ALENA: tous pour la gestion de l’offre

La dernière ligne droite des négociations Canada–États-Unis constitue un test pour le chef du PLQ.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La dernière ligne droite des négociations Canada–États-Unis constitue un test pour le chef du PLQ.

La classe politique québécoise fait bloc derrière les producteurs de lait, d’oeufs et de volailles alors qu’un blitz de négociations entre le Canada et les États-Unis en vue d’un nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) s’est amorcé à Washington.

Philippe Couillard a même évoqué mercredi des « conséquences politiques sérieuses » à toute concession du Canada aux États-Unis sur la gestion de l’offre même si celle-ci permettait de boucler une nouvelle entente de libre-échange. « La population du Québec, en majorité, est opposée à une concession sur la gestion de l’offre. S’il y en a qui pensent qu’ils peuvent passer à travers le Québec, j’insiste juste pour dire que, oui, ils tiennent le crayon, mais il y aura des conséquences politiques sérieuses à poser un geste semblable », a déclaré le premier ministre sortant en marge d’une annonce électorale, à Rivière-du-Loup, mardi. Lesquelles ? « Just watch me ! » a-t-il ajouté, usant, pour cette frappe préventive, de la formule-choc lancée par l’ex-premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau en pleine crise d’Octobre.

La dernière ligne droite des négociations Canada–États-Unis constitue un test pour le chef du PLQ. Depuis quelques semaines, il martèle sur toutes les tribunes que la « grande période d’instabilité » requiert le maintien d’« un gouvernement qui a fait ses preuves et en qui on a confiance » aux commandes de l’État québécois.

D’ailleurs, un employé de l’usine de Bombardier Transport à La Pocatière lui a lancé : « Monsieur Couillard, il faut se tenir les… [couilles] » face à la Maison-Blanche, tout en levant ses deux poings.

M. Couillard suspendra sa campagne électorale jeudi après-midi afin de participer à une téléconférence animée par le chef du gouvernement fédéral, Justin Trudeau. « Je n’ai eu aucun signal de M. Trudeau [(…) à savoir] qu’il s’apprêtait à faire un compromis sur la gestion de l’offre », a-t-il précisé, mercredi.

Front commun ?

M. Trudeau a évoqué la possibilité de parvenir à un accord dans les prochains jours s’il constitue « une bonne affaire pour le Canada, pour les Canadiens ».

Ottawa s’apprêterait à offrir des concessions sur la gestion de l’offre à Washington, dans l’espoir notamment de sauver le système de règlement des litiges prévu au chapitre 19 de l’ALENA, a indiqué le quotidien torontois The Globe and Mail.

Dans un tel cas, le chef de la CAQ, François Legault, « débarqu[erait] physiquement à Ottawa pour le convaincre de ne pas signer, parce que ça aurait des répercussions catastrophiques pour nos producteurs laitiers ».

L’homme politique s’est entretenu mercredi après-midi avec le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau. « Je lui ai répété que la CAQ va se battre pour qu’on protège la gestion de l’offre », a-t-il dit aux médias. Des paroles qui sonnent faux dans la bouche de François Legault, selon M. Couillard.

M. Couillard a dit s’opposer à toute nouvelle brèche dans le système de gestion de l’offre depuis la ratification de l’Accord économique et commercial global (AECG) Canada-Union européenne, et de l’Accord de partenariat transpacifique (PTP). « Il y a une limite à leur capacité [aux producteurs agricoles] d’absorber de la pression financière de plus », a-t-il soutenu, ajoutant au passage « attend[re] encore la pleine compensation » promise par Ottawa.

« Je l’ai watché depuis trois ans, et il a accepté des concessions avec le contrat européen, avec le contrat est-pacifique sans compensation », a déclaré le chef péquiste, Jean-François Lisée, à la presse.

La gestion de l’offre permet aux producteurs laitiers, avicoles ou ovocoles de contrôler la quantité de leurs produits commercialisés. Pour vendre leurs produits à une usine de transformation, ils doivent détenir un permis, communément appelé un « quota ». Quelque 40 % de la production agricole québécoise sont actuellement régis par le système de gestion de l’offre.

Au jour 7 de la campagne électorale, le chef libéral a sonné le ralliement des Québécois « pour qu’ensemble, on soutienne nos agriculteurs, qu’on soutienne l’idée d’une agriculture à taille humaine, à taille familiale, qu’on soutienne l’idée qu’un peuple, qu’un pays a le droit tout à fait légitime de structurer son agriculture comme il l’entend ». Les chefs du PQ, Jean-François Lisée, de la CAQ, François Legault, et de QS, Manon Massé, se sont aussitôt portés à la défense du système de gestion de l’offre, qui se trouve sous les assauts du président des États-Unis, Donald Trump.

M. Couillard s’est aussi dit finalement disposé à apposer sa signature au bas d’une déclaration commune des chefs de parti politique québécois demandant que le système de gestion de l’offre demeure intact. « L’image de quatre chefs en campagne qui se mettent ensemble pour lire une déclaration commune, c’est l’image qu’on veut envoyer à Ottawa et Washington », a soutenu l’instigateur de la déclaration, Jean-François Lisée, en début de journée. Or, en fin de journée, les discussions n’avaient guère progressé, a déploré le chef péquiste. « On leur a demandé de nous revenir. Ça fera 24 heures dans une heure », a-t-il lancé lors d’un arrêt à Sherbrooke, vers 17 h.