Lisée estime qu’il y a maintenant des «profits» à faire avec la saga «Kanata»

Jean-François Lisée
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Jean-François Lisée

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, croit qu’il est possible de « tirer un bon profit » financier de la controverse entourant la pièce Kanata

À son avis, la polémique qu’a suscitée l’œuvre — qui s’annonçait comme une relecture de l’histoire du Canada « à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones » — pourrait encourager un nouveau producteur privé à la financer. 

« Notre premier réflexe [si le PQ était au gouvernement] serait d’essayer de trouver un autre producteur privé », a-t-il déclaré mardi matin, en anglais. « Et je suis pas mal certain que la controverse vend : il y a beaucoup plus de personnes qui sont prêtes à acheter des billets pour Kanata maintenant qu’il y en avait en juin. Et je pense qu’on pourrait faire un bon profit avec ça », a-t-il ajouté, toujours en anglais. 

Le chef péquiste n’a pas fermé la porte à la possibilité de financer la pièce avec des fonds publics. « Si j’avais été premier ministre au moment de Kanata, j’aurais demandé au ministère de la Culture : pouvez-vous rencontrer Robert Lepage et voir si on peut les aider à trouver un autre producteur ? Parce que c’est clair qu’il y a eu un producteur qui n’a pas eu de colonne, qui a cédé à la pression des nouveaux censeurs et qui soustrait au public une œuvre qui mérite d’être vue, commentée et critiquée », a-t-il déclaré. 

En milieu d’après-midi, Jean-François Lisée a tenté de corriger le tir : trouver un nouveau producteur pour Kanata « serait non seulement une bonne décision culturelle, mais également une bonne décision d’affaires », a-t-il nuancé. « Le cœur de mon propos, c’est de défendre à la fois la liberté artistique et l’augmentation du nombre de créateurs des minorités. Ensuite, si ces productions sont déficitaires, on trouve des moyens pour les renflouer. Et si elles sont bénéficiaires, alors tant mieux pour tous », a-t-il dit.

« Rectitude politique ambiante »

Au cours d’un point de presse organisé à Québec, Jean-François Lisée a dit voir dans la décision de certains coproducteurs de Kanata d’annuler la pièce un « recul vraiment inacceptable de la liberté artistique ». 

Dans la plateforme culturelle qu’il a présentée, le PQ a aussi reproché aux autorités du Conseil des arts du Canada de se faire « les relayeurs de la rectitude politique ambiante ». 

« Quand on a des entités qui subventionnent les arts et le cinéma, le critère de subvention doit être la qualité. On ne devrait jamais dire : ce sera controversé, donc je n’aiderai pas sa mise en marché », a plaidé Jean-François Lisée. « La controverse fait partie de l’art. Ce n’est pas un documentaire, un essai ou du journalisme. »

Or le Conseil des arts du Canada se défend d’avoir la « rectitude politique » comme critère de subvention. « La question de l’appropriation culturelle autochtone ne fait pas partie des critères d’admissibilité ou de financement du Conseil, mais elle continue de faire l’objet de discussions dans les comités d’évaluation comme c’est le cas depuis de nombreuses années », écrivait-il dans un communiqué de presse en envoyé en août 2018.

Jean-François Lisée s’est par ailleurs dit pour des programmes visant à « faire surgir » davantage de membres des diversités culturelles et ethniques, afin d’augmenter leur représentativité. « Est-ce que les gens ont raison, dans la diversité, [chez les] Autochtones, de dire qu’ils ne sont pas assez représentés ? Oui, ils ont raison », a-t-il statué. 

Dans une rencontre subséquente avec des acteurs du milieu culturel, le président du Conseil de la culture, Marc Gourdeau, s’en est lui aussi pris au Conseil des arts du Canada, en disant vouloir « éviter de trop politiser [son] action ». « Un conseil des arts, normalement, par sa définition même, ç’a un arms length qui a été, je dirais, gangréné au cours des dernières années. On voit que le Conseil des arts et des lettres est beaucoup plus perméable à des commandes politiques », a-t-il déclaré. À son avis, une politique culturelle devrait définir « de façon claire et sans équivoque » la mission et la distance que doit s’imposer la sphère politique. 

« Pour une culture de la culture »

Le PQ était de passage au Théâtre La Bordée, au centre-ville de Québec, pour présenter sa plateforme en culture. Celle-ci prévoit l’ajout annuel de 34 millions de dollars, à partir de 2022, à l’actuelle Politique culturelle du Québec — que les péquistes n’entendent pas modifier de fond en comble. 

« Nous avons été satisfaits du travail qui a été fait [dans la politique culturelle] », a reconnu Jean-François Lisée.  

Là où le PQ souhaite montrer les dents, c’est devant les dirigeants de Netflix, iTunes et Spotify, à qui il compte demander de mettre « davantage le contenu en vitrine, par défaut, sur leur page d’accueil ». 

Pas question d’imposer des quotas, se défend le parti : « le contenu des sites reste le même, et le consommateur demeure libre d’acheter ce qui lui plaît ».

Les tribunaux pour convaincre Netflix

Le PQ s’estime néanmoins capable de contraindre les géants américains à respecter sa volonté, quitte à se tourner vers les tribunaux. « Oui, je pense que, dans cette discussion-là, apparaîtra dans la conversation publique la capacité juridique du Québec de contraindre. Mais notre objectif, c’est de convaincre », a déclaré Jean-François Lisée. « Je pense que Netflix et iTunes vont comprendre qu’ils vont augmenter leur part de marché s’ils sont respectueux du français, et ce sera probablement suffisant. Comme disait une de mes idoles américaines : speak softly and carry a big stick », a-t-il ajouté, en citant l’ex-président Theodore Roosevelt. 

Le PQ est par ailleurs revenu à la charge avec sa proposition d’imposer un prix plancher du livre. Le parti s’est aussi engagé à offrir un livre québécois — qui peut être en anglais — à chaque élève, chaque année du primaire. La plateforme en culture du PQ comprend également la volonté du parti de lancer des projets pilotes de sorties culturelles dans les écoles primaires pour que les élèves en apprennent davantage sur leur région d’appartenance. Cette proposition, faite en mars, permettrait d’informer les jeunes sur « the good, the bad and the ugly », a déclaré Jean-François Lisée en anglais, lorsqu’un journaliste lui a demandé si des passages traumatisants de l’histoire du Québec, comme celui des pensionnats autochtones, pourraient être inclus dans ces activités.