Prêt controversé: Legault soutient Éric Caire

Éric Caire et son ex-conjointe ont accepté en 2017 un prêt de 55 000 $ de la part du maire de L’Ancienne-Lorette.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Éric Caire et son ex-conjointe ont accepté en 2017 un prêt de 55 000 $ de la part du maire de L’Ancienne-Lorette.

Éric Caire a fait « une erreur » en acceptant un prêt du maire de L’Ancienne-Lorette, mais il a le soutien de son chef François Legault, a assuré ce dernier mercredi matin.

« C’est une erreur parce qu’il y a apparence de conflit d’intérêts », a indiqué M. Legault en point de presse à Saint-Georges. « Ce n’était pas une bonne idée, il aurait pu consulter le commissaire à l’éthique avant. »

Or, puisque la situation a été réglée, il ne voit aucune raison de ne pas donner à son député une deuxième chance. M. Legault a été mis au courant de la situation en avril, mais n’a pas jugé bon de révéler l’enjeu. « C’était réglé, remboursé. »

Le Journal de Québec révélait mercredi que le député Caire — une figure importante de la CAQ, surtout à Québec — et son ex-conjointe ont accepté en 2017 un prêt de 55 000 $ de la part du maire de L’Ancienne-Lorette. L’ex-conjointe de M. Caire était chef de cabinet du maire Émile Loranger à ce moment. Cette ville se situe aussi dans la circonscription que représente M. Caire à l’Assemblée nationale.

La somme a permis d’acheter une résidence à L’Ancienne-Lorette : le couple se séparait et avait besoin de liquidités pour que madame puisse trouver une maison. Le prêt a été consenti aux deux parce que l’offre d’achat initiale sur la maison choisie était commune, a précisé Éric Caire en point de presse mercredi.

Le député a fait valoir que la transaction a eu lieu dans un « contexte particulier, avec quatre enfants auxquels on devait penser. Nous devions atténuer l’impact de la rupture » pour eux, a-t-il dit.

M. Caire n’a pas demandé un avis au commissaire à l’éthique parce qu’il en avait obtenu un autre, en 2016, qui touchait aussi L’Ancienne-Lorette. « J’avais une opinion sur mon rôle de député en marge du projet de loi sur la capitale nationale, précisant que je n’étais pas en conflit d’intérêts d’agir sur ce projet de loi même s’il y avait un impact pour L’Ancienne-Lorette », a-t-il dit.

« J’ai interprété cette opinion comme valable dans la situation » du prêt, a-t-il ajouté.

M. Caire a par la suite déclaré le prêt dans la déclaration d’intérêts que les députés doivent remplir chaque année et remettre à la commissaire à l’éthique. « Cette dernière m’a dit de rembourser les sommes pour ne pas être en conflit d’intérêts, ce que j’ai fait. »

Selon le bureau de la commissaire à l’éthique, il n’y a pas de règle particulière dans ce genre de situation. « Pas spécifiquement, on se réfère aux règles de conflit d’intérêts, où l’on doit évaluer les circonstances selon chaque cas qui est présenté », indique la responsable des communications.

L’article 15 du code d’éthique dit qu’un député ne peut se placer dans une situation où son intérêt personnel peut influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge.

Lisée nargue « le shérif »

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, estime que le cas Caire est néanmoins révélateur.

« C’est celui qu’on a nommé le shérif de l’éthique de la CAQ. C’est celui qui donnait des leçons à tout le monde. Et là, les faits tels que relatés, c’est que lorsque la commissaire à l’éthique a appris qu’il avait ce prêt, elle lui a dit. […] Il est avéré qu’il s’est mis en conflit d’intérêts, alors je demande à M. Legault : “Qu’est-ce que ça veut dire, ‘zéro tolérance sur la question de l’intégrité à la CAQ’ ?” Parce que pour l’instant, ça ne veut rien dire. »

Avec Isabelle Porter