Les observateurs politiques

Le Devoir s’est tourné vers quatre anciens politiciens de toutes allégeances pour connaître leurs impressions sur la campagne en cours. Aujourd’hui, l’ex-députée libérale Christiane Pelchat prend la parole. Propos recueillis par Magdaline Boutros.

Qu’est-ce qui retient votre attention, jusqu’à maintenant, dans la campagne ?

Aucun parti ne fait rêver les Québécois, surtout les jeunes. Aucun des partis ne nous a réellement présenté une vision claire pour le Québec d’aujourd’hui et de demain. Un cadre, un élément plus global qui aurait pu soutenir les programmes des partis politiques. J’aurais aimé, par exemple, qu’un chef nous dise qu’il veut bâtir un Québec de demain basé sur les principes du développement durable et de l’égalité des femmes. Il n’y a rien de très structurant dans toutes ces « mesurettes » qu’on nous annonce et qui ne semblent attachées à aucune vision globale.

Selon un sondage réalisé pour le compte du Devoir, les formations de gauche ne parviennent plus à courtiser les 18 à 34 ans. Pourquoi ?

Le Parti québécois et Québec solidaire ne parlent pas suffisamment aux jeunes. L’environnement est la priorité de nombreux jeunes. Ce qui est étonnant, c’est que je n’ai pas senti que le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec abordaient particulièrement ce thème. Je crois que plusieurs jeunes ont pu être échaudés par les positions identitaires que le Parti québécois a défendues dans les dernières années. Mais vraiment, je suis surprise que les jeunes ne votent pas plus massivement pour Québec solidaire.

Sur quel enjeu aimeriez-vous entendre les chefs dans les prochains jours ?

J’aimerais qu’ils me parlent d’égalité homme-femme. Avez-vous remarqué que le mot « femme » n’est pas prononcé dans les engagements des partis ? Pourtant, les allocations familiales proposées par la CAQ sont intéressantes pour les femmes. Pourquoi ne pas dire clairement : on va aider les femmes du Québec à travailler tout en ayant des enfants ? Pourquoi on ne dit pas qu’on cherche à améliorer la conciliation travail-famille pour favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes ? On a peur de parler d’égalité alors qu’on sait que les mesures de conciliation travail-famille permettent à plus de femmes d’investir le marché du travail, d’accroître leur autonomie financière et de diminuer leur taux de pauvreté. Et vraiment, j’aimerais que les chefs me fassent rêver !
 


Christiane Pelchat a été députée libérale de la circonscription de Vachon de 1985 à 1994. Elle a également été présidente du Conseil du statut de la femme et est aujourd'hui Fellow de l’Institut des études internationales de Montréal (UQAM).