu dire qu’aucune option de dirigeant ne sera exerçable avant cinq ans. C’est une mesure qui est utilisée lorsqu’il y a des financements importants », a-t-il dit.

« Mais notre mauvais négociateur de premier ministre ne connaissait pas ça et a permis à des gens qui étaient sur le bord de la faillite il n’y a pas longtemps de faire 78 millions de profit en plus de leur salaire ! »

Au Parti québécois, Jean-François Lisée a parlé d’un « scandale permanent ». « C’est indécent. […] Mais dans quel monde vit-on ? » Le chef péquiste n’a toutefois pas voulu dire ce qu’un gouvernement péquiste ferait pour contrer cela, une annonce à cet égard étant prévue pour plus tard pendant la campagne.

Au nom de Québec solidaire, le député Gabriel Nadeau-Dubois a pour sa part enregistré une vidéo où il qualifie lui aussi d’« indécence » la situation de Bombardier. Il y rappelle que QS propose une « clause Bombardier », « qui dit que si on met de l’argent public dans une entreprise, les dirigeants ne peuvent pas gagner plus que trente fois le salaire de leur employé le moins bien payé ».

C’est Le Journal de Montréal qui révélait jeudi que les dirigeants de Bombardier ont transféré à un courtier en valeurs mobilières de Calgary quelque 30 millions d’options immédiatement exerçables, et cela, dans le but de revendre les actions acquises sur le marché en profitant de la forte hausse du cours de l’action.

Le Journal calcule qu’Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, devrait empocher 18,3 millions de dollars.