Une première guerre de mots entre la CAQ et le PLQ

Marwah Rizqy et Philippe Couillard, en mai dernier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marwah Rizqy et Philippe Couillard, en mai dernier

Ce n’est pas parce que l’élection 2018 sera la plus féminine de l’histoire — avec 46 % de candidates dans les quatre grands partis — qu’on n’y aura pas parlé de sexisme. Le cinquième jour de la campagne a en effet été marqué par les contrecoups de la sortie de deux candidates libérales contre François Legault, soupçonné de « féminisme de façade ».

Le chef de la Coalition avenir Québec a placé les attaques de ses rivaux sur le compte de la « panique », et a indiqué ne pas vouloir « se laisser distraire » par ce bruit. Mais il n’a pas apprécié pour autant les commentaires de la ministre Christine St-Pierre et de la fiscaliste Marwah Rizqy, toutes deux candidates à Montréal.

« Est-ce que M. Couillard a placé un appel ? s’est demandé M. Legault lundi. Ou encore pire, est-ce lui qui a demandé à Christine St-Pierre de faire cette sortie-là ? Est-ce qu’il se promène comme un homme pur [en disant vouloir mener une campagne positive], mais il envoie d’autres personnes faire la job sale ? » a demandé le chef caquiste.

Cette « job sale » fait référence à différentes accusations lancées dimanche par les deux libérales. Mme Rizqy a dénoncé les « propos et les actions sexistes de M. Legault »… pour avoir révélé des messages texte de la candidate libérale Gertrude Bourdon. Le lien ? Il s’agit d’une femme.

Ce dossier, ajouté au rejet du projet de la ligne rose de la mairesse Plante et à la proposition d’allocation famille de M. Legault (les politiques de ce type sont parfois perçues comme un incitatif visant à faire demeurer les femmes à la maison), témoignerait selon Mme Rizqy et Mme St-Pierre d’un « féminisme de façade » de la part de François Legault.

Mme Rizqy en a rajouté en soutenant que cela lui rappelle « les politiques de notre voisin du sud, Donald Trump ».

« On ne peut pas attaquer des gens sur le sexisme basé sur des faits comme ceux-là, c’est ridicule », a commenté M. Legault.

Vote des femmes

La sortie de Mme Rizqy et de Mme St-Pierre tenait-elle du dérapage ou de la stratégie politique ? Carolle Simard, spécialiste en politiques publiques à l’UQAM, penche pour la seconde option.

« Une des hypothèses, c’est qu’on est actuellement en train de se disputer le vote des femmes […] Il y a une guerre pour tenter d’attirer l’attention des femmes », mentionne Mme Simard.

Elle fait observer qu’une telle accusation doit se fonder sur un préjudice concret. Or ? « L’accusation de sexisme me semble [ici] tirée par les cheveux. Il faudrait que Mme St-Pierre et Mme Rizqy nous expliquent le préjudice qu’a subi Mme Bourdon. De quelle façon le fait qu’elle soit une femme a-t-il été un facteur déterminant pour la diffusion des textos ? », se questionne Mme Simard.

La professeure s’étonne plus largement que les deux candidates libérales se soient lancées dans ce genre de débat. « Les mots ont un poids et on parle d’un mot qui a une importante signification. »

Lisée soutient Legault

Dans ce contexte, le chef du Parti québécois s’est porté à la défense de son ancien collègue. Il ne fait aucun doute pour Jean-François Lisée que les deux candidates libérales ont fait cette sortie à la demande « du bureau du premier ministre et de ses communicateurs, qui sont des hommes ».

« Les libéraux ont décidé que c’était le temps d’envoyer une tonne de briques sur François Legault, a-t-il dit. Et ils l’ont comparé à Donald Trump […], quelqu’un qui est accusé en ce moment d’agression sexuelle par 19 femmes aux États-Unis […] C’est odieux. »

Philippe Couillard a refusé lundi d’associer le mot « sexiste » à François Legault, mais il a aussi dit que ses candidates avaient raison de s’exprimer. « Je crois que, quand les femmes ressentent ça — surtout [une qui a] déjà été ministre de la Condition féminine —, si elles ressentent ça, je pense qu’elles ont la liberté de le dire. »

Vigie

Ce débat survient alors que se confirme le caractère historique de l’élection 2018 : avec plus de 90 % des candidats des quatre grands partis confirmés, on compte 46,5 % de femmes, révèle une nouvelle mise à jour du projet Vigie parité que mène Le Devoir depuis mars.

La Coalition avenir Québec et Québec solidaire auront plus de femmes que d’hommes sur les bulletins de vote. Le Parti libéral, qui a encore 18 candidats à confirmer, compte 44 % de candidates. Et si le Parti québécois (37 % de femmes sur 100 candidats) traîne de la patte, il promet qu’il franchira lui aussi la barre du 40 % — le seuil de la parité.

Avec Marie-Michèle Sioui, Marco Bélair-Cirino, Améli Pineda et Dave Noël