La CAQ et le PLQ opposent leurs visions sur l’immigration

Dik Bahadur Waiba et sa famille, originaires du Népal, se sont installés dans le village de Sainte-Françoise afin d’y être embauchés par une ferme laitière. Le manque de main-d’œuvre en région est criant dans le secteur de l’agriculture.
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir Dik Bahadur Waiba et sa famille, originaires du Népal, se sont installés dans le village de Sainte-Françoise afin d’y être embauchés par une ferme laitière. Le manque de main-d’œuvre en région est criant dans le secteur de l’agriculture.

Les esprits se sont échauffés, mardi, dans les autobus de campagne du Parti libéral du Québec et de la Coalition avenir Québec, Philippe Couillard et François Legault ne s’entendant pas sur la place de l’immigration pour pallier la pénurie de main-d’oeuvre.

Le premier ministre sortant a pris pour cible la proposition de la CAQ d’abaisser de 20 % le nombre d’immigrants acceptés au Québec, soit l’équivalent de 10 000 personnes de moins par année. Il s’agit d’une mauvaise décision économique, martelait le chef libéral aux côtés de Marc H. Plante, à Yamachiche en matinée, et de Jean Amour, à Rivière-du-Loup en soirée.

Le chef caquiste, François Legault, a dit ne pas avoir de leçons à recevoir de M. Couillard, qui, a-t-il rappelé, s’est avéré incapable de garder la famille syrienne qu’il parrainait au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Quand on me dit que le plus grand défi économique est la pénurie d’employés, je ne suis pas d’accord. La plus grande pénurie qu’on a au Québec, c’est des emplois payants, à 25 ou 30 $ par heure », a-t-il déclaré.

M. Couillard suspecte le favori des sondages de chercher à mettre sous le tapis l’enjeu de la pénurie de main-d’oeuvre afin de ne « pas parler de la nécessité de faire venir des travailleurs d’ailleurs » au Québec.

Le chef du PLQ s’abstient quant à lui de préciser le nombre d’immigrants nécessaires, selon lui, afin que le Québec surmonte ce défi démographique. « Il ne faut pas le diminuer », s’est-il contenté de dire, renvoyant la patate chaude aux prochains membres de l’Assemblée nationale.

Le Québec a impérativement besoin de plus d’immigrants, insistent la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Dans un marché de l’emploi extrêmement tendu, qui frôle la situation de plein-emploi, le Québec doit attirer, accueillir et retenir davantage de travailleurs étrangers, clament-elles.

Si elles peinent à recruter des travailleurs, les entreprises québécoises seront tentées d’investir ailleurs. Le spectre d’un ralentissement économique est donc bien présent, estiment Stéphane Forget et Michel Leblanc, respectivement les dirigeants de la FCCQ et de la CCMM.

M. Leblanc souligne que 109 600 postes n’ont pu être pourvus dans la province au deuxième trimestre de 2018. Et la situation pourrait s’aggraver. Le vieillissement de la population, plus accentué au Québec qu’ailleurs au Canada, devrait faire perdre 100 000 travailleurs au Québec entre 2015 et 2030, rapporte M. Forget. « Ça pourrait créer un problème de compétitivité avec les autres provinces », avertit-il.

Rétention des travailleurs

Selon les projections gouvernementales, le marché du travail québécois devra pourvoir plus de 1,3 million d’emplois dans la prochaine décennie. L’État mise sur les jeunes pour occuper 702 000 d’entre eux (54 %) et sur les immigrants pour occuper 285 000 d’entre eux (22 %) d’ici 2026.

Pour pallier le manque de main-d’oeuvre — qui touche tant les emplois qualifiés que non qualifiés —, le seuil d’immigration devrait être haussé à 60 000, arguent M. Forget et M. Leblanc. Et un important effort devra être consenti pour accroître la rétention des immigrants, puisque 10 000 à 15 000 d’entre eux quitteraient le Québec chaque année.

Stéphane Forget demande au prochain gouvernement de modifier la grille de sélection des immigrants afin de l’arrimer aux besoins en main-d’oeuvre. Michel Leblanc souligne que, déjà, le marché du travail envoie des signaux laissant croire qu’il intègre plus facilement les immigrants. Ainsi, de 2009 à 2019, l’écart entre le taux de chômage des immigrants et celui des travailleurs natifs du Québec est passé de 6,4 points de pourcentage à 3,1, note-t-il. Selon lui, un message « positif » sur l’immigration est impératif pour que les immigrants « aient envie de rester ».

François Legault a répété mardi que l’immigration est « une des solutions », mais pas la seule, à la pénurie de main-d’oeuvre. Essentiellement, le chef caquiste mise sur une meilleure intégration des immigrants pour éviter qu’ils tournent le dos au Québec, l’augmentation du taux de diplomation au Québec et la création d’emplois plus payants dans la province.

Selon M. Couillard, les électeurs feraient courir un « grand risque économique au Québec » en élisant le parti politique de François Legault. « M. Legault doit être la seule personne au Québec à ne pas être au courant qu’il y a une pénurie de main-d’oeuvre. J’en reviens pas. Il continue », a-t-il affirmé, égratignant au passage la volonté de son adversaire de soumettre les immigrants à un test de valeurs et de français, dont l’échec mettrait en péril la possibilité d’obtenir la citoyenneté canadienne.

Le chef du PLQ a exhorté les électeurs de Maskinongé (Mauricie) et de Rivière-du-Loup–Témiscouata (Bas-Saint-Laurent) — respectivement le point de départ et le point d’arrivée de l’autobus du PLQ mardi — à prêter attention aux mesures mises en avant par les formations politiques pour trouver des travailleurs qualifiés. « Souvent, on entend dire : “C’est pareil !” Bien là, c’est pas pareil du tout. »

Avec Guillaume Bourgault-Côté

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que Stéphane Forget et Michel Leblanc étaient respectivement dirigeants de la CCMM et de la FCCQ, a été corrigée.