Le président de la CAQ démissionne

«Il est hors de question que je laisse nos adversaires politiques se servir de mon parcours professionnel pour nuire aux chances de notre Coalition», a écrit Stéphane Le Bouyonnec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il est hors de question que je laisse nos adversaires politiques se servir de mon parcours professionnel pour nuire aux chances de notre Coalition», a écrit Stéphane Le Bouyonnec.

Le président de la Coalition avenir Québec (CAQ) a démissionné de son poste mardi, quelques semaines après avoir été forcé de quitter ses fonctions à la tête d’une entreprise reconnue pour ses prêts consentis à des taux usuraires. Des messages hostiles sur les réseaux sociaux expliqueraient sa décision.

Stéphane Le Bouyonnec ne sera pas non plus candidat dans La Prairie. Samedi encore, il se tenait aux côtés de François Legault lors d’un grand rassemblement partisan en Montérégie.

« C’est vraiment lui qui a pris cette décision, et il me l’a annoncé [lundi soir] », a expliqué M. Legault mardi, quelques minutes après la publication d’un message sur la page Facebook de M. Le Bouyonnec. Le chef caquiste ne lui a pas demandé de partir. Mais s’il était prêt à le garder dans son équipe, il n’a pas non plus cherché à le retenir. « J’ai respecté sa décision. »

Stéphane Le Bouyonnec écrit qu’il ne veut pas « prendre le risque de nuire à la campagne. C’est la raison pour laquelle j’ai pris cette décision difficile. J’ai la conviction profonde d’avoir agi de façon éthique au cours de ma carrière, tant privée que publique. Cela dit, je m’abstiendrai de faire des commentaires supplémentaires concernant la substance de l’enjeu. J’aurai l’occasion de le faire à un moment plus opportun, dans un contexte qui s’y prêtera. »

Que s’est-il passé de nouveau entre les révélations du Journal de Montréal sur ses activités et le moment de sa démission ? « Rien, a assuré François Legault. Il n’y a rien de neuf. C’est sa décision. Il dit : « je ne veux pas être une distraction pour les 34 jours qui restent, je trouve ça dur pour ma famille »… »

Ce serait donc les « messages sur les réseaux sociaux, où on l’accuse de tous les maux », qui seraient à l’origine de la décision de M. Le Bouyonnec. Des rumeurs à l’effet que les libéraux préparaient une campagne de publicité présentant le président de la CAQ comme un « shylock » l’auraient aussi convaincu de se retirer, dit-on en coulisses.

« Il est hors de question que je laisse nos adversaires politiques se servir de mon parcours professionnel pour faire des amalgames douteux et ainsi nuire aux chances de notre Coalition », a écrit Stéphane Le Bouyonnec dans son message.

Pourquoi maintenant ?

Bombardé de questions à savoir pourquoi M. Le Bouyonnec a attendu au sixième jour de la campagne pour prendre une décision qui donnera nécessairement des munitions aux adversaires de la CAQ, François Legault a répondu que c’est « l’accumulation » de messages hostiles sur les réseaux sociaux qui a fait déborder le vase.

En juin, Le Journal de Montréal avait révélé que M., Le Bouyonnec était président du conseil d’administration de Techbanx, une entreprise spécialisée dans l’évaluation de crédit et les prêts privés accordés à taux d’intérêt très élevé, dépassant les 35 % — la norme québécoise. L’entreprise exerçait ses activités en Ontario, où ce type d’activités est légal (mais pas au Québec).

Stéphane Le Bouyonnec n’a rien fait d’illégal, mais sa formation a voté en faveur de modifications à la Loi sur la protection des consommateurs pour interdire l’imposition de frais par-dessus un taux d’intérêt maximal de 35 % par an.

« Il a fait une erreur et l’a reconnue », a répété François Legault à plusieurs reprises.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a réagi en rappelant avoir « demandé qu’il parte depuis le début. Écoutez, quelqu’un qui charge 91 % d’intérêt, c’est pas quelqu’un qui est suffisamment proche des consommateurs et de leurs besoins pour représenter les gens de la Prairie. […] Moi, j’aurais demandé de partir tout-de-suite, c’est en contradiction avec nos valeurs de protection du consommateur. C’était peut-être pas suffisamment en contradiction avec les valeurs de M. Legault. C’était à lui de juger. »