Journée de turbulences à la CAQ

Selon François Legault, la tolérance zéro s’applique à des situations plus équivoques concernant «l’octroi de contrat».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Selon François Legault, la tolérance zéro s’applique à des situations plus équivoques concernant «l’octroi de contrat».

Ce devait être une journée facile pour François Legault : parler d’entrepreneuriat et présenter son « escouade économique ». En lieu et place, le chef de la Coalition avenir Québec a passé la journée à défendre son « shérif », Éric Caire… tout en révisant deux fois l’ampleur de son escouade.

Celui qui incarnait le « laver plus blanc que blanc » prôné par la CAQ en matière d’intégrité — jusqu’à être surnommé le « shérif » du parti — s’est retrouvé sur les charbons ardents mercredi. La raison ? Un prêt consenti en 2017 par le maire de L’Ancienne-Lorette, une ville qui fait partie de la circonscription de M. Caire.

Le prêt de 55 000 $ a été accordé par Émile Loranger pour permettre à l’ex-conjointe de M. Caire d’acheter une maison, dans le contexte de la séparation du couple. Madame était chef de cabinet du maire Loranger.

L’offre d’achat sur la maison ayant été faite conjointement, Éric Caire a lui aussi bénéficié du prêt. Et il n’aurait pas dû, a tranché la commissaire à l’éthique et à la déontologie, Ariane Mignolet.

Dans une décision rendue le 17 avril 2018 — et dévoilée mercredi par la CAQ —, elle souligne que, considérant les fonctions d’Émile Loranger, « ce prêt personnel [le plaçait] dans une situation de conflit d’intérêts potentiel ».

Elle avait donné deux mois pour que M. Caire « mette fin à cette situation », ce que ce dernier a fait à la fin juin. Le député avait lui-même fait part de l’existence du prêt dans sa déclaration d’intérêt annuelle.

« Ce n’était pas une bonne idée, il aurait pu consulter le commissaire à l’éthique avant », a réagi François Legault en matinée, depuis Saint-George. « C’est une erreur parce qu’il y a apparence de conflit d’intérêts ». Mais M. Legault ne lui en tiendra pas rigueur : « non, il ne s’est pas écarté » d’un futur conseil des ministres, a-t-il précisé.

Le député a pour sa part fait valoir que la transaction s’est faite dans un « contexte particulier, avec quatre enfants auxquels on devait penser. Nous devions atténuer l’impact de la rupture » pour eux, a-t-il dit en point de presse.

Voulez-vous vraiment comparer un prêt entre amis et ce qui s’est passé au Parti libéral ? Voulez-vous vraiment comparer ça avec les centaines de milliers de dollars collectés illégalement au Parti québécois ?

 

Tolérance zéro ?

Mais cette situation ne met-elle pas à mal la politique de « tolérance zéro » en matière d’intégrité dans laquelle François Legault se drape régulièrement ? Pas du tout, a répondu M. Legault, cette fois depuis Montmagny.

« On a un ami qui donne de l’argent à un autre ami, et ça s’adonne que c’est le maire d’une circonscription. Il y a apparence de conflit d’intérêts, mais M. Caire n’a rien donné en échange. »

Selon François Legault, la tolérance zéro s’applique à des situations plus équivoques concernant « l’octroi de contrat ».

« C’est profiter d’un poste au gouvernement pour donner des contrats aux petits amis. La CAQ n’a jamais été au pouvoir. […] Voulez-vous vraiment comparer un prêt entre amis et ce qui s’est passé au Parti libéral ? Voulez-vous vraiment comparer ça avec les centaines de milliers de dollars collectés illégalement au Parti québécois ? »

Et pourquoi ne pas avoir divulgué la situation de M. Caire plus tôt, pour éviter que l’enjeu émerge en pleine campagne ? M. Legault était au courant depuis avril. Mais il estime que « comme ça a été réglé », il n’y avait pas lieu d’exposer la situation publiquement.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, n’est pas tout à fait de cet avis. « C’est celui qu’on a nommé le shérif de l’éthique de la CAQ. C’est celui qui donnait des leçons à tout le monde. […] Il est avéré qu’il s’est mis en conflit d’intérêts. Alors, je demande à M. Legault, qu’est-ce que ça veut dire, “zéro tolérance sur la question de l’intégrité”, à la CAQ ? Parce que pour l’instant, ça ne veut rien dire. »

Équipe élargie

Un autre couac a marqué la journée caquiste : celui entourant le dévoilement de l’équipe économique de M. Legault — qui se présente lui-même comme un futur « premier ministre économique ».

C’est que le communiqué de presse initial du parti présentait six candidats comme membres de l’escouade économique (MarieChantal Chassé, Pierre Fitzgibbon, Nadine Girault, Gilles Bélanger, Éric Girard et Joëlle Boutin).

Or, quand les médias ont souligné l’absence du (controversé) économiste Youri Chassin dans cette équipe, la CAQ a corrigé le tir : entouré des six candidats précités, M. Legault a dévoilé en point de presse une liste de… 35 noms. « Les six ne sont pas plus importants que les autres », a même précisé le chef, mettant de facto 29 % des candidats du parti dans le même panier.

M. Chassin fait donc partie de la liste des 35 — à laquelle on a d’ailleurs ajouté un autre nom plus tard pour arriver à 36. « Je me suis bien assuré avec Youri, avant de l’accepter comme candidat, que sur les dossiers importants sur lesquels on va travailler on est exactement sur la même longueur d’onde », a dit M. Legault.


Avec Isabelle Porter